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19 avril 2013 5 19 /04 /avril /2013 07:00

Jean-Rolin-Zones.gif











Jean ROLIN
Zones
Gallimard 1995
Folio 1997


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour une biographie intéressante de Jean Rolin, un article de l'Express

http://www.lexpress.fr/culture/livre/journal-de-gand-aux-aleoutiennes_910001.html



Des petits bouts de ville

Jean Rolin nous promène dans les zones de Paris, ses banlieues. On passe de Boulogne-Billancourt à Clichy-sous-bois, Sarcelles, Garges-lès-Gonnesse, Nanterre et autres. On suit la grande boucle du Paris extra-muros. L'auteur essaye de réaliser un récit de voyage sur Paris, en essayant de devenir voyageur dans une ville qu'il connaît déjà, entreprise hasardeuse, mais pour la réalisation de laquelle il va mettre en place des techniques intéressantes.

Le livre est construit sous la forme d'un carnet de voyage : chaque chapitre est consacré à une journée, du 5 juin au 5 décembre. D'une journée il peut ne raconter qu'un trajet effectué, un animal croisé, une discussion entendue ou un article de journal. Ce qui peut-être assez déstabilisant. En effet il est inattendu de lire cinq pages de réactions à un article de journal quand pour la veille Jean Rolin n'en accorde que deux à un trajet d'importance.

D'ailleurs le début du récit peut décontenancer : on est projeté au milieu du voyage sans explication. L'auteur prends un bus de la ligne Montreuil – Pont de Sèvres, et observe une jeune femme un peu maigrichonne qui est montée en même temps que lui. En amateur de la gent féminine, il se livre au jeu de l'observation furtive, tout inquiet de la voir descendre avant lui. Finalement la femme quitte le bus et Jean Rolin l'oublie aussitôt.

C'est un peu cela, Zones : le récit de minuscules anecdotes de parcours qui sont familières à ceux qui apprécient de se promener en ville. Car même si le livre a pour décor Paris, les saynètes décrites pourraient se dérouler dans n'importe quelle agglomération. Il transcrit ces petits morceaux de vie croisés lors de flâneries urbaines.

D'ailleurs tout son voyage semble être taillé pour ne ressembler qu'à de la flânerie. On ne l'apprend qu'à la moitié du livre, mais en fait Jean Rolin s'est donné des directives avant de parcourir les « zones », tout faire pour observer de loin, rester plus ou moins en superficie. Ces règles sont celles-ci : Il doit dormir dans un hôtel différent chaque soir, n'utiliser que les transports publics, et éviter d'accoster de lui-même les gens. Et même quand il ne s'agit pas de suivre ces règles (qu'il enfreint quelquefois), il trouve assez souvent des raisons de ne pas aller vers les autres. Quand il croise deux femmes qui placardent des affiches proclamant leur « fierté d'être lesbiennes et de lutter contre le SIDA » (p.34 de l'édition Folio), il hésite quelques instants à les aborder, avant de s'effacer devant la crainte de passer pour un machiste ou d'au moins être raillé.

On retrouve ici une constante de l'ouvrage, un côté vaguement asocial chez l'auteur, une introversion qui transparaît à chaque anecdote. L'auteur est dans sa tête, observateur, réactif mais presque toujours passif. Aussi se retrouve-t-on face à un récit de voyage assez particulier vu qu'il ne s'appuie ni sur le dépaysement, ni sur la rencontre, ni sur les émotions fortes d'un périple aventureux.

En conséquence de quoi l'on peut se demander l'intérêt de lire un récit de voyage fait par un introverti qui évite le contact. La réponse tient à la personnalité de Jean Rolin même. Il s'agit d'un personnage assez cynique, très détaché et clairvoyant, dont le regard se pose sur l'urbain tel qu'il est, sans artifices, pas magnifié. Nous sommes loin de la visite touristique. Il nous décrit des lieux délabrés (ou non, mais il n'élude pas ceux qui le sont), les HLM et les hôtels miteux, les sans-abri, les loubards, les résidents communs, et cela sans jamais tomber dans le pathos.

Et malgré ce détachement il n'a pas non plus la froideur analytique du sociologue. Il nous fait part de ses réflexions, de ses étonnements, de ses critiques souvent. Il faut savoir que, plus jeune, Jean Rolin était un maoïste assez fervent (plus pour le côté extrémiste que pour l'aspect pro-chinois d'après ses propres dires), maintenant moins actif, plus désabusé. On sent de manière diffuse une certaine critique de la société dans cet ouvrage. Mais attention, il s'agit de critique dans le sens premier du terme, c'est-à-dire l'art de discerner. Il ne tombe pas dans le discours moralisateur, au contraire, il fait preuve d'une certaine animosité envers la bien-pensance. Quand il lit un article trop complaisant sur deux braqueurs il s'enflamme (ce qui est rare) sur l'inanité de vouloir les présenter sous leur meilleur jour sous prétexte qu'il s'agisse de jeunes de banlieue. C'est pour lui « faire de la prose du Front national inversée » (p.47 Folio). Ce livre n'est pas pour autant un essai politique, loin de là. Alors de quoi parle Jean Rolin quand il ne s'attaque pas aux messages publicitaires et aux articles trop facilement rédigés ?

Tout d'abord de la ville même. Il détaille chaque rue qu'il emprunte, au point qu'il devrait être possible de refaire exactement son parcours. Si l'on ne maîtrise pas parfaitement la topographie de Paris, il pourrait de prime abord sembler fastidieux de suivre les descriptions d'enfilades de voies, de terrains vagues et de blocs de béton, mais, étonnamment, l'auteur arrive à nous faire sentir une sorte d'esthétique de la ville. Par son regard on perçoit une certaine poésie à la description d'un parc perdu qui ne satisfait que les hérons de passage, ou à celle d'anciennes fortifications nichées entre deux échangeurs du périphériques maintenant récupérées par des sans-abri.

Il parle aussi et surtout des gens. De tous ces individus qui vivent dans les zones, des inquiets, des révoltés, des gens de la rue, des trimardeurs. Ces derniers peuvent se targuer de susciter une certaine estime chez l'auteur qui, par deux fois, marquera une pause dans le flot continu de ses déplacements pour s'arrêter sur eux. Jean Rolin nous retranscrit souvent des discussions attrapées au vol et des anecdotes sans importance qui sont ce qui donne de la vie à la ville. Des deux rombières qui grattent en bougonnant leur ticket de tac-au-tac aux inévitables scènes de bar. Mais là encore, il ne se limite pas aux anecdotes qui donnent le sourire, ce qui serait dresser un portrait fallacieux de cités où tout n'est pas rose. Il nous décrit des situations plus sombres parfois, toujours assorties de ses réflexions.



Qu'en penser ?

J'ai apprécié cet ouvrage, bien que ne connaissant pas vraiment Paris ni ses banlieues, mais justement ce qui fait l'intérêt de ce livre, c'est que les histoires qu'il expose sont universelles, et que l'on vienne de la capitale ou de Bordeaux on assiste à toutes ces scènes dès que l'on sort. Les choses de la ville, ses gens, ses murs, son esthétique et son grotesque. Et surtout l'humour et la finesse de Jean Rolin donne une couleur particulière à ses descriptions, pleines de cynisme, et d'auto-dérision aussi. On s'habitue très vite à la distance qu'il met entre lui et les autres parce que de fait, on partage un peu sa position : il agit assez peu mais observe et réfléchit beaucoup, comme le lecteur, passif mais plein de réactions. On finit même par trouver à cette distance une certaine noblesse. Quand par exemple, au détour d'un chemin qui longe un canal, il surprend trois gamins qui pêchent, il préfère passer dignement son chemin plutôt que de leur proférer des futilités comme « est-ce que ça mord ? ». Si la narration de Zones est très linéaire, sans rebondissement ni apothéose (le livre s'achève sans conclusion), cela ne dérange pas au final. C'est ainsi que se déroule une promenade ; on sort, on voit des lieux, on voit des gens et puis on rentre. Dans ce livre c'est la même chose, plus qu'un récit de voyage, c'est un récit de promenade.


Lionel, AS Éd.-Lib.

Lien : un atelier d’écriture à partir de Zones sur Le Tiers Livre : http://tierslivre.net/spip/spip.php?article2855

 

Jean ROLIN sur LITTEXPRESS

 

 

 

Jean Rolin Joséphine

 

 

 

 

 Article de Céline sur Joséphine.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Jean Rolin Traverses

 

 

 

Article de Margaux sur Traverses.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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