Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
24 novembre 2012 6 24 /11 /novembre /2012 07:00

John-FANTE-La-route-de-Los-Angeles.JPG



 John FANTE
La Route de Los Angeles
The Road to Los Angeles
traduit de l’anglais (États-Unis)
par Brice Matthieussent
Black Sparrow Press (USA), 1985
 Christian Bourgois (France), 1987
éditions 10/18
collection « Littérature étrangère », 2002

 

 

 

 

 

 

 

 

La Route de Los Angeles est le premier roman de John Fante, écrit entre 1933 et 1936 mais refusé à l’époque par tous les éditeurs américains l’ayant eu entre leurs mains. Son premier roman publié sera par conséquent Bandini, en 1938.
 
En guise d’explication à ce refus, et afin de souligner l’importance de ce premier roman pour John Fante, je retranscris ici un extrait d’une lettre envoyée à un de ses amis en 1936, rapporté par son éditeur américain :

« J’ai fini La route de Los Angeles et, mon vieux, j’en suis ravi ! J’espère mettre le manuscrit à la poste vendredi. Certains passages vont hérisser le poil du plus teigneux des loups. Tout cela est peut-être trop corsé, c’est à dire manquant de bon goût. Mais ça ne me gêne pas ! ».
 
Il faut bien avoir à l’esprit qu’il aura fallu attendre les années 1980 pour que tous ses livres fassent l’objet d’une deuxième édition aux États-Unis et qu’ils soient par la suite publiés en France par Christian Bourgois.
 
D’une manière générale, l’œuvre littéraire de John Fante est un décalque de son existence et, dans ce livre, première étape d’une « saga » de quatre titres, nous assistons à la première apparition du personnage d’Arturo Bandini, véritable alter ego de l’auteur.
 
 
 
Les contextes
 
La route de Los Angeles est le récit de la vie de Fante/Bandini au moment où il vit à Wilmington avec sa mère et sa sœur. Ils sont arrivés dans cette banlieue de Los Angeles depuis le Colorado, après la séparation des parents de John Fante. Dans le livre, ce déménagement survient après la mort du père de Bandini…


Dans la chronologie de la vie de l’auteur, cet épisode vient après celui relaté dans Bandini, qui concerne les vingt premières années de sa vie.
 
Pour plus de précisions sur la biographie de John Fante, voir la fiche de lecture de Maryse sur Bandini.
 
Ce récit se déroule dans un contexte historique bien particulier, celui des États-Unis dans les années 1930, années de dépression économique marquées par la Grande Crise de 1929.


Fante/Bandini est le témoin de cette époque où le « rêve américain » bat de l’aile, et il met en lumière les ravages d’un système capitaliste qui laisse de côté de plus en plus de précaires, chômeurs, pauvres, mendiants et autres laissés pour compte. Il en fait d’ailleurs partie mais pas de bons sentiments dans ce livre, aucune considération pour tous ces travailleurs en concurrence pour survivre !
 
D’un point de vue littéraire, il peut arriver de retrouver John Fante classé avec la « Beat Generation » de Jack Kerouac et de William S. Burroughs. Mais La Route de Los Angeles est écrit bien avant l’émergence du phénomène beatnik aux Etats-Unis. Près de vingt ans avant Sur la route de Jack Kerouac, John Fante racontait déjà l’Amérique des « marginaux », des ivrognes et des drogués.



Le récit et le personnage d’Arturo Bandini

Pour Brice Matthieussent, traducteur attitré et avisé de l’œuvre de Fante, La Route de Los Angeles est « le récit de la vie d’un ritalo-yankee entre deux mondes, qui cherche à intégrer l’Amérique des années 1930 ». Arturo Bandini y incarne ce « ritalo-yankee », « un être hybride pour qui l’Italie appartient au passé tandis que l’Amérique refuse obstinément de lui ouvrir ses portes dorées ».

Le personnage vit seul avec sa mère et sa sœur dans un appartement miteux. Ils survivent grâce à ses rares salaires mais surtout avec l’aide financière d’un de ses oncles. Ils habitent donc Wilmington, district de Los Angeles situé près de Long Beach, où se situe le vaste port de la ville et ses industries liées à la pêche et au transport maritime.

John Fante nous décrit dans ce livre une ville de Los Angeles chaude et étouffante en journée, remplie la nuit d’un brouillard froid et humide, et sujette à de fréquents tremblements de terre, si « rédempteurs » dans l’esprit de Bandini.

Pour caractériser ce personnage deux adjectifs me viennent à l’esprit : « agaçant » et « méprisable ». Ce qui est certain, c’est qu’il fera date dans l’œuvre de l’auteur !

Très imbu de lui-même, il méprise les autres et surtout les femmes. Complètement misogyne, il développe une relation un peu glauque avec celles-ci. Quand il ne s’enferme pas dans un placard pour se masturber sur des photos découpées dans des magazines, représentant « ses » femmes à qui il donne des noms, il fait une fixation sur la bibliothécaire du quartier, l’observe de derrière les rayons, emprunte les livres qu’elle lit… Il tombe ainsi amoureux de n’importe quelle belle femme, vue dans la rue ou sur le pont d’un bateau, et il peut en suivre une pour ramasser et manger l’allumette qu’elle a laissée tomber après avoir allumé une cigarette…

De fait sa vie est remplie de mensonges et de fanfaronnades. Quand il ne fait rien, c’est à dire la plupart du temps, il emprunte et lit des auteurs sérieux et compliqués (Nietzsche, Spengler). Il en apprend par cœur des passages entiers et les ressort dans ses discussions, afin de bien faire comprendre aux autres la différence de niveau intellectuel qui existerait entre eux.

Sa détestation de la religion est aussi très marquante. Il rejette ainsi un héritage catholique et puritain plus que pesant, étant immigré italien de la deuxième génération dans les États-Unis du début du vingtième siècle. Cette question est d’ailleurs un des éléments principaux de ses relations chaotiques avec sa mère et sœur. Il les méprise à double titre : femmes et ferventes croyantes…

Arturo Bandini est raciste, enclin aux discours sentant l’extrême droite des années 1930. On retrouve ici la position assez classique de l’immigré italien, blanc, qui se veut « Américain assimilé » alors que les autres (Mexicains, Philippins) ne seraient que des parasites, des « animaux » qui ne feraient aucun effort pour sortir de leur misère.

Sujet à de nombreuses phases de délires solitaires, optimistes ou pessimistes, le personnage d’Arturo Bandini va se retrouver au centre de scènes qui marquent le lecteur, tel le massacre de milliers de crabes sous un pont par le « Führer Bandini ».

Grâce à son oncle, il trouve du travail dans une conserverie de poissons, aux côtés de travailleurs immigrés de toutes origines. Ce passage du livre est primordial car il montre bien l’incapacité de Bandini à s’insérer dans ce monde, dans un collectif quelconque.

Incapable de reconnaître qu’il ne sait pas quelque chose, méprisant les autres, il parle de révolution prolétarienne et de communisme, s’invente un personnage d’écrivain qui ne serait là que pour écrire sur le quotidien d’ouvriers immigrés… La première des conséquences est qu’il est raillé par les ouvriers de la conserverie et qu’il accumule une frustration qui grandit tout au long du livre.

Il se met alors à écrire son premier roman, et là encore quel spectacle pour le lecteur ! Passant des nuits entières sur son « œuvre », un mélo mettant un scène un homme brillant et aventurier séduisant des femmes dans le monde entier, il se voit comme le plus grand des écrivains. Mais d’une manière impitoyable et revancharde sa sœur le ramène sur terre, déclenchant chez lui une frustration intense. Son travail est sans intérêt, un peu à son image, et il s’en rend bien compte.

Cette révélation a pour première conséquence qu’il frappe sa sœur, « aboutissement » dans leur relation, paroxysme des tensions avec sa famille mais aussi déclic pour Arturo Bandini. Il va s’extirper de la vie menée jusque là et dans laquelle il végète.


En vendant les bijoux de famille il réunit assez d’argent pour partir à Los Angeles, la suite de son parcours californien étant contenu dans Demande à la poussière.



Dernières phrases du livre :


« Ma valise à la main, j’ai marché jusqu’à la gare. Il y avait dix minutes d’attente avant l’arrivée du train de minuit pour Los Angeles. Je me suis assis et j’ai réfléchi à mon prochain roman ».



Mon (humble) avis

L’écriture de ce roman à la première personne donne une impression très réaliste et tranchante. Peu de concessions sont faites dans cette façon d’écrire et cela semble assez subversif pour l’époque (à tel point que ce livre n’a été publié que cinquante ans plus tard).

Un côté dérangeant ressort de cette lecture et je dois avouer qu’elle m’a causé une certaine « gêne ». Non pas à cause du contenu du livre et de ses scènes les plus consternantes, mais plutôt par le flou qu’il y a dans ce personnage de Fante/Bandini.

Le lecteur de La Route de Los Angeles est dans une position inconfortable, en ne sachant jamais vraiment de qui il s’agit ! Il y a une grosse différence entre un auteur qui invente les actions d’un personnage et celui qui raconte ses propres actions ; je pense ici pour exemple à la scène du massacre des crabes.

Je dois avouer que la lecture de Demande à la poussière, mon entrée dans l’œuvre de John Fante, ne m’avait pas fait cet effet-là.

Cependant, La Route de Los Angeles est une vision sociale de l’époque plus qu’intéressante. Fante/Bandini est un produit de cette Amérique des années de crise économique, un jeune immigré de la deuxième génération à la recherche de repères identitaires.

Pour Fante/Bandini, devenir un « vrai Américain » dans ces années-là est une quête qui le pousse aux confins de la « folie », et cette thématique reviendra souvent dans l’œuvre de John Fante. Peu étonnant quand on sait que les tribulations d’Arturo Bandini sont en grande partie les siennes.



Bibliographie de John Fante

La Route de Los Angeles (The Road to Los Angeles, 1933), publié en 1987 aux éditions Christian Bourgois.
Bandini (Wait Until Spring, Bandini, 1938), publié en 1985 aux éditions Christian Bourgois.
Demande à la poussière (Ask the Dust, 1939), publié en 1986 aux éditions Christian Bourgois.
Pleins de Vie (Full of Life, 1952), publié en 1988 aux éditions Christian Bourgois.
–- Les Compagnons de La Grappe (The Brotherhood of the Grape, 1977), publié en 1988 aux éditions Christian Bourgois.
Rêves de Bunker Hill (Dreams from Bunker Hill, 1982), publié en1985 aux éditions Christian Bourgois.
- Mon chien Stupide (My Dog Stupid, 1986), publié en 1987 aux éditions Christian Bourgois.
- Le Vin de la jeunesse (The Wine of Youth, 1985), publié en 1986 aux éditions Christian Bourgois.
- L'Orgie (The Orgy, 1986) suivi de 1933 fut une mauvaise année (1933 Was a Bad Year, 1985), publié en 1987 aux éditions Christian Bourgois.
- Correspondance Fante/Mencken, publié en 1991 aux éditions Christian Bourgois.
- Grosse Faim (nouvelles 1932-1959), (The Big Hunger, 2000), publié en 2001 aux éditions Christian Bourgois.

Note : toutes les traductions françaises ont été l’œuvre de Brice Matthieussent, sauf celle de Demande à la poussière qui a été assurée par Philippe Garnier.


Nico, AS Bib 2012-2013

 

 

 

John FANTE sur LITTEXPRESS

 

John Fante Demande a la poussiere

 

 

 

 

Articles de Florent et Blandine sur Demande à la poussière.

 

 

 

 


john-fante-mon-cien-stupide.gif

 

 

 

Article de Céline sur Mon chien stupide

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Recherche

Archives