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18 avril 2013 4 18 /04 /avril /2013 07:00

Jean-Rolin-Traverses.gif






 

 

Jean ROLIN
Traverses
Nil Editions, février 1999
Points, septembre 2011
 
 












 
L'auteur
 
jean-rolin.pngNé le 14 juin 1949, à Boulogne-Billancourt, Jean Rolin est un journaliste et écrivain. Fils d'un médecin militaire, et frère cadet d'Olivier Rolin, Jean a grandi entre la Bretagne et le Congo. Il revient en France au milieu des années 1960 et intègre le lycée Louis-Le-Grand à Paris.

Il s'engage dans un mouvement maoïste en mai 68. Il suit des études de journalisme et devient reporter pour des quotidiens tels que Libération, Le Figaro, L'Événement du Jeudi ou encore Géo.

En tant qu'écrivain, il a publié vingt ouvrages, dont six ont été récompensés par des prix :

Journal de Gand aux Aléoutiennes (1982) : Prix Roger-Nimier
La Ligne de front (1988) : Prix Albert-Londres
L'Organisation (1996) : Prix Médicis
Campagnes (2000) : Prix Louis-Guilloux
La Clôture (2002) : Prix Jean Freustié
L'homme qui a vu l'ours (2006) : Prix Ptolémée
 
Il est auteur de plusieurs récits d'errance où il décrit la société, les différentes réalités sociales, la disparition de la solidarité. Il décrit le paysage urbain dans Zones (1995) et dans La Clôture (2002), l'univers portuaire dans Terminal frigo (2005).

Il publie en 1999 le récit d'errances au cœur de la France, Traverses.

 

 
Sources :

 http://www.evene.fr/celebre/biographie/jean-rolin-6190.php
 http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Rolin
 http://www.lexpress.fr/culture/livre/journal-de-gand-aux-aleoutiennes_910001.html
 

 

Résumé
 
Terminus, tout le monde descend ! L’écrivain voyageur pose ses valises là où le vent le mène. Ignorant la destination du train dans lequel il monte, Jean Rolin flâne au gré des paysages, sans jamais savoir ce qui l’attend. De la vallée de la Fensch à Marseille, en passant par Clermont-Ferrand, il explore ces chemins de traverses, en quête de nouveaux horizons.
 
Source :


 http://www.lecerclepoints.com/livre-traverses-jean-rolin-9782757819814.htm
 
 
 
Les lieux
 
Rolin a une prédilection pour les gares, les places, les hôtels et les rivières.

Il découpe et décrit les lieux avec une grande précision. Il ne les embellit pas. Les lieux qu'il fréquente sont tristes et presque désertiques (« à force de traîner dans des lieux où il n'y a rien à voir »)

Jean Rolin est observateur des lieux, il n'intervient pas dans ces lieux, dans les situations qu'il voit. Il ne prend pas parti, ne s'investit pas. Son voyage le porte et il se laisse investir par les lieux. Il se laisse porter, comme l'eau des rivières qu'il décrit.
 
Au cours du récit, il voyage dans les villes suivantes : Bordeaux, Tarbes, Denain, Rouvignies-Prouvy, Roubaix, Leers (frontière belge), Herserange, Longwy, Hayange, Thionville, Hagondange, Pont-à-Mousson, Clermont-Ferrand, St Nectaire, Le Creusot, Dijon, La Bastide-Saint-Laurent, Belvezet, Montpellier, Marseille.
 
Il commence son récit en parlant de Bordeaux, plus particulièrement du fleuve, la Garonne, qu'on franchit en train avant d'arriver en gare. En bon observateur, il constate que Bordeaux n'a pas la même configuration que Paris, où la ville s'étend sur les deux rives.

Il prend la destination de Tarbes, mais sans le dire au lecteur tout de suite. En effet, il parle d'abord de l'hôtel de la Marne, puis de l'Adour qui traverse la ville et de la chaîne des Pyrénées qu'on voit à l'horizon, pour enfin dire où il se rend : « À part rendre visite à T., je n'avais rigoureusement rien à faire à Tarbes ».
 
Rolin fait un retour dans le temps et nous emmène tout à fait au Nord, à Denain, commune non loin de Valenciennes et de Douai, où il évoque un temps révolu, celui des ouvriers manifestant leur colère à la fin des années 1970. Là il décrit les usines désaffectées, la gare abandonnée, les champs de betteraves.

Souvent un instant, un paysage, lui rappellent des souvenirs, qu'il s'empresse de raconter (c'est ainsi qu'il parlera d'une réserve au Kenya). Ces souvenirs de pays lointains lui permettent de s'évader de la grisaille environnante des lieux qu'il fréquente.
 
Le sort des ouvriers lui importe puisqu'il voit ici et là de nombreuses usines désaffectées. Une lueur d'espoir paraît quand il débarque dans la vallée de la Fensch et y découvre une usine sidérurgique en activité ; de plus celle-ci est visitable. Il ironise en disant :

« Si l'homme intervenait toujours dans ce processus ce n'était plus qu'à distance, derrière les vitres teintées de cabines où miroitaient des écrans de contrôle, et en trop petit nombre, assurément, pour que l'humanité pût encore s'en remettre à cet échantillon du soin de l'arracher à sa préhistoire. »
 
Après la Lorraine, c'est à Clermont-Ferrand que se rend Jean Rolin. Il débarque alors chez un couple qu'il connaît à peine. Il erre seul dans Clermont-Ferrand, ou suit la jeune femme, D., à St Nectaire, ou encore chez des amis artistes.
 
Puis Jean Rolin arrive au Creusot, où il retrouve C., qu'il a connu quelques années plus tôt. Il y fera un bref passage avant de prendre le train pour Dijon. Là, il prendra rendez-vous avec une femme qu'il ne connaît pas mais dont une amie commune lui a donné le numéro de téléphone.
 
Arrivant à la Bastide-Saint-Laurent, située aux confins de la Lozère et de l'Ardèche, Jean Rolin en vient même à dire : « La Bastide elle-même était assez bosniaque », et explique les raisons de cette soudaine pensée.
 
Il se rend au Belvezet, village où il discute de l'absence de lieux publics, hormis une cabine téléphonique, où il se met à l’abri du froid puis d'un berger allemand. Avec beaucoup d'humour il dit croire à une fin tragique :

« [...] un message dont je ne lui cachai pas qu'il pouvait être le dernier, puisqu'au moment où je lui parlais j'étais tenu en respect par un berger allemand, terré dans l'unique cabine téléphonique d'un hameau de Lozère assez inaccessible, et sur lequel allait bientôt s'abattre une tempête de neige susceptible d'interrompre pendant plusieurs jours ses liens déjà ténus avec le siècle. » 

Le récit se conclut de manière abrupte. Jean Rolin a fini son voyage en France six mois plus tôt, et on le retrouve sur les bords de l'Adriatique où il met en ordre ses notes pour commencer l'écriture de son récit.
 
 
 
Un anti-guide du Routard, pour quelles raisons ?
 
Rolin nous fait traverser la France, il part pour des villes, des lieux-dits qui n'ont rien d'attrayant. Il ne s'y attarde pas, reste quelques jours. Il déambule, voire dérive dans les lieux les moins pittoresques de France. Il décide de laisser le voyage se faire.

Il ne prend pas le temps d'expliquer sa démarche. Pourquoi a-t-il décidé de traverser la France ? Dans quel but ? Voulait-il aller à la rencontre de gens ? On verra plus tard que ce n'est pas le cas. Veut-il aller au bout de lui-même, mieux se comprendre, apprivoiser la solitude ?

Lui-même ne sait pas trop quel est l'enjeu de ce voyage.
 
C'est assez tard qu'il en évoquera les raisons. Parmi celle-ci, en voici une :

« Ma démarche m'est apparue tardivement, mais alors avec une extrême netteté, comme l'exact opposé de ces voyages réputés formateurs que l'on entreprend quand on est en âge de progresser : en somme un voyage à rebours, un voyage de dé-formation ».

En général Rolin laisse au voyage la possibilité de le construire ou de le détruire. Ici, il préfère utiliser le terme de dé-formation. Ce voyage n'est pas formateur comme il pourrait l'être pour un jeune, ou quelqu'un qui aurait peu voyagé. Il a un autre objectif pour l'auteur. Et Jean Rolin s'exprime sur ce voyage, en tentant de comprendre psychologiquement ce qui le motive à voyager :

« J'éprouve, en habitant ici et là chez des gens que je connais à peine, dans des villes où parfois je n'avais jamais mis les pieds, d'être en fuite, c'est-à-dire aussi d'être recherché. Or pour quelque raison, évidemment d'ordre pathologique, où la volonté de disparaître se mêle au désir mégalomaniaque d'être identifié comme un ennemi public, il me plaît d'éprouver cette impression de clandestinité : je n'ai jamais eu le goût des domiciles fixes, et si je pouvais me procurer des faux papiers et vivre, au moins par moments, sous une identité d'emprunt, je le ferais bien volontiers, même sans aucune nécessité. »

À la question « Qu'est-ce que vous faites là ? », Jean Rolin répond : « question qu'en vérité j'étais le seul à m'adresser), j'étais incapable d'apporter même un début de réponse. Ainsi au sentiment, plutôt agréable celui-là, d'être un clandestin, se mêlait parfois celui, beaucoup plus préoccupant, d'être un prisonnier, un otage, ou, mieux encore, un paquet. »

C'est donc un personnage passif, qui se laisse emmener ici et là et qui avoue être pris d'un mutisme qu'il ne connaissait pas auparavant.

À Dijon, il rencontre une amie d'une amie et tente de lui expliquer : « [la] démarche littéraire ambulatoire, dans laquelle notre rencontre s'inscrivait parmi d'autres hasards arrangés. En désespoir de cause je lui fis observer que mon propre projet n'était pas notablement plus flou ou plus inconsistant que telle ou telle démarche artistique. […] j'ai tenté d'emballer cet indéfinissable projet dans de grandes draperies historiques et sociales aux sombres plis, appelant à la rescousse les ruines d'Usinor, les soubresauts de Longwy, le désert d'Hagondange ou la présence occulte et cependant tutélaire des Choeurs de l'armée Rouge lancés à ma poursuite sur les routes de Lorraine [...] ».
 
 
 
Des personnages-fantômes
 
Aucun des personnages n'est décrit physiquement ni n'a de prénom. Seule une initiale fait office de dénomination. Il y a plus de femmes (4) que d'hommes (2) cités dans ce livre.

La première personne dont Jean Rolin parle est T., jeune femme, anciennement mannequin que Rolin ne connaît que depuis « un an ou un an et demi ». Il reprend de façon très succincte tout ce qu'a pu lui dire T. au cours du dîner.

Il lui arrive même de trouver un certain plaisir à déranger les gens : « au point que le sentiment de déranger ces deux quidams, bien loin de nuire à mon bonheur, contribuait à sa perfection. »

C'est à Denain qu'il retrouve C., un ancien journaliste, devenu éditeur, avec qui il déjeune.

À Thionville, il rencontre un homme qui l'invite à prendre un verre chez lui le soir, en compagnie d'amis. On ne connaîtra le prénom d'aucun d'entre eux.

À Clermont-Ferrand, il vit chez un couple. L'homme n'est jamais là (et Jean Rolin avoue même : « c'est en vain que je me suis efforcé de retrouver le prénom du type »), la femme est « presque toujours absente de la maison ».

À Dijon, il rencontre une amie d'une amie, avec qui il va dîner et s'abreuver d'alcool, ne la laissant pas parler. 
 
Il faut attendre la page 119, lors d'un voyage qui doit le mener à Sarajevo, pour découvrir une jeune femme qui a un nom et un prénom : Lili Suleimanovitch. Comme si une toute autre histoire allait commencer, il se permet alors de donner un nom à une personne, de l'humaniser. Il dit d'ailleurs :

« Il me sembla non seulement que le Ciel, après quelques traverses, se décidait à favoriser mes desseins, mais qu'il le faisait avec une prodigalité dépassant toute attente. […] Plus elle parlait, et toujours de choses qui me ravissaient, plus il m'apparaissait qu'après m'avoir rendu comme par enchantement la capacité d'écouter, Lili Suleimanovitch pouvait accomplir à mon intention particulière encore d'autres miracles. »
 
Au cours de son errance en province, Rolin parle peu des humains qu'il croise. Il vit et voyage seul.

Ses souvenirs lui rappellent des personnes, c'est de celles-là qu’il parle. Mais ce sont des fantômes qui errent dans son passé.

Pour lui, les autres ont peu d'importance, on lit quelques anecdotes, quelques passages de leur vie, avant de les voir complètement disparaître et sortir du cadre.

Jean Rolin en revanche est présent tout au long du récit, et pourtant absent. Il évoque des souvenirs, mais ne creuse pas. Ce voyage n'est pas une façon de mieux se connaître, de s'appréhender différemment. On connaît au final, peu de choses sur lui.
 
 
 
Conclusion
 
On peut s'interroger sur le titre : « Traverses »... D'après le Robert, c'est un nom féminin qui désigne « une barre de bois ou de métal disposée en travers, servant à assembler, à consolider des montants, des barreaux ». Alors on pense à une forme d'enfermement. Peut-être Jean Rolin sent qu'en lui, quelque chose le maintient, l'empêche d'avancer.

Plus littéralement, cela désigne une difficulté, un obstacle. Peut-être s'agit-il de cela, à travers ce voyage ; on passe outre les difficultés. Peut-être Jean Rolin a-t-il souhaité partir et ne pas se laisser entraver par les obstacles de la vie ?

Mais il s'agit aussi des obstacles que les gens ont connu dans les lieux où il s'est rendu. Des obstacles qui ont accablé les personnes se retrouvant au chômage, dans la précarité, et abandonnées par la société.
 
Et puis il y a cette action de « traverser ». Jean Rolin traverse la France comme il traverse sa vie. C'est un passage et ce livre en est le témoin. Il prend des chemins sans savoir où ils vont le mener. Peut-être espère-t-il se défaire de ce qui l'a retenu de vivre ?

La fin de ce récit témoigne justement du fait que quelque chose ou quelqu'un (Joséphine ? La femme qu'il a aimée, qui s'est suicidée et à qui il a consacré un roman) le retenait d'avancer, mais désormais, Lili, par l'humanisation de son prénom, est entrée dans sa vie, et la fin du livre Traverses, laisse penser qu'une nouvelle histoire va peut-être s'écrire pour Jean Rolin.
 
 
Margaux P., AS Éd-Lib.

 

 

Jean ROLIN sur LITTEXPRESS

 

 

 

Jean Rolin Joséphine

 

 

 

 

 Article de Céline sur Joséphine.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 


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