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16 décembre 2012 7 16 /12 /décembre /2012 07:00

 

 

 

John FANTE La route de Los Angeles

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

John FANTE
La Route de Los Angeles
The Road to Los Angeles
Traduction

Brice Matthieussent
Christian Bourgois, 1987
 
 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Nourri entre autres de Dostoïevski, Nietzsche, et Jack London, John Fante est l’auteur d’une quadrilogie autour du personnage d’Arturo Bandini, son alter ego littéraire. Cette quadrilogie est constituée de La route de Los Angeles, Demande à la poussière, Bandini, et Les Rêves de Bunker Hill. John Fante a publié ses premières nouvelles dans une revue littéraire, dirigée par Henry Louis Mencken : The American Mercury. Cet événement important de sa vie est notamment relaté dans le livre Demande à la poussière. Il a alors 26 ans, mais se fait passer pour plus jeune, par orgueil et histoire de mettre en scène son talent littéraire. Simple anecdote, mais qui a son importance, car elle permet de cerner un peu la nature particulière de Fante, que l’on retrouve de manière plus excessive dans le personnage de Bandini. La route de Los Angeles est le premier roman de John Fante, mais il sera refusé par les éditeurs et ne paraîtra qu’en 1985. Parallèlement, il fait ses débuts à Hollywood, où il écrit de nombreux scénarios. Il sera révélé par le public tardivement avec la parution de Pleins de vie, en 1952.

 
 
Bandini
 
 Arturo Bandini est, comme l’auteur, un jeune fils d’immigré italien qui rêve de grandeur et de puissance, et par-dessus tout, de devenir un grand écrivain. Mais confronté à la pauvreté qui règne dans sa famille, il est contraint de travailler dans une conserverie de poissons. Alors, pour se donner un tant soit peu de substance et s’élever au-dessus de sa triste condition, il va mentir sur ce qu’il est, et tenter de surpasser tout le monde. Ainsi, il lit beaucoup d’ouvrages très complexes, sans toutefois toujours les comprendre, mais dont il pourra ainsi aisément citer quelques extraits par cœur histoire de se sentir supérieur intellectuellement en société. Ces livres, cette soif de connaissance apparaissent comme le seul refuge de Bandini. Tout contact avec une personne extérieure est un échec ; il entre en conflit instantanément. En vérité, il méprise à peu près tout le monde, quitte à être parfois raciste ou extrémiste dans sa position anticléricale.

Ce n’est pas qu’il chérisse particulièrement la solitude, mais c’est un laissé pour compte : il ne trouve pas sa place dans la société. Le racisme qu’il exprime à la conserverie de poisson envers ses collègues mexicains n’est que le reflet de la société américaine des années 30, dans le sens où les enfants d’immigrés doivent surmonter une certaine crise identitaire. Ce racisme n’est finalement qu’une réponse, souvent peu pertinente, aux traumatismes qu’il a subis pendant son enfance. De ce fait, Bandini apparaît comme un jeune homme perdu, errant, qui tente comme il peut d’exorciser ses contradictions. Il est déphasé et incompris de tous ses proches : ses collègues, son patron, le barman qu’il fréquente, son oncle, sa mère qui ne le comprend définitivement pas mais qui ne cesse de l’aduler, et sa sœur bigote, qui le moque en continu et avec qui il engage des duels fratricides violents principalement autour de l’existence de Dieu. C’est d’ailleurs chez lui, en compagnie de sa sœur et de sa mère, qu’on observe le mieux ses contradictions : il adore les femmes, mais il considère qu’elles sont une entrave à la littérature ; il déteste ce qui a trait à la religion, mais il lui arrive parfois de s’adonner à des prières.

Si le refuge intellectuel de Bandini est la littérature, son refuge physique est très certainement son bureau, où il retrouve ses femmes en papier glacé au fond de son placard à vêtements. Il leur parle pendant des heures, les adore, les vénère. Il ressort évidemment frustré de tous ces fantasmes, déchire ses photos, et se sent ridicule, idiot de tant d’immaturité. Bandini vit dans ce rêve permanent de grandeur, entouré de femmes, dominant le monde. Il se crée un personnage, narcissique, méprisant, costaud ; mais ce travestissement de la réalité traduit simplement son incapacité à reconnaître en lui une forme d’hypersensibilité maladive. Ces réactions violentes, que ce soit contre lui-même ou contre les autres, ou face à la simple expérience du quotidien sont une forme d’autodéfense contre une société dont il a peur. Son terrible massacre des crabes illustre parfaitement ce manque de confiance en lui et cette tentative ridicule de se sentir un tant soit peu puissant. Bandini ne réfléchit pas, il agit. Puis il regrette. Un tel personnage peut nous paraître parfaitement antipathique au vu des nombreux défauts qu’il cumule : méprisant, orgueilleux, prétentieux, matérialiste, impulsif, fétichiste, immature… Mais ses accès de lucidité vis-à-vis de ses actes, de ses excès, font de lui un personnage finalement attachant.


 « Pas un seul ne s’est arrêté pour me faire monter dans sa voiture. Ce gars, là-bas, il a tué des crabes. Le prenez surtout pas en stop. Il a un faible pour les dames en papier glacé au fond des placars à vêtements. Voyez-vous ça. Le laissez pas monter dans votre voiture, ce Frankenstein, ce crapaud de caniveau, cette veuve noire, ce serpent, ce chien, ce rat, ce crétin, ce monstre, ce demeuré. Pas une seule voiture ne s’est arrêtée ; très bien – et alors ? Je m’en contrefous !  Allez au diable, tous autant que vous êtes ! Ça me convient parfaitement. J’adore marcher sur ce don de Dieu que sont mes jambes, et pour marcher je vais marcher. Comme Nietzsche. Comme Kant. Emmanuel Kant. Que savez-vous d’Emmanuel Kant ? Bande de crétins avec vos Chevrolets et vos V-8 ! » (La Route de Los Angeles, chapitre 6).

 



L’écriture de Fante
 
On peut voir la quadrilogie Bandini comme une thérapie pour Fante, une exorcisation  de son esprit torturé et de ses nombreuses angoisses. Pour exemple, à la fin du roman, Arturo écrit son premier livre. Sa sœur Mona le lit brièvement et le trouve très niais. Arturo refuse d’entendre la critique. Puis sa mère, croyante à souhait, le trouve très dérangeant. Arturo est furieux mais finit par prendre du recul sur son œuvre et se rend compte du ridicule de son écriture. Les moqueries que subit Bandini ici pourraient n’être en réalité que le reflet des peurs de Fante lui-même quant à la réception de son propre premier livre, La route de Los Angeles, alors que tout son talent d’écrivain reste encore à démontrer.

La quadrilogie Bandini montre aussi que Fante voit en l’écriture une carapace rassurante face au quotidien, le seul moyen de s’échapper d’une société à laquelle il n’arrive pas à appartenir. De plus, la littérature lui semble être le seul chemin possible vers la gloire. L’argent lui importe peu, en réalité ; ce dont il rêve, c’est d’être reconnu pour ce qu’il considère être, afin de pouvoir peut-être prendre sa revanche sur ce monde qui l’a exclu. En effet, il est resté plutôt indifférent à l’argent facile que lui a rapporté l’industrie Hollywood. La misère, la pauvreté semblent être des outils indispensables à sa créativité, comme on le remarque dans son roman Demande à la poussière.

Enfin, beaucoup de gens voient en Fante un précurseur de la Beat Generation dans le sens où Bandini est un personnage exclu et incompris par la société, errant, sans horizon particulier, excepté l’écriture. On retrouve d’ailleurs toute l’essence de Fante dans Bukowski, avec cette succession de petits boulots, cette incapacité à avouer une quelconque forme de sensibilité, et cette fameuse machine à écrire comme seule échappatoire. D’ailleurs, Charles Bukowski considérera Fante comme un maître, une influence majeure : dans la préface élogieuse de Demande à la poussière, Bukowski décrit très honnêtement l’écriture de Fante.


 « Un jour j'ai sorti un livre, je l'ai ouvert et c'était ça. Je restai planté un moment, lisant et comme un homme qui a trouvé de l'or à la décharge publique. J'ai posé le livre sur la table, les phrases filaient facilement à travers les pages comme un courant. Chaque ligne avait sa propre énergie et était suivie d'une semblable et la vraie substance de chaque ligne donnait sa forme à la page, une sensation de quelque chose sculpté dans le texte. Voilà enfin un homme qui n'avait pas peur de l'émotion. L'humour et la douleur mélangés avec une superbe simplicité. Le début du livre était un gigantesque miracle pour moi. J'avais une carte de la Bibliothèque. Je sortis le livre et l'emportai dans ma chambre. Je me couchai sur mon lit et le lus. Et je compris bien avant de le terminer qu'il y avait là un homme qui avait changé l'écriture. Le livre était Ask the Dust et l'auteur, John Fante. Il allait toute ma vie m'influencer dans mon travail.» Charles Bukowski. (Demande à la poussière, préface).

 

On ne saurait mieux dire.
 
 
Quentin, 2ème année Bib.

 

 

 

John FANTE sur LITTEXPRESS

 

John FANTE La route de Los Angeles

 

 

 

 

 

Article de Nicolas sur La Route de Los Angeles

 

 

 

 

 

 


  john fante bandini

 

 

Article de Maryse sur Bandini.

 

 

 

 

 

 

 

 

John Fante Demande a la poussiere

 

 

 

 

 

Articles de Florent et Blandine sur Demande à la poussière.

 

 

 

 


john-fante-mon-cien-stupide.gif

 

 

 

Articles de Juliette et  de Céline sur Mon chien stupide

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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