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12 décembre 2012 3 12 /12 /décembre /2012 07:00

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John FANTE
Mon chien Stupide

titre original

My Dog Stupid

traduit de l'américain
par Brice Matthieussent

Christian Bourgois, 1985
10/18, 2002









 

 

 

 

L’auteur

John Fante naît à Denver, Colorado, en 1909. Il est fils d’immigrés italiens de la deuxième génération, son père, maçon, est violent et alcoolique, tandis que sa mère est très religieuse. La famille est croyante et conservatrice. Enfant, Fante est turbulent, il passe sa scolarité dans une école jésuite où il découvre le besoin de liberté et l’écriture. Ces sentiments sont exprimés de manière très forte dans Le Vin de la jeunesse (Wine of Youth, publié en 85 à titre posthume).

En 1929, il part pour Los Angeles et travaille dans une conserverie qu’il évoquera dans La Route de Los Angeles (titre publié à titre posthume car il a été refusé par tous les éditeurs qui le jugeaient trop provocant). Il commence également à écrire à vingt ans. Ce départ vers l’Ouest peut être considéré comme une manière de s’émanciper et de couper les ponts avec une famille beaucoup trop étouffante. Il entretient durant de nombreuses années une correspondance avec H. L. Mencken, le rédacteur en chef de la revue littéraire The American Mercury (cousin outre atlantique du Mercure de France), qui publiera ses premières nouvelles. Fante crée l’alter égo de Mencken dans Demande à la poussière, publié dès 1932, qui deviendra son roman le plus populaire.

L’œuvre de Fante est très autobiographique, l’auteur se décrit dans ses avatars : Arturo Bandini et Henry Molise, le premier étant le plus fameux. Fante raconte sa vie dans ses romans, en déformant la réalité et en y mêlant des élémets de fiction. Bandini est à son image : un écrivain joueur et menteur, un homme obsédé par son origine dans une Amérique raciste et ruinée par la crise de 29, un ado adulte rêveur qui ne veut plus être ce petit rital catho fils d’immigré mais un amerloque respecté. Cette dualité poursuivra Fante toute sa vie et hantera son œuvre.

Demande à la poussière (Ask the Dust) est un roman semi autobiographique où le lecteur retrouve ces thèmes de personnage border line complètement perdu, noyé entre la littérature et les femmes. L’histoire d’un homme fou amoureux de liberté qui doit cependant faire face à son père, alcoolique, imposant, traître. L’opposition au père sera également le thème principal des Compagnons de la grappe, considéré comme le meilleur roman de Fante.

En 1937, il épouse Joyce, une éditrice fortunée. Ce mariage va lui permettre de jouer et de golfer durant de longs mois. Il en profite également pour écrire et éditer le succès commercial Pleins de vie, qui deviendra plus tard un film. Ce succès lui ouvre les portes de Hollywood, où il devient un scénariste reconnu. Les années 50, 60 sont synonymes de succès pour lui : travail pour la Fox, nomination du meilleur scénario pour Pleins de vie en 1957, voyage en Italie.

Cependant, la naissance de son quatrième enfant à la fin des Sixties déclenche de lourdes dégradations dans sa vie de couple et ses relations amicales. Il est décrit par ses proches comme quelqu’un de sensible, intuitif, drôle, mais également impossible à vivre et lunatique.

Entre 78 et 83, année de sa mort, il devient aveugle et est amputé des deux jambes suite à son diabète, il arrivera cependant à dicter Rêves de Bunker Hill à  sa femme Joyce.



L’œuvre de Fante peut être découpée en deux cycles, centrés sur ses deux avatars :

  • Arturo Bandini (Wine of Youth, Ask the Dust, The Road to LA, Bandini) : cette partie de l’œuvre décrit le personnage comme un gamin râleur et révolté, honteux d’être le fils d’un père violent et d’une mère bigote, l’ado adulte bohème et un peu immature ;
  • Henry Molise (The Brotherhood of the Grape, West of Rome comprenant The Orgy and My dog Stupid) : le héros est bien plus mûr et réfléchi que Bandini, la bohème est terminée, Molise mène une vie rangée dans une banlieue californienne.

 

Fante est considéré par certains comme un précurseur de la Beat Generation, car il est l’un de premiers à illustrer dans son œuvre les thèmes de l’errance et de la découverte de l’Ouest. Il sera reconnu mondialement peu avant sa mort grâce à Charles Bukowski qui fit rééditer et préfaça Ask The Dust. Toute l’œuvre de celui-ci sera fortement influencée par Fante, qu’il considère comme un maître.

 

« Un jour, j'ai attrapé un livre, je l'ai ouvert et c'était ça.. Je restai planté un moment en le lisant, comme un homme qui a trouvé de l'or à la décharge publique... Les phrases coulaient si facilement à travers la page, c'était comme un flux. Chaque ligne avait son énergie. La vraie substance des phrases donnait une forme à la page comme si elle était sculptée. Enfin je découvris un homme qui n'avait pas peur de l'émotion. Le début de ce livre me fit l'effet d'un miracle énorme et violent. Le livre était " Demande à la poussière " et l'auteur John Fante. Toute ma vie son influence a illuminé mon travail... Oui, Fante a eu un énorme effet sur moi. Peu de temps après avoir lu ses livres, j'ai commencé à vivre avec une femme qui était une plus grande ivrogne que moi, nous avions de grandes bagarres, souvent je lui criais : " Je ne m'appelle pas f... de p.. , je m'appelle Bandini, Arturo Bandini ! " Fante était mon dieu. »

Charles Bukowski ; extrait de la préface de Demande à la poussière.

 

 

Le livre

Henry Molise est un quinquagénaire, fils d’immigrés italiens, scénariste raté, marié et père de quatre enfants, qui vit dans la banlieue de LA. On le prend aisément pour le pur cliché du père de famille tout droit sorti d’une pub pour frigos américaine des années 50… Pendant les deux premières pages du livre. En effet, on comprend très rapidement qu’il est dans la lune et que sa famille, en plus d’être complètement dessoudée, se déconnecte progressivement de la réalité.

Le tout début du livre décrit Molise qui rentre chez lui après un entretien peu concluant avec un producteur de télévision. Harriet, sa femme, l’accueille chez eux un revolver à la main en lui expliquant qu’il doit tuer l’ours / mouton / lion qui rôde devant leur porte. Henry et son fils Dominic découvrent que le monstre n’est rien d’autre qu’un akita japonais anormalement poilu, au comportement sexuel très étrange ; ils l’appelleront Stupide.

L’arrivée du chien dans la famille sera l’élément déclencheur d’une avalanche d’événements inhabituels qui vont complètement bouleverser la vie du narrateur et lui ouvrir les yeux, le forçant à commencer l’amer bilan de sa vie.



L’american dream

La famille est à la fois une incarnation et une désincarnation du rêve américain.

D’une part, Molise incarne le rêve américain de John Fante : le fils d’immigrés italiens vit en banlieue, fonde une famille, écrit des scenarios pour des films purement américains, a une progéniture qui part au service miliaire pour protéger leur pays. En résumé, cette famille américaine type est en réelle mutation par rapport aux origines italiennes de Molise, donc à l’enfance de Fante.

D’autre part, le portrait de la famille de Molise est irréaliste ; chaque trait de caractère est exagéré et chaque protagoniste devient aux yeux du narrateur (et par conséquent à ceux du lecteur) une vraie caricature.

Le futur de l’Amérique est incarné par les enfants. Ils ouvrent la voie aux révolutions et aux changements de mentalités des sixties à venir : Dominic, l’aîné, fume des joints et est accro aux femmes noires, les fils détestent l’armée, la fille Tina est une baby doll écervelée qui sort avec un ex marine reconverti en surfeur vagabond qui vole de l’alcool au père de famille… il y a une réelle révolution, que ce soit au niveau des préjugés raciaux, du patriotisme, de la libération sexuelle : tout y passe.

Le chien, pur cliché de l’élément présent dans les publicités américaines, fait irruption dans cette famille cacophonique. Il est le réel point de départ de l’histoire, car en débarquant dans cet american dream, il va tellement chambouler les esprits qu’une réelle remise en question de la situation va être faite par la famille.



La lassitude de Molise

Henry Molise se réveille dès l’apparition de Stupide. Il se rend compte qu’au final, cette vie de scénariste raté ne lui convient pas. Il commence à râler sur à peu près tout : cette femme qui ne le comprend pas (« et ne me comprendra jamais ») et ses enfants, ingrats, nombrilistes et exigeants. Le lecteur se rend compte au fur et à mesure des pages qu’il reporte l’affection qu’il est censé donner à sa famille… sur ses chiens.

La description tragique de l’émouvante mort de son ancien chien, Rocco, est un élément important de cette mise en abyme du réel. Il en parle comme d’un traumatisme, comme si la vie l’avait quitté et souligne l’envol, la perte totale de son inspiration. En comparaison, les quelques malheurs qui tombent sur ses enfants (son fils aîné Dominic se fait tabasser), suscitent chez lui l’inverse de ce qu’ils devraient provoquer chez n’importe quel père : il est froid et n’a pas de réaction.

Cette image du père est un thème très cher à Fante. Le père italien, toujours en vadrouille et absent qui, à l’heure du bilan, se met en quête de reconnaissance sans se rendre compte qu’il est trop tard. Molise / Fante agit comme son père sans s’en rendre compte : il cherche à sentir que ses enfants l’aiment, désespérément.



L’abandon

Harriet et Henry vivent ce moment crucial, redouté par tous les couples : le départ des enfants. Cette mise à la retraite non souhaitée ne peut signifier qu’une chose pour eux : l’effritement de leur union. Si les enfants partent, nous n’avons plus de raisons de vivre ensemble puisque depuis une vingtaine d’années nous ne parlons que de rendez vous chez le dentiste et de prêts à la banque pour leurs études.

Les liens familiaux qui unissaient le couple et ses enfants se distendent également, dans la suite logique des choses. Leur fille Tina part avec son petit ami, un bellâtre peu évolué, et dès ce moment, Molise va faire le décompte des enfants restant dans la maison. Le but ultime : le départ de tous les enfants, qui signifiera le début de la liberté d’Henry.

En effet, son grand rêve est de partir à Rome, pour retrouver ses origines avec sa femme. Ce rêve est un désir de retour à ses racines, et de quitter sa vie rangée. Ce désir était certainement celui de John Fante durant la période faste où il a travaillé en Italie.

Molise attend que ses enfants l’abandonnent pour abandonner lui-même l’Amérique. Il leur fait vivre ses rêves d’abandons, vieillit, déprime et s’emporte contre tout le monde, car ses rêves le hantent.

Vivre dans sa famille est une telle vie de chaos permanent que pour lui, Rome serait une libération. Fante chérit ce besoin de goûter la vie, donc la ville de Rome, qui représenterait la renaissance après le chaos.

L’effroi qu’a l’auteur de passer à côté de sa vie le hante totalement, il rêve de sortir de cette routine familière où il s’est lui-même empêtré.


Juliette, 2e année éd.-lib.

 

 

John FANTE sur LITTEXPRESS

 

John FANTE La route de Los Angeles

 

 

 

 

 

Article de Nicolas sur La Route de Los Angeles

 

 

 

 

 

 

 

john fante bandini

 

 

 

 

 

Article de Maryse sur Bandini.

 

 

 

 


 

 

John Fante Demande a la poussiere

 

 

 

 

 

Articles de Florent et Blandine sur Demande à la poussière.

 

 

 

 

 


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Article de Céline sur Mon chien stupide

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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