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31 octobre 2010 7 31 /10 /octobre /2010 09:50

Jim-Morrison-Ecrits.gif

 

 

 

 

 

Jim Morrison
 Écrits
traduit de l'américain
par Yves Buin et Richelle Dassin,
Christian Bourgois, 1993                 
réimpression novembre 2005
                                                                                                            


 

 

 

« C’était un enfant du siècle. Un chaman, un sorcier qui a captivé et captive encore les imaginations parce qu’il était possédé par tous les démons exaltés de l’Amérique et du monde moderne. Un demi-dieu maudit, un Icare électrique, mais si proche de nous, pourtant, de nos frustrations et nos espoirs… »
Hervé Muller

 

 

Le poète maudit

James Douglas Morrison, né le 8 décembre 1943 en Floride , était plus connu sous le nom de Jim Morrison ou encore celui du Roi Lézard pour les adorateurs de son œuvre musicale. Dès son enfance, Jim se passionna pour la littérature. Il écrivait des poèmes, des journaux intimes et enrichissait sa culture par de nombreuses lectures. Il fréquenta une école de théâtre et de cinéma (UCLA) et c’est lors de ses études qu’il rencontra les futurs membres de son célèbre groupe : The Doors. Cependant, pour pouvoir ouvrir les « portes de la perception » (expression qui a donné son nom au groupe), Jim n’hésita pas à se noyer dans la drogue et l’alcool. Il construisit peu à peu sa renommée par son charisme et ses excès lors de ses prestations musicales. Il fut souvent inculpé pour de nombreuses raisons : outrage à la pudeur, exhibitionnisme, outrage à agent... Au fil des années, Jim se bâtit une image de sex symbol, celle de l’homme aux boucles brunes, au regard perdu dans le vide, moulé dans son pantalon de cuir noir et déchaînant les foules en se donnant en spectacle de toutes les façons imaginables. Malgré cette représentation bien réelle que nous avons de Jim Morrison, nous ignorons beaucoup de son âme et de l’homme qu'il était réellement. Nous autres, humains, avons l'habitude de juger l’homme à ses actions mais ce qu’il nous reste de Jim est bien plus révélateur que tout le désordre qu’il a pu laisser derrière lui.  En effet  il nous reste du chanteur mais surtout du poète des recueils comme « Arden lointain », « La nuit américaine », « Prière américaine » ou encore « Seigneurs et nouvelles créatures » regroupés notamment dans Écrits.

Usé par une vie de débauche et de tourment perpétuel, Jim s’éteint le 3 juillet 1971 à Paris, à peine âgé de vingt-sept ans. Il est enterré au cimetière du Père Lachaise.


Un monde infini nous est laissé dans les nombreux écrits enfantés par son esprit tordu et mystérieux, dont le sens restera à jamais indécelable.

Il fait partie de ceux qui resteront à jamais gravés dans les mémoires pour être mort si jeune et avoir laissé derrière lui un univers tout entier autant dans ses écrits que dans sa musique.

 

Écrits

Avoir les Écrits entre les mains c’est se retrouver avec un ouvrage hors du commun autant par la forme que par le fond. En effet, l’ouvrage publié par Christian Bourgois possède une structure très particulière. Tout d’abord  Écrits est un volume imposant comptant en tout 1182 pages. Cela est dû à la particularité de cette édition qui présente les écrits de Jim Morrison en version bilingue : sur les pages de gauche les textes originaux en anglais et sur celles de droite, en parallèle, la traduction en français. Cette édition est imposante également parce qu’elle regroupe la totalité des écrits de Jim Morrison mais également les paroles de la majorité des chansons créées par le groupe The Doors (Trois « chapitres » en tout concernant les paroles de chansons : L.A Woman, Morrison Hotel, ainsi qu’un long « chapitre » intitulé simplement « The Doors »). On retrouve donc successivement les recueils : « Seigneurs et nouvelles créatures », « Une prière Américaine », « Arden Lointain », « Wilderness », « La nuit américaine ».

Pour ce qui est de la forme des textes, l'éditeur semble avoir voulu conserver les écrits tels qu'ils furent trouvés, sans doute afin de respecter l'idée que Jim Morrison se faisait de ses écrits ; Jim Morrison voulait susciter la critique, la réflexion et semer le désordre dans l'esprit des lecteurs. En effet la majorité des textes ne possèdent aucun titre et sont répertoriés dans le sommaire par les premiers mots qui les composent. Certains textes peuvent n'avoir ni ponctuation ni mise en forme, ils sont jetés sur le papier sans souci de beauté ou d'apparence.

Ce qu’il y a de particulier avec ces écrits c’est que l’on peut aisément dire qu’ils ne veulent pour la majorité rien dire, qu'ils n’ont aucun sens pour un lecteur et pour toute personne extérieure à l’esprit absurde de Jim Morrison. Aucun sens notamment car nous nous retrouvons souvent face à des phrases jetées au hasard sur une page blanche, sans début ni fin cohérente. Alors où est l’intérêt de lire des textes que l’on ne comprend même pas, me direz-vous ? Je vous répondrai simplement que le Génie ne peut pas être ignoré et jeté aux abysses. Lorsque nous le lisons, nous savons irrévocablement qu’il est là, nous ne pouvons pas passer à côté, il est imprégné dans chaque lettre, chaque mot, chaque brin de phrase, de vers ou de prose.

Certaines pages ne contiennent en tout et pour tout qu’une phrase perchée en haut du feuillet. Puis une page blanche s’ensuit. Nous pourrions imaginer que face au mystère de ces quelques mots mis bout à bout nous avons besoin d’un vide, d’un moment de réflexion pour nous permettre de mettre de l’ordre, de comprendre l’idée que le poète a voulu exprimer. Nous avons besoin de chercher un message dans tout ce que nous lisons, c’est pour cela que nous sommes déroutés face aux textes de Jim Morrison, car nous ne voyons au premier abord aucun message. Les textes sont dépourvus du  schéma classique auquel nous sommes habitués. C’est ainsi que j’ai pensé à une phrase dite par Kafka en 1904 : « Un livre doit être la hache qui fend la mer gelée en nous ». Et cette citation m’a semblé tout à fait adaptée à l’œuvre du poète maudit qui brise tous les codes, toutes les règles, qui parle si aisément de ce dont on ose parler et qui nous emmène loin, ailleurs, par-delà les banalités et l'ordinaire...


Lorsque l’on ouvre le livre et que sur la première page des Écrits nous lisons :

            « Regarde où nous vénérons »,

nous avons le droit de nous demander si nous ne nous sommes pas fait arnaquer ! Mais plus nous avançons dans l’œuvre, plus nous réalisons que l’univers dément dans lequel nous avons décidé de nous plonger va changer à tout jamais notre vision du monde. Et notre conception de la poésie, des sentiments, des hommes… Tout est remis en question par de simples phrases telles que « Tout jeu contient l’idée de mort ». Comment rester indifférent à une telle affirmation ? Et surtout comment ne pas lui donner raison ? Dès l'enfance, nous jouons à des jeux qui inconsciemment contiennent  l'idée de mort. On inculque en nous l'idée du Bien et du Mal mais surtout l'idée de mort.


En lisant tous ces textes, on comprend que Jim Morrison était totalement obsédé par la Mort, c’était devenu une fascination. C'est ce qui, certains le pensent, l'a mené a sa perte, c'est cette fascination de l'au-delà, ce désir de savoir ce qui nous attend après la mort.

Il aborde principalement des sujets comme le désespoir, l’oppression, le sexe mais aussi la passion de vivre et l’amour. Il faut admettre que Jim Morrison était quelque peu dérangé dans sa façon de vivre comme dans ses écrits, mais était-ce seulement dû à la drogue ? Certains ne verront en ces phrases que des mots dépourvus de sens, ils ne vont alors pas chercher à comprendre. Pour certains hommes, lorsque notre écriture n'entre pas dans des codes déterminés, elle ne vaut pas la peine d'être lue, elle est simplement jugée mauvaise et sans fond. Il faut pouvoir aliéner son esprit comme Jim l’a fait, pouvoir se laisser glisser dans une folie passagère pour planer avec ses mots, ses idées, ses frustrations et ainsi réécrire le monde.

Par delà ses problèmes d’alcool et de drogue en tout genre, Jim était un homme marqué notamment par un événement de son enfance : il fut confronté dès son plus jeune âge à l’image d’un accident de la route où il vit des cadavres d’indiens gisant sur la route, du sang, des morts… Tout cela a laissé une empreinte au fer rouge dans l’esprit du jeune garçon. Cela donna plus tard la chanson « Riders on the Storm » des Doors. Mais le plus intrigant dans cette expérience c’est que Jim disait dans une interview au sujet de tous ces morts couchés sur la route, que toutes les âmes étaient sorties de leur corps d’origine et étaient venues s’installer dans son corps. Cela s’expliqua plus tard par sa fascination pour la mort mais également pour le chamanisme. Ce sujet est notamment abordé couramment dans ses écrits.

Il nous faut nous pencher plus en profondeur sur les sujets abordés par Jim dans ses nombreux écrits : la mort, l’oppression, la passion de vivre, la religion, l’humanité dans son intégralité, le sexe, le cinéma, la photographie et l'image en général, la ville/ l'urbanisme, le chamanisme mais aussi les reptiles et surtout les serpents qui le fascinaient. Il aimait d’ailleurs se faire appeler le Roi Lézard.

Dans différents écrits de Morrison, on rencontre l’idée que l’Homme est un être incontrôlable par les autres mais également par lui-même, qu’il est dominé par un pouvoir qui le dépasse et devient trop souvent victime de lui-même, de l’horreur qui le compose et le définit. On trouve souvent un vocabulaire riche en termes violents et sanglants.

Jim Morrison attache également beaucoup d’importance au détail, à la désignation des choses par des mots qui marquent, des mots qui donnent de la force à sa phrase. Il n’écrit pas pour la douceur ni pour que ses phrases soient limpides, il semble plutôt chercher à … fendre notre mer gelée. Ce qu’il y a de bénéfique avec un tel choix de mots, c’est que notre esprit est plus facilement marqué par la dureté que par la douceur, par la souffrance que par la joie…

 

Pour la couverture du livre, l’éditeur a choisi un cadre sobre avec au centre une photo de Jim Morrison, dont la couleur, rose, ne passe pas inaperçue. Ce qui touche, ce qui marque c’est cette profondeur du regard qui est en parfait accord avec les écrits de Morrison. Le poète veut, nous faire regarder, droit dans les yeux, des faits, des idées, des horreurs, des vérités… Il veut nous dire qu’il ne faut pas avoir peur de dire les choses telles que nous les voyons, qu’il ne faut pas nous préoccuper de la forme de notre message, mais simplement chercher à transcrire notre pensée sur le papier, à imprégner nos mots de notre joie, de notre souffrance, de notre vision du monde.

Lire les Écrits c’est se trouver face à des textes bruts, qui ne furent pas composés à l’origine pour la publication et qui, selon Jim, doivent susciter la critique avant tout. Il n’a pas cherché à toucher le lecteur par la beauté d’une mise en forme ou par la douceur de sa prose. Il a réussi à nous mettre mal à l’aise, à nous perdre au milieu de mots incompréhensibles. Il a simplement réussi à nous faire réfléchir. N’est-ce pas le but du livre ? Toucher son lecteur au point que celui-ci soit poussé à la réflexion, à l’introspection même, n’est-ce pas ce que recherche tout écrivain ?

 

 

«  Tout est vague et vertigineux. La peau enfle

Et il n’y a plus de distinction entre les parties du

Corps. On est gagné par le son de voix menaçantes,

Moqueuses, monotones. C’est la peur, c’est l’attirance

De la dévoration. »   (page 33).



Ce qu’Écrits m’a apporté, c’est la certitude que, quoi que la société puisse dire, ce que nous écrivons, ce que nous chantons, ce que nous créons est avant tout une vision du monde, la nôtre. Elle peut être critiquée, adorée ou brisée, elle reste mienne et vraie à mes yeux. Et si je l’écris sur le papier, si je décide de montrer au monde mes écrits, c’est que je considère qu’il y a quelque chose à dire, à dénoncer, à changer, à briser. C’est ce qu’a fait Jim Morrison ! Et par le biais de ses écrits mais aussi de ses chansons, il a ouvert en moi les portes de la perception.

 Jim-Morrison.jpg

« Je suis un être humain, sensible, intelligent, affligé de l’âme d’un clown qui me force toujours à tout gâcher aux moments les plus importants… »

Jim Morrison


Marion Ollivier, 1ére Année Édition-Librairie

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