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2 février 2011 3 02 /02 /février /2011 00:00

John Cheever Dejeuner de famille

 

 

 

 

 

 

 

 

 

John CHEEVER
Déjeuner de famille
Textes issus de
The Stories of John Cheever (1978)
Traduit de l’américain
par Dominique Mainard
et  Florence Paolini
Joëlle Losfeld, 2007
Folio, 2010

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

   
Enfant maudit des lettres américaines, John Cheever resta longtemps sur le seuil de leur panthéon, frappant inlassablement à la porte. Oublié, sans doute, parce qu’il n’écrivit que de faux romans, préférant l’art plus ingrat de la short story où il arriva  trop tard, après son maître Raymond Carver. Quoi qu’il en soit, aujourd’hui il est certain que ses talents de nouvelliste lui donnent enfin le précieux ticket pour la postérité et que son œuvre prend une place de choix dans l’histoire de la littérature américaine.   

En France, Déjeuner de famille paraît en 2007 aux Éditions Joëlle Losfeld et regroupe quelque seize nouvelles extraites de Stories of John Cheever, un recueil  qui reçut le prix Pulitzer de la fiction en 1978. Ces histoires courtes, il en écrira plus de 200, notamment  pour le New Yorker où elles seront publiées pendant vingt ans.

Cheever laisse derrière lui une œuvre fragmentaire bien qu’aboutie, tableau flamboyant de la « middle class » des banlieues pavillonnaires qu’il est le seul à  raconter avec autant d’acharnement. Une obsession qui lui vaudra le surnom de « Tchekhov des banlieues » quand ses pairs  préféreront les extrêmes, des personnages démesurément riches (Gatsby le magnifique, Fitzgerald) à la pauvreté de la classe ouvrière (Mort d’un commis voyageur, Arthur Miller) en passant par la vie vagabonde de la Beat génération.
   
Ici, c’est un entre-deux que décrit l‘auteur, un espace médian peuplé de personnages trop ordinaires aux vies sans intérêt. Déjeuner de famille c’est l’évocation d’un lieu sain, mais c’est aussi les tensions, les haines latentes et une unité que l’on tend à sauvegarder, du moins en apparence («  Adieu mon frère »). Derrière le titre se cache la fébrilité des valeurs morales et d’un certain style de vie. Décortiqués sous la lumière crue de son style, Cheever montre leur impossibilité à satisfaire ses protagonistes. Avec un ton subtil, juste et tendrement cynique, il présente des personnages qui nourrissent des espoirs et des aspirations dont on sait d’avance qu’ils seront déçus. Une question se pose alors : l’échec est-il inhérent aux fantasmes, aux rêves ?

Malgré quelques récits new-yorkais, les nouvelles ont donc toujours pour toile de fond ces lotissements américains. Ils sont l'inquiétant décor dans lequel se dessine toujours un drame qui cependant n'arrive que rarement ou en en demi-teinte. Ces villes sont des geôles où la révolte se fait muette. La transgression s’y exprime au détour d’un adultère (Le bus pour St James), d’une gifle, et à peine s'est-elle manifestée que l'on retrouve l'ordre initial. En effet, il n'existe pas de réelle chute à ses histoires, les situations que Cheever installe ne se résolvent jamais ou pas de la manière attendue. Autant d'épisodes sans conséquences que l'auteur laisse en suspens, comme si l'important n'était pas tant dans la résolution de ces fausses intrigues, que dans la description de quelques gestes étouffés. Et tandis qu’il refuse la révolte à ses personnages, Cheever les prive d’un exutoire, ne laissant que la résignation ou une certaine forme de mélancolie tenir lieu de morale dans la chute.

Cependant l’auteur n’en oublie pas le comique, et l’humour grinçant s’il n’est jamais évident, se révèle jubilatoire. Dans « La chasteté de Clarissa » , le protagoniste échouant  à séduire une femme magnifique, trouve finalement le stratagème parfait:

« Le soleil qui éclairait ses cheveux avait disparu, mais il régnait encore assez de lumière dans la pièce pour permettre à Baxter de voir que, tandis qu’elle lui faisait part de ses opinions, son visage s’enflammait et ses pupilles se dilataient. Il écoutait patiemment, car il avait compris qu’elle voulait juste qu’on la prenne pour ce qu’elle n’était pas -que la pauvre fille était perdue.

Vous êtes très intelligente, répétait-il de temps en temps. Vous êtes incroyablement intelligente.

C’était aussi simple que ça ».


Entre métaphysique du barbecue et de la  pelouse parfaite, Déjeuner de famille est la critique cinglante d’une Amérique pavillonnaire et conservatrice. Une fresque dont certains diront qu’elle est une parabole biblique, récit contemporain de la chute d’Adam et Eve.

Mathieu, A.S. Éd.-Lib.
     
   
 John CHEEVER sur LITTEXPRESS

 

John-Cheever--Une-Am-ricaine-instruite.gif

 

 

 

 Article de Pauline sur Une Amérique instruite.   
   
   










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Published by Mathieu - dans Nouvelle
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