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29 juin 2012 5 29 /06 /juin /2012 07:00

 

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John CHEEVER
Les Lumières de Bullet Park
Titre original

Bullet Park
traduit de l'anglais (américain)
par Dominique Mainard

Le Serpent à plumes, 2003
Gallimard, Folio, 2009

1969 pour la première édition









 

 

 

 

 

Biographie

John William Cheever est né le 27 mai 1912 à Quincy dans le Massachusetts. Il était surnommé le « Tchekhov des faubourgs » (the Chekhov of the suburbs) pour son attachement à décrire la vie des Américains de banlieue et à en extraire toutes les failles et les contradictions.

Il a écrit 5 romans et plus de 200 nouvelles. Il a obtenu le prix Pulitzer en 1979 pour Histoires de John Cheever, le National Book Award en 1958 et bien d'autres distinctions.

Alors que Steinbeck écrivait sur la classe ouvrière et Fitzgerald sur la bourgeoisie, Cheever, lui, choisit une voie différente. Ses personnages, torturés, éprouvent une mélancolie violente par rapport au nouveau mode de vie américain.


Jeunesse

L'auteur lui-même est issu de la classe moyenne. Son père, vendeur de chaussures, a plongé dans l'alcool suite à l'effondrement de son commerce. Sa mère tente alors d'ouvrir une boutique de cadeaux qui s'avère être un échec cuisant (Cheever dira : « an abysmal humiliation »).

Il entre alors dans une école privée (Thayer Academy) mais en change vite car l'atmosphère y est étouffante et pauvre en performance. Il entre alors à Quincy High, une école moins prestigieuse. Ayant remporté le prix de la meilleure nouvelle de son établissement, il est invité comme « étudiant spécial » à Thayer Academy. Mais ses résultats s'avèrent toujours aussi déplorables. Il choisit de se faire expulser pour avoir fumé plutôt que d'avoir à répondre à cet ultimatum du directeur :  soit ses résultats s'amélioraient, soit il choisissait de partir. À 18 ans, sur cette expérience, il écrira Expulse, qui sera publié dans The New Republic.

À cette même époque, les huissiers saisissent la maison des Cheever qui emménagent dans un appartement en ville (rappelons qu'aux États-Unis, la banlieue est synonyme de richesse). Ses parents se séparent avant de se remettre ensemble. Il habite avec son frère quelque temps et vivote à droite et à gauche sans jamais se fixer.


Début de carrière

Il trouve son premier travail dans un journal, qui consiste, selon son employeur à « remettre en ordre les phrases écrites par d'incroyables idiots fainéants ». Cheever démissionne quelques mois plus tard. Il rencontre Mary Winterntz avec qui il se mariera en 1941. Sa première publication, en 1935 dans le New Yorker, est une nouvelle intitulée Buffalo.

Son talent lui sauvera la vie. En lisant son recueil The way some people live, que Cheever jugeait pourtant « immature et embarrassant » et dont il cherchera toute sa vie les exemplaires pour les détruire, le major et dirigeant de la MGM et officier dans le corps de transmission de l'Armée transfère le jeune homme dans l'ancien studio Paramount dans le Queens. Son unité d’infanterie, celle où il aurait dû se trouver, mourra sur les plages de Normandie.

Sa fille Susan naît le 31 juillet 1943. Cheever commence à bien vivre grâce à ses écrits. Il a une vie de famille, un bon travail. Son fils Benjamin naît le 4 mai 1948. Cheever achète alors une maison en banlieue, celle où vécu Richard Yates. Il publie en 1947 The Enormous Radio, conte dans le style de Kafka sur une sinistre radio diffusant les conversations privées des habitants d'un immeuble new-yorkais. Goodbye my brother en 1951, lui vaudra une récompense.

Il part avec sa famille un an en Italie grâce aux droits d'adaptation cinématographique de The Housebraker of Shady Hill. Son fils, Federico naît le 9 avril 1957.


 Le succès

The Wapshot Chronicals paraît en 1956, The Wapshot Scandal en 1964. C'est un immense succès. Mais Cheever passe souvent après d'autres auteurs comme Salinger ou Updike car il n'est pas dans l'esprit de New York. Au contraire, il critique ce mode de vie.

Il écrit le scénario du film, The Swimmer, dont Burt Lancaster interprétera le rôle principal. Cheever y fait d'ailleurs une courte apparition.

Mais il boit de plus en plus en raison des tourments liés à sa bisexualité qu'il refuse d'assumer. Il voit un psychiatre pour sauver son couple mais celui-ci lui dit qu'il est lui-même son problème : « un homme névrosé, narcissique, égocentrique, non amical et si profondément impliqué dans [ses] propres illusions défensives, qu'il s'est inventé une femme maniacodépressive ». Cheever met rapidement un terme à cette thérapie.

Bullet Park sort en 1969. B Demott dira de l'oeuvre  : « les nouvelles de John Cheever rappellent et rappelleront toujours de beaux oiseaux mais dans l'atmosphère glauque de Bullet Park il n'y a pas d'oiseaux qui chantent ».

En 1973, ses problèmes d'alcool s'aggravent. Il suit un traitement psychiatrique et dans le même temps a une aventure avec l'actrice Hope Lange. Il fait un œdème pulmonaire la même année et jure alors de ne plus jamais boire. Promesse qu'il ne tiendra pas.

Cheever enseigne à l’Iowa Writer's Workshop, notamment à T.C. Boyle. Il accepte un poste de professeur à Boston University et prend un appartement seul, sa famille vivant à New York et ses problèmes de couple ne s'arrangeant pas. En 1975, il boit toujours. Son frère décide de le ramener chez lui. Il entre dans une unité de réadaptation pour alcooliques à New York. Sa femme le ramène à la maison deux mois plus tard. On ignore les traitements qu'il a subis dans cet établissement mais le fait est qu'il ne boira plus jamais après cette expérience.

En 1977, Cheever apparaît dans Newsweek avec la mention « a great american novel : John Cheever's Falconer » (un grand roman américain, Falconer de John Cheever). Le roman sera numéro un de la liste des best-sellers du New York Times pendant trois semaines.

Son recueil de nouvelles The Stories of John Cheever, publié en 1978, sera l'un des meilleurs recueils jamais vendus avec 125 000 exemplaires grand format écoulés. John Cheever est alors un auteur mondialement reconnu.


La maladie et le fin de sa vie

Il apprend en 1981 qu'il souffre d'un cancer généralisé. Son dernier roman paraît en 1982, Oh what a paradise it seems. Cette dernière œuvre est plus courte et de qualité inférieure. Elle aura de bonnes critiques mais surtout parce que l’auteur est célèbre et mourant.

Il reçoit la médaille nationale de littérature la même année. Il apparaît alors, cadavérique et dans un état de fatigue extrême, méconnaissable. Il meurt le 18 juin 1982 à 70 ans dans l'état de New York. Pour l’anecdote, les drapeaux à Ossining (ville où il vécut pendant trente et un ans)  ont été hissés pendant dix jours après sa mort en son honneur.


Posthume

Sa femme signera un contrat pour éditer les nouvelles jamais publiées. Quant à Susan, sa fille, devenue écrivain, elle révèlera ou plutôt confirmera la bisexualité de son père et le malaise qui en résultait. Son fils Benjamin est également écrivain. Blake Bailey a écrit en 2009 une biographie de John Cheever qui a reçu de nombreux prix.

John Cheever est aujourd'hui encore considéré comme un auteur marquant de la littérature américaine.



 Bibliographie

 Parutions américaines

The Way Some People Live (stories, 1943)
The Enormous Radio and Other Stories (stories, 1953)
Stories (with Jean Stafford, Daniel Fuchs, and William Maxwell) (stories, 1956)
The Wapshot Chronicle (novel, 1957)
The Housebreaker of Shady Hill and Other Stories (stories, 1958)
Some People, Places and Things That Will Not Appear In My Next Novel (stories, 1961)
The Wapshot Scandal (novel, 1964)
The Brigadier and the Golf Widow (stories, 1964)
Bullet Park (novel, 1969)
The World of Apples (stories, 1973)
Falconer (novel, 1977)
The Stories of John Cheever (stories, 1978)
Oh What a Paradise It Seems (novela, 1982)
The Letters of John Cheever, edited by Benjamin Cheever (1988)
The Journals of John Cheever (1991)
Collected Stories & Other Writings (Library of America) (stories, 2009)
Complete Novels (Library of America) (novels, 2009)

Parutions françaises


L'Homme de ses rêves, nouvelles, Joëlle Losfeld, 2011
On dirait vraiment le paradis, roman, Joëlle Losfeld, 2009/Gallimard (Folio), 2010
Le Ver dans la pomme, nouvelles, Joëlle Losfeld, 2008/ Gallimard (Folio) 2010
 Déjeuner de famille, nouvelles, Joëlle Losfeld, 2007/ Gallimard (Folio), 2010
Falconer, roman, Gallimard (Folio), 2009
Les Lumières de Bullet Park, roman, Gallimard (Folio), 2009
Une Américaine Instruite, nouvelles issues de Déjeuner de famille Gallimard (Folio 2€), 2009
Les Wapshot, roman, Gallimard (Folio), 2009

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Un mot sur la traductrice
 
Dominique Mainard est une traductrice et romancière française née en 1967. Elle a traduit la majorité des oeuvres de John Cheever et de Janet Frame. Elle est l'auteur de Je voudrais tant que tu te souviennes (Joëlle Losfeld, 2007) et Pour vous (Joëlle Losfeld, 2008), entre autres.


 

 

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Résumé

Nous sommes dans les années 1960. À Bullet Park, charmante banlieue aisée de New York, vit la famille Nailles. Tout se passe pour le mieux, jusqu'au matin où Tony, le fils de la famille, refuse de quitter son lit, pris d'une tristesse accablante. Sa mère semble détachée des réalités de l'existence et son père ne supporte d'aller au travail que sous substances tranquillisantes. Derrière la façade des pavillons se cachent des secrets lourds dans chaque famille. Sans compter l'arrivée d'un nouveau venu dans le quartier, Paul Hammer, névrosé solitaire qui n'a qu'un but : crucifier le rêve américain.

 Le roman se compose de 3 parties distinctes :

Première partie : L'histoire de la famille Nailles
Deuxième partie : L'histoire de Paul Hammer
Troisième partie : Paul Hammer vs Nailles

Les Nailles ressemblent à ces familles que l’on pouvait voir sur les affiches de publicité des années 60 vantant les mérites d'une future banlieue résidentielle, achat indispensable pour accéder à la vie américaine aisée de l'époque, « l'american way of life » par excellence. Mais malgré ses airs hautains et son allure propre, cette famille imprégnée de puritanisme va très vite déchanter. Tout ce qu'on ne dit pas est latent et attend, tapi, pour mieux exploser un jour. C'est ce que John Cheever s'acharne à nous expliquer dans son roman, Les Lumières de Bullet Park, sorti en 1969 aux États-Unis et quelque quarante années plus tard en France. Cheever, ayant lui-même connu la vie de banlieue, ses fastes et la déchéance de sa classe sociale, dresse avec humour et noirceur le portrait de cette Amérique bien pensante et, surtout, en révèle les fêlures.

L'histoire est composée de trois parties. Dans la première, donc, l'histoire des Nailles, charmante petite famille en apparence, composée du père, Eliot, de la mère, Nellie, et du fils, Tony, famille qui voit son quotidien bouleversé le jour où Tony refuse de sortir de son lit. Folie, maladie, voilà comment est perçu le comportement du fils simplement atteint du mal de son époque, étouffé par le poids des apparences et l’accumulation de trop nombreux problèmes auxquels l’usage était de remédier en prenant sur soi, jusqu'à éclatement. Le lecteur devient alors spectateur de la triste déchéance de cette si pâle famille. Drogue, psychiatrie, chamanisme, rien n'est exclu pour venir à bout de ce mal-être pourtant bel et bien installé, et prévisible si seulement on ne s'était pas acharné à tout dissimuler et refouler.

Cheever adopte un langage direct, franc. C'est l'auteur qui nous parle d'où la présence importante de la voix du narrateur. Il ne juge pas, il constate, après analyse. Et alors que l'on s'habituait aux multiples rebondissements dans la vie de la famille Nailles, une deuxième partie tout à fait différente fait interruption dans le récit. Le lecteur découvre le passé de Paul Hammer, le nouvel arrivant de Bullet Park, névrosé, solitaire et mystérieux, raconté dans le style tranchant et précis de Cheever.

La grande particularité de ce personnage est qu'il est aux antipodes des conventions américaines des années 60, mais aussi terriblement en avance sur son temps lorsque l'on constate aujourd'hui le nombre de Paul Hammer qui existent aux États-Unis. Rongé de solitude, ravagé par l'alcool, dévasté par la folie, cet homme voit le sort s'acharner sur lui ; son unique but lui a été révélé un jour par sa mère, elle-même en marge de la société : crucifier le rêve américain.

Dans cet univers où tout n'est que façade, Paul Hammer, lui, dévoile tout, il ne se cache pas derrière de fausses apparences, certainement parce qu'il a été exclu du système, et ce, dès sa naissance.

Enfin dans une troisième partie, le suspens atteint son apogée. Paul Hammer et la famille Nailles s'affrontent sur le terrain de la réussite. Le combat est acharné et le lecteur peut être partagé. Il part en connaissance de cause, il connaît les équipes et sait de qui elles sont composées : Hammer (le marteau) ou Nailles (les clous).

Deux écoles s'affrontent dans ce livre : ceux qui veulent atteindre l'excellence et ceux qui veulent l'achever. Sachant qu'au bout du compte, et cela est clairement explicité, le bonheur n'est certainement pas la finalité.

Des les premières lignes on est saisi par la plume de John Cheever. Il a la capacité d'emmener le lecteur avec lui, dans son histoire. Pour moi, ce roman est grand parce qu'il est, d'une part, témoignage sur les troubles de son époque et d'autre part parce qu'il est divertissant à souhait, à la fois drôle et sombre ; jamais la lassitude ne s'installe. On peut tirer la conclusion évidente que Cheever était un clairvoyant. Lorsque l'on referme ce livre, on est conscient que l'Amérique ne s'est jamais sortie de cette pathétique situation, aujourd'hui étendue à l'échelle planétaire. C'est savoureux, piquant et l'on se laisse plonger dans ce Desperate Housewives des années 60 dont la morale se révèle finalement intemporelle.


Marjorie Prunet, AS Éd.-Lib.


 John CHEEVER sur LITTEXPRESS

 

John Cheever Dejeuner de famille

 

 

 

 

Article de Mathieu sur Déjeuner de famille.

 

 

 

 

 

 


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 Article de Pauline sur Une Américaine instruite.   
   
   









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