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4 septembre 2013 3 04 /09 /septembre /2013 07:00

Jean-Rolin-Le-ravissement-de-Britney-Spears.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Jean ROLIN
Le Ravissement de Britney Spears
P.O.L., 2011
Folio, 2013
   






« People can take everything away from you
But they can never take away your truth...
But the question is, can you handle mine ? »
Extrait de la chanson My Prerogative.

 

 

 

 

 

 

« Du ravissement, – ce mot nous fait énigme […]. Ravie. On évoque l’âme, et c’est la beauté qui opère. De ce sens à portée de main, on se dépêtrera comme on peut, avec du symbole. »

 

Ainsi, en 1965, Lacan entamait son Hommage fait à Marguerite Duras, du ravissement de Lol V. Stein. Quel est le sens de ce ravissement ? Quelle énigme se cache derrière le titre de Duras, auquel se rapporte aujourd’hui celui de Jean Rolin ?

Il y a du ravissement dans toute chose. La beauté opère partout, si tant est que l’on sache y regarder. Il est des combinaisons qui, a priori, semblent jurer avant que l’on ne prenne le parti de se laisser porter par ce Ravissement ; emporté d’une page à l’autre par le flot des mouvements incessants et insensés de ce roman.


Peut-il y avoir deux entités aussi antinomiques, dans le champ de la littérature française, que celle de Britney Spears associée à celle de Jean Rolin. Qu’est-ce qui peut bien ravir le second à parler de la première ? Depuis quand « Britney » est-elle devenue un sujet d’étude pour des gens « sérieux » ?



Los Angeles, la ville tentaculaire, la ville des romans noir, la ville dont on dit qu’il faut nécessairement une voiture pour s’y déplacer, la ville à mille lieues de tout ce à quoi l’auteur a bien pu habituer son public jusque-là.

Jean Rolin, romancier journaliste, âgé de 62 ans lorsqu’il écrit ce roman, est également le lauréat de deux prix littéraires, dont le Médicis en 1996. L’écriture de ses romans lui nécessitant toujours de se déplacer dans la localité concernée pour élaborer son processus d’écriture et se familiariser avec la géographie de l’espace dépeint, il a ainsi acquis la réputation d’avoir parcouru le monde sans conduire, et, du reste, avoue préférer se déplacer à pied ou par les transports en commun. Ses voyages/livres l’ont amené à suivre des chiens errants dans Un chien mort après lui, ou, dans l’exercice de son métier de journaliste, à témoigner des horreurs de la guerre ou de la misère dans la banlieue de Paris (La Clôture, 2002). Difficile donc d’imaginer ce même individu arpenter les rues de Los Angeles à la recherche de Britney Spears. Et pourtant. Pour son quatrième roman, c’est au microcosme d’Hollywood et à cette culture « people », qui lui est étrangère, que Jean Rolin va ravir son nouveau sujet.

Au départ il y a donc la provocation de faire mentir tous ceux qui lui ont assuré que cette ville est celle de l’automobile. Ensuite il y a la volonté de s’intéresser à un sujet a priori inintéressant (Hollywood, au travers de son idole la moins inintéressante, Britney Spears). Au final c’est une confrontation, entre les méandres de la ville, les soubassements de cette culture (du vide) et l’intérêt que l’on peut y trouver.

Si Le Ravissement de Britney Spears n’est pas un produit de la littérature de voyage, il respecte cependant un certain schème de l’errance, que l’on trouvé déjà dans Un chien mort après lui. Il y a une propension à l’errance dans la démarche de Britney qui, à bord de son coupé Mercedes, traverse aléatoirement à toute heure et en tout sens la ville ; habitude qui a séduit et ému l’auteur avant qu'il ne la fasse vivre à son personnage. Celui-ci est aussi perdu dans un univers et dans une  vision du monde qu’il ne connaît pas. Il va ainsi errer à la recherche de la chanteuse, errer dans les rues de Los Angeles, jusqu’à – peut-être – s’approprier la ville et ses codes.


L’errance, si elle est d’abord physique, peut être aussi psychologique. Les personnages du roman (réels comme fictifs) sont perdus, errant et vagabondant en quête d’eux-mêmes et d’un certain ravissement que leur condition (sociale) leur a ravi.

Les trajets physiques de Britney, autant que le cheminement psychologique qu’ils traduisent, en font un personnage mélancolique et en lutte constante ; que ce soit avec elle-même, tel l’épisode où elle se rase la tête, démonstration sacrificielle d’un mal-être ; ou bien que ce soit avec son milieu, d’où elle ne peut plus s’échapper (qu’en provocant un nouveau scandale) ; sa maison est une forteresse, son nom une entreprise dont bien trop de personnes dépendent (la presse, les photographes, son père, ses enfants, etc.).

Ce symbole de trajectoires de perdition physique et psychologique est également traduit par le personnage de Lindsay Lohan, dont les mouvements s’articulent entre la valorisation (ou pas) de son image sur internet et ses déplacements réels, entre sa résidence et les cours des tribunaux, quand ce n’est pas la prison.

Les personnages fictifs de l’œuvre ne sont pas moins perdus, poursuivant, pour certains, leurs stars, espérant atteindre en les côtoyant un certain acte christique, une élévation de soi, comme à l’approche d’une divinité.

D’autres comme Shotemur sont piégés par l’enfermement dans un espace spécifique, que leur imagination (motivée par les visions données par l’image de ses stars) tend à transcender. Ainsi ce personnage qui n’a jamais quitté le Tadjikistan, connaît tout de la vie de Lindsay Lohan et fantasme de lui porter secours ; bien que cette rencontre soit tout à fait impossible, ne serait-ce que par l’appartenance religieuse de ce dernier qui ne pourrait faire autrement que condamner le comportement de Lindsay si elle était sienne.

Autre personnage énigmatique et en errance, Fuck, l’espèce d’informateur dont on ne sait jamais vraiment quel rôle il joue ni où il se situe. Personnage sans doute le plus fortuné de l’œuvre, il conserve ses habitudes de marginal, achetant des maisons dans lesquelles il ne vit pas, préférant se reposer dans des motels miteux. Fuck est celui qui détient l’information, c’est lui qui organise les rendez-vous avec le narrateur, le contraignant à se déplacer dans des lieux toujours différents afin de faire évoluer sa mission. Son nom ne lui a pas été attribué au hasard (dans le processus de création) et l’on se demande toujours si cela ne va pas se traduire dans ses actions ; à moins que cela ne finisse par se renverser…

Il est dans ce texte, un autre personnage dont le réalisme saisissant a toujours séduit la fiction, celui de Los Angeles. Grâce à son expérience journalistique, Rolin a très justement su capter les enjeux de la ville à travers ses différents espaces géographiques. Au travers de ces croisements de populations antagonistes et de la confrontation des excès de la pop-culture et de la marge, c’est un portrait ethnographique de la ville que dresse Rolin. La ville avec son parcours autoroutier labyrinthe, la mixité ethnique de ces quartiers – où se croisent le luxe, les villas de stars, les SDF qui jonchent les trottoirs, les terrains vagues et les zones populaires. Une ville (qui semble) sortie du cadre du réel, où les divinités de la télé-réalité déplacent masse de monde dans les rues (ou sur internet), sans pour autant avoir de véritable « existence » ; tandis que l’inintérêt règne autour des populations qui habitent sur les trottoirs.



Participant d’une démarche quasi journalistique – tout est vrai dans ce Ravissement, ou presque...– le narrateur de l’histoire possède donc plus d’un trait commun avec l’auteur. Il ne porte d’ailleurs pas d’autre nom que « Je », ce qui est un usage stylistique fréquent (voire systématique) chez Rolin.

Le procédé d’écriture de ce roman se révèle également être assez proche de la mission du narrateur. Comme son personnage, l’auteur s’est immergé dans cette ville et dans des habitudes culturelles qu’il ne connaissait pas. Bien sûr le nom de Britney Spears ne lui était pas inconnu, ni certains morceaux de sa musique, mais il ne s’était jamais intéressé à elle avant de la prendre pour sujet.

Si Jean Rolin part pour Los Angeles, carte en poche (car « tous mes livres commencent par le choix et la définition d’un territoire  »), son personnage est encore moins avancé que lui lorsqu’il arrive en ville. La volonté première de l’auteur est « de trouver [sa] place dans un territoire dit hostile », alors que son personnage se trouve déjà dans un territoire hostile au début du roman, à la frontière de l’Afghanistan et de la Chine, au travers de laquelle son récit de ses aventures à Los Angeles agit, en flash back, comme l’opération d’un contraste et d’une comparaison entre deux civilisations que tout semble opposer.

Une fois arrivé à Los Angeles, Jean Rolin décide donc de se confronter à cette « pop-culture » qui lui est étrangère et nourrit le dessein d’écrire « un texte sur Brintey Spears… » Lorsque l’auteur se met donc en quête de son personnage (Britney), il est tout aussi ignorant de son univers que peut l’être son autre personnage (le narrateur). Ainsi leur investigation à tous deux démarre de la même manière : par la récupération d’informations sur internet, l’errance dans les lieux où elle se déplace, la traque embarqué en voiture avec des paparazzis, jusqu’à la rencontrer… ou presque.

Si l’auteur se pose la question de la proximité avec son sujet, et décide qu’il est plus intéressant de maintenir une distance, de ne pas la rencontrer, pour la saisir pleinement, son narrateur a, quant à lui, pour ordre de mission de la veiller sans l’approcher (mission consistant à prévenir d’une menace d’enlèvement terroriste sur la personne de la chanteuse), de se positionner donc en voyeur.

 

« Finalement, je trouvais ça plus intéressant de n’être jamais amené à la rencontrer, sauf à la fin où je – enfin, le narrateur – me retrouve seul avec elle dans un bistrot. »

 

De son expérience à Hollywood, Rolin nourrit son texte de faits véridiques plus ou moins cocasses, telle son introduction dans l’hôtel Marmont, où il s’invite à une réception sans que personne le remarque ; l’attente à la sortie de l’audience de Lindsay Lohan ; les interminables parcours dans la ville en bus (prouvant ici que Los Angeles est tout à fait accessible pour qui ne sait pas conduire) ; les funérailles du chef de la police ; les planques avec les paparazzis. Les deux personnages brésiliens en poste devant la résidence de Britney depuis quatre ans sont donc directement inspirés par les rencontres de l’auteur. À leur sujet, et pour décrire la relation complexe et contradictoire qui les unit à la star, Rolin dit :

 

« On aurait pu s’attendre à ce qu’ils soient cyniques, mais ils portent une certaine affection à Britney parce qu’elle a des goûts aussi populaires qu’eux et qu’elle ne se la joue pas. »

 

L’anecdote où le jeune paparazzi raccompagne la star chez elle, parce qu’elle est trop ivre, sans abuser de la situation est elle aussi issue des confessions des deux hommes. Ce fait témoigne de la proximité qui unit, pourtant dans la confrontation et parfois dans la violence, la chanteuse à ses paparazzis ; ils finissent par faire partie de sa vie comme elle de la leur.



Écrire « un texte sur Britney Spears, enfin pas vraiment… »

Pas vraiment puisque l’emploi de la pop-idol n’est qu’un prétexte à élaborer derrière elle le tableau d’une culture médiatique, d’une Amérique en quête d’images et de représentations, d’une ville – schizophrénique -, à narrer une histoire au cœur de la noire Los Angeles des romans de Ellroy, de Fante, ou de Connelly, des films américains des années 40 et 50. Par jeu de références et de construction stylistique, Rolin fait de son Ravissement un véritable roman, se référant sans cesse à « cette noirceur et [à] ce tragique social si important dans l’histoire de la ville et dans la littérature qu’elle a suscitée. »

Le texte démarre par une construction en flash back, archétype du film noir : le narrateur, qui a été envoyé en exil au Tadjikistan, aux antipodes de L.A, après l’échec de sa mission, commence à raconter sa mission (récit duquel émerge un contraste frappant avec la localité présente), pour divertir son collègue.

L’aventure se poursuit ensuite avec l’objectif d’approcher une Blonde à la destinée fatale (plus fatale pour elle qu’elle ne l’est pour les autres), le narrateur est un agent secret désabusé, à l’image des détectives privés du genre ; toujours aux prises avec une mauvaise décision, prisonniers de leur condition et de l’univers dans lequel ils évoluent : la ville, ses bas-fonds et ses marges.

Le roman de Rolin répond donc aux nombreux archétypes tirés de cet héritage du noir : le cynisme, le narrateur en marge, qui évolue dans un espace auquel il semble étranger (dépourvu de permis dans la ville automobile, méconnaissant les mécanismes de cette culture pop), partagé entre sa vie privée (Wendy) et sa mission (les femmes fatales : Britney et Lindsay Lohan). Cette même Wendy, une prostituée, est la seule femme du roman à appartenir au même espace de classe/marge que le narrateur. Sosie largement approximatif de Britney, elle a l’avantage de le comprendre, de l’épauler, voire de le « sauver », tout en étant paradoxalement un personnage s’inscrivant dans la partie la plus fictionnelle du roman.



Britney Spears est-elle cette blonde fatale qui fait cavaler le héros des films/romans noirs ? Cette femme idéale qui se trouve être source de complications ? Elles sont quelques-unes, jeunes starlettes de la chanson ou de la télé-réalité, aux existences abîmées et dissolues, à passer entre les lignes de Jean Rolin. C’est en se rapprochant de son icône absolue que le romancier infiltre l’univers de la pop-culture. Il a su trouver en elle matière à développer un personnage romanesque, la jeune femme possédant à la fois un côté fragile et complètement dissolu. Incarnant à l’instant où il la découvre un objet de fantasme pour son univers littéraire. Lorsque Rolin commence à se renseigner à son sujet, elle a depuis un moment rompu avec son image virginale de petite fille de Louisiane (made in America) ; elle boit alors beaucoup d’alcool, couche avec à peu près n’importe qui et trace à travers tout L.A au volant de sa voiture, ce qui l’a rendue « très sympathique et profondément touchante » à ses yeux. Ces tribulations dans la ville donnant « vie à cet objet inanimé qu’est une carte de Los Angeles ».

C’est le contraste entre ce que la jeune star représente et ce qu’elle est qui a fait croître l’intérêt de l’auteur. À l’instar d’une Lady Gaga, qu’il voit comme un pur produit du système, Britney est un des piliers de ce système. Ainsi Rolin prend-il plaisir à les comparer dans ce roman, bien que Gaga ne l’intéresse pas, il s’en sert tout de même comme symbole artificiel des pressions imposées à son héroïne. Pressions constantes autour de l’image et du paraître : où être vu ? comment ? et à quelles fins ?

Le rapport à l’image est donc ici très présent, Britney étant elle-même une de ses icônes. Mais ce rapport s’exerce aussi souvent dans la violence. Ainsi les clichés de l’escapade « sans culotte », à laquelle l’auteur a lui même assisté, ont ils été ravis. Tout comme une série de photographies (pour une campagne publicitaire) non retouchées ont été sorties dans le but de discréditer la star en jouant des imperfections de sa plastique. Reprenant l’affaire à son avantage, celle-ci autorise la diffusion pour se faire l’étendard des pressions physiques/de perfection imposées aux stars, et plus largement aux femmes.

Au fur et à mesure qu’il amasse des informations la concernant, Rolin finit par « constater qu’elle [a] une vie vraiment intéressante et mélodramatique. » Une enfance pauvre, des efforts excessifs pour faire partie du Mickey Mouse Club, sans être pour autant un personnage de Victor Hugo ; si Britney est devenue un pilier du système américain, ce n’est qu’au prix d’efforts démentiels. À travers cet acharnement de réussite, elle incarne le glissement des « valeurs » du mythe américain, adapté à la sphère hollywoodienne, en devenant le visage de la self-made woman.

 

« La vie de Britney est une vraie vie. Rien ne lui a été servi sur un plateau d’argent […] Ce que j’aime chez elle, c’est qu’au départ c’est une fille seule, qui même si elle s’appuie sur une armée de parasites, de tapeurs, de flatteurs, se bat pour réussir. Sa solitude me touche parce qu’elle se manifeste dans le désordre de ses amours, dans sa propension à toutes sortes d’excès, dans l’incohérence de ses démarches et dans ses trajectoires brisées à travers la ville. »

 

Rolin ne s’est pas contenté de choisir un sujet aussi surprenant que Britney Spears, il s’est vraiment intéressé à elle. Il a ainsi lu des biographies la concernant (qu’il juge assez mal faites), il a cherché des informations sur internet et dans ses rencontres avec les photographes. Même si son projet n’est pas de donner une biographie de la chanteuse, il s’est suffisamment documenté, pour fournir des informations biographiques concrètes qui jalonnent le roman. S’attachant à une période donnée de la vie de la star, il donne sous la forme d’une fiction ce qui s’avère être la (fausse) biographie la plus intéressante et réaliste qui existe la concernant. Le livre est ainsi parsemé de détails objectifs et réalistes, accompagnés çà et là de titres de chansons pouvant illustrer et compléter l’œuvre.

Si on évoque Britney en tant que pilier du système du divertissement américain, c’est d’une part qu’elle l’est, mais d’autre part que Rolin la voit comme un monument du pays, au même titre que les tours du World Trade Center. C’est en partant de ce postulat que l’œuvre s’articule et joue le confrontation entre deux dominantes de notre époque que sont la peur du terrorisme (islamique) et l’hégémonie de la pop-culture (soit du divertissement américain). À ce sujet, l’auteur déclare  

 

« qu’il n’est pas plus absurde – et plutôt plus facile – de s’en prendre à Britney Spears qu’aux tours de World Trade Center, et que la valeur symbolique de la première, aux yeux du public américain, est à peine moindre que celle des secondes. »

« Je n’ai d’ailleurs jamais compris pourquoi les terroristes n’avaient pas choisi de frapper Hollywood, qui représente tout ce qu’ils détestent, plutôt que les Twin Towers. »

 

Par ce jeu d’oppositions et de comparaisons, Rolin introduit un mode volontairement burlesque et décalé dans son roman, faisant de Britney Spears une martyre qui s’ignore – ce qui à certain niveau peut être véridique.

Autant l’auteur s’attache à décrire des lieux de Los Angeles qui ne soient ni beaux ni particulièrement exaltants pour le public, d’un point de vue touristique, autant il met en place le même procédé autour de son héroïne. En le choisissant comme puissance symbolique de son livre, il amène son public à la considérer comme élément digne d’intérêt. Britney et ses escapades sans culotte n’ont jusque-là pourtant rien qui puisse ravir un public de lettrés et d’intellectuels, comme peut l’être celui de Jean Rolin.

Il faudrait à la chanteuse mourir pour qu’elle puisse intellectuellement devenir intéressante pour les élites. Il faudrait une issue fatale aux traques de paparazzis pour qu’elle devienne le symbole de la dérive de ce système du divertissement ; comme l’est devenue au fil du temps Marilyn Monroe. L’une comme l’autre possèdent une certaine fragilité et les stigmates de la domination (masculine) des « studios ».
Jean-Rolin-Inrocks.jpg
Dans  l’interview donnée aux Inrocks, Rolin va encore plus loin en comparant le geste de Britney se rasant la tête à celui de Van Gogh se coupant l’oreille, ou à Kurt Cobain se suicidant.


   
Le sens du terme ravissement a ici plusieurs sens et fonctions. En se référant au titre de l’œuvre de Marguerite Duras (Le Ravissement de Lol V. Stein), Jean Rolin entend jouer du même aspect énigmatique ; interpeller le lecteur sur le sens de ce titre, mais plus encore sur son objet ; c’est d’ailleurs en s’emparant de cet objet particulier (Britney Spears) que l’auteur se pose en position de ravisseur. Le ravissement va et vient au fil du texte et ne cesse de déplacer le sens de ce qu’il désigne.

On pourrait ainsi entendre par ravissement le projet du groupuscule islamiste voulant enlever (ravir) la jeune chanteuse. Mais le rapt véritable est ailleurs, il est dans le dessin de l’auteur de se saisir (de ravir) à la presse à scandale son centre d’intérêt premier (Britney étant la personnalité la plus traquée au monde). En s’emparant ainsi de la star (et à travers elle d’Hollywood) et de la fascination (du ravissement) qu’elle exerce sur nos contemporains, il la transforme de fait en objet littéraire. Au-delà de la confrontation des modèles islamiste et américain, il y aussi celui de l’intelligentsia et de la culture populaire.

Le ravissement glisse en permanence de cette idée d’enlèvement ou d’enfermement (tel celui du narrateur pris au piège de la ville) jusqu’à celle de fascination, de béatitude, voire de mysticisme qui s’exerce à travers la presse, internet et les encarts publicitaires qui nous donnent à connaître des visages et des noms sans qu’on s’y intéresse particulièrement. Et le lecteur n’est-il pas lui aussi ravi ? D’abord pris au cœur d’une histoire abracadabrantesque puis séduit par l’objet de fascination qu’il tient entre ses mains ?



Pour aller plus loin dans le texte et vous immerger complètement dans le sujet, n’hésitez pas à accompagner la lecture du Ravissement de Britney Spears de l’écoute de quelques titre comme Womanizer, Toxic, Touch of my hand ou Breathe on me.

Puis comme le dit Jean Rolin, même si « sa musique pop n’est pas ce que je préfère, Womanizer peut me mettre de très bonne humeur. »


Brice, AS Édition-Librairie 2012-2013

 

 

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