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26 juin 2012 2 26 /06 /juin /2012 07:00

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Jim DODGE
L’oiseau canadèche
Titre original : Fup Duck
Parution américaine en 1984
Traduction de
Jean-Pierre Carasso
Éditions Cambourakis, novembre 2010





 

 

 

 

 

 

La lecture de L’oiseau canadèche, c’est d’abord une plongée au cœur du Grand Ouest américain que se partagent les propriétaires de ranch et amateurs de chemises à gros carreaux, de soirées poker, de balades en pick-up et de chasse au sanglier. On y retrouve le paysage sec, poussiéreux et sans fin auquel la littérature des grands espaces nous avait habitués. Malgré cela, ce  court roman de Jim Dodge – une petite centaine de pages – nous surprend par son originalité.

Les trois principaux personnages, pour commencer, sont riches d’obsessions délirantes et dotés d’un caractère bien trempé. Jake, rebaptisé Pépé Jake de son propre chef dès qu’il reçoit la garde de son petit-fils, est un vieil homme solitaire et parfaitement excentrique franchement porté sur les jeux d’argent et le vieux whisky tord-boyaux. C’est de la rencontre avec un vieil indien lui confiant dans un dernier souffle la recette de l’immortalité, celle du Vieux Râle d’Agonie, qu’est née cette passion pour l’affinage et la dégustation de cet alcool maison sur sa terrasse. Bien qu’approchant la centaine d’années, notre grand-père à grande gueule, assume pleinement ses penchants anarchistes et libertaires en rejetant en bloc les contraintes que représentent le travail, les impôts et autres normes sociales. Jake méprise violemment quiconque mène « une petite vie bien merdeuse et salement étroite ».

Malgré ses airs grognons, le centenaire sait trouver la tendresse nécessaire à l’éducation du petit Jonathan et partage avec lui son fameux whisky. Titou, tragiquement orphelin dès sa petite enfance, devient un jeune homme de grande bonté et de grande taille. Bien que Jake soit la seule figure adulte à laquelle il puisse s’identifier, il défendra des valeurs opposées à celles de son aîné tout au long de l’histoire. Au grand dam de son grand-père qui considère que l’important est que « toute chose puisse aller et venir », il voue une véritable passion, proche de l’obsession, à la construction de clôtures et de barrières dans le ranch familial. Une activité méticuleuse puisqu’il fabrique de nombreuses maquettes, huile ses outils un à un, suit un planning saisonnier pour la confection des barbelés, et tient compte de la jim dodge fup duckmétéo avant la réalisation de ses projets. Son passe-temps favori lui fait cependant un ennemi juré : Cloué-Legroin. Ce sanglier légendaire et malicieux s’amuse à déterrer ses piquets à l’aide de ses défenses dès qu’il a le dos tourné. La vengeance va devenir la deuxième obsession de Titou et la chasse de son adversaire sa nouvelle activité dominicale.

Canadèche l’accompagne pendant ces sorties meurtrières. Elle est la seule figure féminine de la maisonnée, mais aussi une canne de plus de 10 kilos ! L’oiseau, baptisé Canadèche – cela s’explique dans la version originale du roman : Fup Duck / Fucked Up –, se caractérise par une faim sans fin et un régime à base de whisky pour elle aussi. Jake et Titou l’humanisent, lui parlent, lui cherchent un amoureux, l’emmènent au cinéma avec eux et la cajolent autant qu’ils le peuvent. Étrangement, c’est elle qui équilibre et raisonne ce trio hautement improbable.



L’oiseau canadèche est donc « imbibé » d’humour et de tendresse. Malgré sa forme courte, l’on accompagne les trois personnages tout au long de leur longue vie dans un récit par ailleurs foisonnant et riche en péripéties et anecdotes délicieuses. Le rythme inégal participe au dynamisme du texte et à la transmission de ses valeurs. Ainsi, les années décrites dans les premières pages semblent défiler à une vitesse folle et on traverse plusieurs tristes décennies en quelques lignes, alors que l’on prend le temps de savourer les petits moments du quotidien de nos héros pendant plusieurs paragraphes. Un contraste à interpréter comme un message invitant à vivre une vie simple et tranquille loin des tracas et des événements tragiques. Ce texte est tout de même remarquable par sa capacité à développer tout un univers et à faire aussi totalement adhérer le lecteur à l’intrigue en si peu de pages.

Par sa longueur mais aussi son ton très onirique et poétique, le roman peut se rapprocher du conte ou de la fable. En effet, nombreuses sont les allusions surnaturelles qui se glissent dans ce petit bijou de la littérature américaine. D’abord Canadèche, la canne géante buveuse de whisky, qui partage la vie des deux hommes, puis Pépé Jake, immortel grâce à son Vieux Râle d’Agonie, et Cloué-Legroin, le sanglier en quoi l’on soupçonne Johnny Sept-Lunes de s’être réincarné, sont autant de détails appartenant à l’inhabituel ou à une belle histoire proche du fantastique.

Histoire dans laquelle la question de la mortalité et de l’immortalité est récurrente. Et cela commence dès les premières pages par les morts violentes des parents du pauvre Titou qui les accepte dès son plus jeune âge. Alors que son grand-père refuse son statut d’homme mortel et vit dans l’imaginaire, lui, beaucoup plus terre-à-terre, affirme que « quand les gens meurent, ils meurent pour de bon. Ils disparaissent et voilà tout. » Le personnage de Cloué-Legroin, lui aussi, semble échapper aux lois de la nature apparaissant et disparaissant au fil du roman de plus en plus blessé mais de plus en plus vivant. Pépé Jake non plus, malgré les années de vie qu’il accumule, – plus de cent ans à la fin du récit – ne semble pas subir les conséquences de l’âge sur son corps ni sur son intellect et ses idées très affirmées.

Ce roman de Jim Dodge, au goût de vérité absolue, est en fait un véritable éloge de la vieillesse doublé d’un conte humoristique, poétique, tendre et libertaire. Précieux comme le whisky du vieux Jake, il est à recommander sans modération.


Sara, LP

 

 

Jim DODGE sur LITTEXPRESS

 

Jim Dodge Stone Junction 1

 

 

 

 

 

 Article de Marine sur Stone Junction.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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Published by Sara
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