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26 juillet 2011 2 26 /07 /juillet /2011 07:00

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John Howard GRIFFIN
Dans la peau d'un Noir
(Black Like Me)
traduit de l'anglais
par Marguerite de Gramont.
éditions Gallimard, 1962

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

John Howard Griffin (1920-1980) est un journaliste et écrivain américain. Étudiant en français, littérature et médecine à l'université de Poitiers, il fut aussi rattaché au service psychiatrique d'un hôpital français lors de la Seconde Guerre mondiale. Il prend part à la résistance et sert dans l'armée américaine avant de revenir en Europe à la fin de la guerre. Une blessure le contraint à revenir vivre aux États-Unis où son engagement pour la paix sociale va motiver ses écrits et ses opinions. Les conditions de vie des Noirs américains du Sud sont pour lui insupportables. Son combat contre les discriminations raciales a fait sa renommée. L'ouvrage, Dans la peau d'un Noir (Black Like Me), récit d'une expérience singulière que J.H Griffin décide de vivre en 1959, illustre parfaitement ses convictions. Une adaptation cinématographique et documentaire fut, par la suite, inspirée de cet écrit.

J.H. Griffin est également l'auteur de nombreux autres ouvrages comme, par exemple, The Devil Rides Outside (1952), The Church and the Black Man (1959), A Time to be Human (1977), tous préoccupés par les relations sociales, économiques et politiques entre les « races ».



Dans la peau d’un Noir

Ce livre est un récit autobiographique sous forme de journal. Il relate une expérience véritable que J.H Griffin commence en 1959. Décidé à dénoncer la vie des Noirs du Sud des États-Unis, il considère que seule une immersion totale dans la vie d'un Noir confronté quotidiennement au racisme des Blancs, lui permettra de comprendre comment cela peut changer. Il désire aussi faire passer un message aux citoyens américains : il ne faut plus fermer les yeux sur la situation. La ségrégation raciale aux États-Unis est présente dans de nombreuse villes. Le passé du pays est à l’origine de cet ordre social. Les Blancs dominent les Noirs. Ces derniers vivent en communauté dans des quartiers misérables, sans aucun avenir ni espoir d’une quelconque reconnaissance sociale.

« Une idée m'avait hanté, pendant des années, et cette nuit-là, elle me revient avec plus d'insistance que jamais. Si au cœur des États du Sud, un Blanc se transformait en Noir, comment s'adapterait-il à sa nouvelle condition ? Qu'éprouve-t-on lorsqu'on est l'objet d'une discrimination fondée sur la couleur de peau, c'est-à-dire sur quelque chose qui échappe à votre contrôle ? »
 
L'expérience se déroule sur trois mois. J.H Griffin sous la surveillance d'un dermatologue se soumet à un traitement intensif aux ultraviolets et à des médicaments spécifiques à l'origine destinés, par petites doses, à soigner une maladie de peau, le vitiligo (maladie qui a pour symptômes des taches incolores sur le visage et le corps). Pour parfaire sa transformation, il se rase le crâne. Pendant toute l'expérience, il change littéralement d'identité et coupe toutes relations avec sa famille et ses amis, sa vie d'homme blanc. Il décide juste de conserver son nom.


Un ami à lui, George Levitan, propriétaire d'une revue à diffusion internationale, destinée aux Noirs, Sépia, accepte de publier ses comptes rendus journaliers. Il commence son voyage à travers le Sud du pays par la Nouvelle-Orléans. Il traversera ensuite cinq états différents où la ségrégation raciale envers les Noirs est forte. L'expérience de la vie d'un Noir des années 1960 va être révélatrice pour l'auteur. Il ne pensait pas que les Noirs avaient une vie aussi rude. Son constat est clair, il faut le vivre pour comprendre.

Les mondes des Noirs et des Blancs sont, dans une même ville, séparés par des barrières morales et psychologiques très fortes. Sa vie de Noir n'est pas de tout repos. Le plus simple des gestes quotidiens devient insurmontable ; il ne peut plus boire ou aller aux toilettes comme avant. La plupart des cafés et des restaurants lui sont fermés. Un simple trajet en bus, lui fait connaître les pires humiliations. Il est devenu noir. Son existence en tant que Blanc n'est plus considérée.

Il rencontre pourtant des Blancs qui lui viennent en aide (logement, trajet en voiture). Mais ces hommes, derrières leurs actes respectueux, le considèrent toujours comme inférieur. La haine raciale n'est pas toujours visible, le fait de ne pas considérer les hommes noirs comme des êtres humains égaux à l'homme blanc, est intériorisé par beaucoup. De nombreuses discriminations sont insidieuses et difficilement perceptibles quand on ne les subit pas. Des hommes noirs ou blancs qui désirent changer les choses, il va en rencontrer. De quoi redonner un espoir de voir disparaître, un jour peut-être, préjugés, haine raciale et inégalités.

Son retour en tant qu'homme blanc ne sera pas sans problème. Son expérience une fois connue de tous, il devra subir les réactions de ces concitoyens, souvent pleines de haine et d'incompréhension. Son témoignage aura des conséquences importantes. Sa vie de Blanc ne sera jamais plus la même. Il ne sera ni blanc ni totalement noir aux yeux de nombreuses personnes. Les changements ne se feront pas en un jour. Il faudra du temps et des personnes résolues pour parvenir à faire taire le racisme.
 


Extrait

« Je pris Chartres Street dans le quartier français et me dirigeai vers Brennan's, un des restaurants réputés de la Nouvelle Orléans. Dans un moment de distraction, je m'arrêtai pour consulter le menu qui était artistiquement mis en évidence dans la devanture. Je lisais, sachant que quelques jours auparavant j'aurais pu entrer et commander tous les plats que j'aurais voulu. Mais maintenant, tout en étant la même personne, avec le même appétit et les mêmes goûts et jusqu'au même portefeuille, aucun pouvoir au monde ne pouvait me faire entrer dans cet endroit et y prendre un repas. Je me souvins d'avoir entendu un Noir dire : ˜Vous pouvez vivre ici toute votre vie, mais vous n'entrerez jamais dans un des grands restaurants, sauf comme garçon de cuisine˝. C'est monnaie courante pour un Noir de rêver de choses dont il n'est séparé que par une porte, sachant qu'il ne les connaîtra jamais. Je déchiffrai le menu avec attention, oubliant qu'un Noir ne fait pas une chose pareille. »
 
Le récit de John Howard Griffin est un témoignage choquant et bouleversant. Ce qu'il vit paraît invraisemblable mais est pourtant réel. La situation actuelle des gens de couleur semble meilleure. Mais le racisme toujours présent s'exprime plus silencieusement. Cette expérience était révélatrice à l'époque d'un malaise social majeur. Pouvons-nous aujourd'hui prétendre que ce malaise a disparu ? La ségrégation sociale envers les immigrés ou les personnes de couleur est malheureusement toujours visible. Ce livre traverse tristement les années, en dénonçant des faits qui persistent; le racisme et la xénophobie.

« Maintenant, le témoignage est là, tangible, solide, prêt à prendre place dans les rayons de toute bibliothèque qui se respecte »  Robert Escarpit, Le Canard enchaîné.


Justine, 1ère année édition-librairie.

 

 

 

 

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Published by littexpress - dans fiches de lecture 1A
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commentaires

vanessa 30/03/2015 16:08

l'extrait vient de quelle page?

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