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9 octobre 2011 7 09 /10 /octobre /2011 07:00

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Jonas T. BENGTSSON
Submarino
traduit du danois
par Alex Fenouillet
Denoël,

Coll. « Denoël et d'ailleurs », 2011

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

jonas-T-Bengtsson-.jpgL'auteur

Né en 1976 à Copenhague, Jonas T. Bengtsson est présenté comme la nouvelle voix du roman scandinave. Il se fait connaître en 2005, avec son premier roman Aminas Breve. Sorti en 2007 au Danemark, Submarino est son deuxième roman.

Ses influences sont diverses : Irvine Welsh, Bret Easton Ellis, Chuk Palahniuk ou encore James Frey.

 

 

 

Le roman

Danemark. Copenhague. Le Copenhague des filles perdues, et des réfugiés des Balkans. Loin du cliché de la ville-carte postale, et de la petite sirène d'Andersen.

Submarino : nom d'une méthode de torture qui consiste à maintenir la tête de la victime sous l'eau jusqu'à la limite de la noyade.

Comme la victime d'un tel châtiment doit le ressentir, nous sommes dès les premiers instants plongés en enfer. Et tout au long du roman, on ne finit jamais de s'enfoncer dans l'horreur et la fatalité.

Il y a d'abord Nick, un homme dévasté, déprimé, détruit par un chagrin d'amour, et qui enchaîne les cuites pour oublier son chagrin. Le réconfort, il le trouve aussi dans les bras de sa voisine, Sofie, une mère indigne, qui s'est vu retirer la garde de son fils on ne sait trop pourquoi.

Et puis il y aussi son frère, dont on ne connaît pas le nom, qui élève son son fils Martin seul, depuis que sa femme est morte alors qu'elle était défoncée à l'héro. Lui aussi se pique, lui aussi est accro à son sachet blanc. Et pour couronner le tout, il gagne sa vie en vendant de la drogue.

À travers les portraits des deux frères, se dessine leur enfance, par le biais de flash-back : leur mère, alcoolique, accro aux cachets, essaie de reconstruire sa vie, en reformant une famille. Elle récupère ses deux fils à la sortie d'un foyer, essaie d'instaurer un climat familial dans la maison et, finalement, repart traîner dans les bars, ou elle enchaîne les aventures sordides, jusqu'à la prostitution. Très vite, elle tombe de nouveau enceinte. Puis elle laisse le nourrisson aux soins de ses deux frères. Les deux jeunes ados sniffent de la peinture, picolent devant la télé et quand le bébé crie trop fort, ils montent le son. Jusqu'au jour ou, un matin, le bébé ne crie plus. Il est mort. Et l'image de ce cadavre, au milieu d'un tas d'ordures, les poursuit aujourd'hui sans arrêt, dans leur vie déplorable.

Tous les personnages sont ici dévastés par la vie et ses mésaventures. Toutes les femmes sont des mères indignes, des prostituées, des héroïnomanes shootées jusqu'à l'os. Tous les hommes sont des brutes épaisses, des irresponsables, des égoïstes. 

A la lecture de ce roman, on pense forcément à Irvine Welsh, et son Trainspotting, qui conte les déboires d'un groupe de jeunes drogués dans Dublin, mais ici, tout est beaucoup plus sombre et noir. A la lecture de ce roman, on pense aussi parfois à Charles Bukowski, et ses histoires de dépravés, ou sexe et drogues paraissent être la seule normalité.

Sans jamais rien dénoncer, en ne décrivant que des faits bruts, Bengtsson dynamite l'image cliché de la nation nordique, l'image de la démocratie prospère, et réputée pour son modèle social proche de la perfection.

Le procédé est peut-être un peu facile ; il n'y a, semble-t-il, pas de responsable, d'ailleurs on n'en cherche même pas. Les seuls responsables sont peut-être les personnages eux-mêmes, trop ancrés dans la fatalité, se laissant aller à leur misère, sans véritablement chercher à en sortir.

Le texte oscille entre réalisme social et art poétique brut. Bengtsson excelle dans l'art d'écrire le désenchantement. L'écriture est faite de phrases brèves, par à-coups, l'immersion sociologique et psychotique est très réussie. Son écriture est proche de l'écriture cinématographique avec des procédés comme flashback, plongée et contre-plongée ou encore hors-champ.

Comme l'humour côtoie l'horreur, le lecteur passe du sourire au dégoût. La lecture est aussi passionnante que désespérante.

En 2010, le roman est adapté au cinéma par Thomas Vinterberg (réalisateur de l'excellent Festen).


Camille, 2e année Bib.-Méd. 2010-2011

 

 

 

 


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