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21 septembre 2013 6 21 /09 /septembre /2013 07:00

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Jean-Philippe BARIL GUÉRARD
Ménageries
 Editions Naïve, 2013



 

 

 

 

 

 

 

 

WARNING !  : Objet non identifié s’attaquant à vos zygomatiques sans concession ni pudeur.

 

 

 

 

 

 

Biographie

Né à Plessisville en 1988, Jean-Philippe Baril Guérard est un auteur et comédien québécois. Il a prêté sa voix à de nombreux personnages en doublant plusieurs films et séries télévisées depuis 2010. Il a écrit plusieurs pièces et contes, dont Le Damné de Lachine et autres contes crades, Baiseries et Warwick. Son dernier spectacle de contes urbains, Ménageries, a été publié sous forme de recueil illustré aux Éditions de Ta Mère (Québec) en 2012 et en France, chez Naïve, en 2013. Auteur très peu connu en France, il vient bousculer nos rayons de librairie, par ses thèmes et son écriture aux accents et expressions québécois délicieux, qui nous semblent venir d’une autre planète !

 

 

 

Ménageries

 

Ménageries,  écrit par Jean-Philippe Baril Guérard  et illustré par Benoit Tardif, nous embarque dans un joyeux voyage au cœur d’une ménagerie pas comme les autres ! Tantôt hilarant, tantôt cynique ou tendre, Ménageries brosse un portrait trash de notre époque à travers quatre contes d’animaux totalement déjantés.

Dans le premier récit, « Cougar », nous suivons une équipe de hockey jeune espoir, les Tigres, qui partent affronter les Wildcats à Moncton. La veille du match, l’équipe va écumer les bars et l’un d’entre eux, le plus doué, va finir sa nuit en compagnie d’une femme d’un certain âge. Le lendemain, quelle n’est pas sa surprise quand la conquête de la veille se trouve être dans les tribunes pour encourager l’équipe adverse où son fils est joueur. Va s’ensuivre un match sanglant, où tous les coups seront permis et où le célèbre dicton « le malheur des uns fait le bonheur des autres » prendra tout son sens ...

« Porc », c’est l’histoire pas banale d’une vache qui vient de se trouver un copain sur un site internet. Elle a décidé que c’était l’heure pour elle d’avoir un enfant, et qu’importe qui sera le père. Son nouveau chum va l’emmener pour leur premier rendez-vous prendre un bain dans le Yamaska, le lac le plus pollué de la région. Le lendemain, la vache ressort avec une odeur pestilentielle provenant de ses parties génitales ; des pustules et des boutons recouvrent son vagin, elle décide donc d’aller voir un médecin. À ce moment-là, le docteur, qui n’a jamais vu une chose pareille, va apprendre à la jeune demoiselle l’histoire redoutable du lac Yamaska et de la malédiction qui tombe sur toutes les personnes qui osent s’y baigner.

 « Grizzly » se passe à Montréal dans le quartier gay, le Village. Nous y suivons Martin, un grizzly de quarante ans qui vient de s’amouracher d’un  petit jeune, tout droit sorti de l’UQAM et qui travaille au Starbucks du quartier. Martin est séropositif depuis cinq ans et craint qu’à l’annonce de sa maladie son compagnon ne le quitte. Il va mettre au point un plan des plus diaboliques et insoutenables avec l’aide de ses amis, pour remédier à sa peur d’être quitté.

 « Licorne » est la dernière histoire, elle met en scène une jument qui a en horreur les licornes et la fascination qu’elles exercent sur les hommes. La licorne représente pour nous, dans notre société, la jolie fille aux beaux attributs artificiels, objet de tous les fantasmes masculins, mais qui suscite bien des jalousies. Et quand le petit ami de notre jument se prend d’amour pour cette Marilyn Morin, une licorne en devenir et réputée intouchable, la guerre est déclarée et les ennuis commencent…

Ménageries, à travers ces quatre contes urbains, décrit notre société, au service de la consommation, avec ses effets de mode et l’avidité des gens à vouloir être les meilleurs, les plus riches et les plus beaux. 

Avec ce livre caricaturant l’immoralité de l’homme et injectant un humour noir totalement cinglé et jubilatoire, les éditions Ta mère nous livrent une véritable explosion de jouissance qui nous atteint tendrement. Grâce aussi, bien sûr, aux dessins de Benoit Tardif, qui viennent donner une touche d’insouciance et de couleur au texte qui déborde de sexualité, de sang et d’argent.

Au-delà de l’humour et de la caricature, Ménageries nous interroge sur les besoins que l’on se crée ou ceux que nous impose la société, à travers la jument dans le dernier conte qui critique les femmes aux seins refaits, mais qui finalement lorsqu’elle a l’argent nécessaire passe à l’opération pour plaire à son ami, le conte « Porc », qui vient donner un coup de projecteur sur ces rencontres faites sur internet, et cette tendance à faire un enfant pour soi, sans s’encombrer de mari ou bien encore la terrible histoire de « Grizzly » qui nous bouleverse et témoigne des difficultés à conjuguer l’amour et le sida mais qui montre que, au fil des années, cette maladie est assimilée par la société, qui s’en « accommode » et se contente, pour certains, de placer les gens dans telle ou telle catégorie, comme le dit Martin, le Grizzly Bear : « Aujourd’hui, le VIH, c’est pus une maladie, c’est une équipe dans laquelle on joue ou on joue pas. »

Tout au long de la lecture, nous sommes portés par le fameux joual québécois. Écrit dans un langage populaire, typiquement québécois, et farci d’anglicismes, le texte nous aprrendra entre autres que bobette signifie « culotte ». Le lecteur français se sentira certainement dépourvu au départ, pour ensuite succomber à cette langue dynamique et virulente, aux couleurs cosmopolites. Voici pour vous donner un aperçu, le début du conte « Porc » :

 

« Est-ce que j’ai le mot « conne » écrit dans le front ?

Je le sais que je suis pas très belle, pis que je suis pas, disons, la fille la plus excitante en ville. Je le sais que, vu que je suis célibataire depuis trois ans, je mérite pas de traitement royal, mais y a toujours ben des limites !

Si jamais je le revois, je vais lui arracher les testicules avec mes dents.

Quand y va être mort, je vais chier sur sa tombe.

Dire que pour lui, j’ai pris un bain de minuit dans la Yamaska. Un bain de minuit dans la Yamaska !

Laissez-moi vous expliquer avant de me juger, voulez-vous ?

Ça commence avec un homme, parce que ça commence toujours avec un homme. Je rencontre le gars sur Internet, sur un site de rencontre. Je sais que dit comme ça, ça peut avoir l’air loser, mais y’a l’air potable, le gars ! Pas con, pas laid, toute le kit. »

 

 

 

Ainsi, Ménageries, dans son langage brut et populaire, s’attache à grossir les travers les plus inavouables de l’homme, les histoires s’enchaînent dans une succulente bacchanale de tous les diables que l’on savoure à outrance ! Après avoir écarté les enfants de ces contes qui pour une fois s’adressent uniquement à NOUS les grands, préparez-vous à passer un pur moment de détente parsemé de fous rires garantis. 


Amélie, 2ème année édition-librairie 2012-2013

 

 

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