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11 novembre 2012 7 11 /11 /novembre /2012 07:00

Jonathan Franzen Freedom

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Jonathan FRANZEN
Freedom
Traduction
Anne Wicke
Éditions de L’Olivier, 2011



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« En 1970 c’était cool de se préoccuper de l’avenir de la planète et de ne pas avoir d’enfants. Maintenant la chose sur laquelle tout le monde est d’accord, à droite comme à gauche, c’est que c’est beau d’avoir des enfants. Plus il y en a, mieux c’est. Kate Winslet est enceinte, hourra, hourra […] Vous tombez amoureux, vous vous reproduisez, et puis vos gosses tombent amoureux et se reproduisent. Ça a toujours été ça, le sens de la vie. La grossesse. Plus de vie. Mais le problème, maintenant, c’est que plus de vie, c’est toujours aussi beau et plein de sens sur le plan individuel, mais pour le monde dans son ensemble, ça veut seulement dire plus de mort ».
Propos de Walter Berglund (personnage du roman) sur la surpopulation .

 

 

Patty ne s’est jamais sentie très à l’aise dans sa famille. Ses sœurs semblent beaucoup plus douées et originales qu’elle ne le sera sans doute jamais, son père avocat et humoriste amateur à ses heures est le genre d’homme qu’elle trouve très agaçant et sa mère, une jeune femme démocrate très active qui renie ses origines juives, est bien trop préoccupée pour comprendre son malaise. Walter grandit dans un vieil immeuble des États-Unis entre un père alcoolique et une mère dépassée par les soucis familiaux. Ces deux personnages ne se seraient probablement jamais rencontrés si Eliza, la meilleure amie obsessionnelle et droguée de Patty ne s’était pas engagée dans une relation tourmentée avec le séduisant rocker et quelque peu dépressif Richard, meilleur ami de Walter.

Et c’est dans un enchaînement de circonstances étranges, mais non moins réalistes, dont Jonathan Franzen a le secret que Patty, malgré sa forte attirance pour Richard, décidera de partager sa vie avec l’inoffensif et compréhensif Walter, fou amoureux d’elle.

Freedom est une fresque familiale absolument passionnante qui décrit avec une intelligence rare tous les mécanismes de construction d’une famille mais surtout d’une époque dans un contexte politique et social instable. L’auteur nous livre une critique forte sur nos modes de vie et l’intériorisation de certains modes de pensée qui nous sont transmis ; ainsi écrit-il, par exemple, au sujet du fils de Patty et de Walter :

 

« Socialement, il gravitait autour de camarades venant de familles prospères qui croyaient aux vertus du tapis de bombes déversé sur le monde islamique pour lui apprendre à se tenir. »

 

Tout le roman est construit autour du couple Patty et Walter Berglund ainsi que de l’insaisissable Richard. Les personnages sont abordés dans toute la complexité de la nature humaine. On suit, à sauts et à gambades, des exemples de construction de vies humaines : de leur passé, leurs ambitions, leurs désillusions jusqu’à leur désespoir. Car si Patty semble être pendant des années la mère idéale aux yeux de tous, notamment de ses deux enfants, elle cache son mal-être. Patty, personnage assez pathétique qui lutte afin de trouver une autonomie, qui détruit par son incapacité à être quelqu’un les gens qu’elle aime. Comment trouver un équilibre dans un monde qui nous dépasse ?

Walter essaiera tant bien que mal d’épauler sa femme et de comprendre la nouvelle génération de jeunes dont les valeurs le dépassent. Humaniste depuis toujours, il se réfugie dans des engagements politiques et écologiques afin notamment de protéger la paruline azurée : un petit oiseau chanteur d’Amérique du sud en voie de disparition. Comment accepter son impuissance face à un monde qui s’autodétruit ? Les personnages tentent désespérément de trouver un but à leur existence, de combler le vide de leur vie en se raccrochant à ce qu’ils avaient pensé être un jour, mais en vain. L’excessivité de leur conduite engendre une certaine folie à l’image de Lalitha, une amie de Walter, qui dit à Richard :

 

« Les CHATS. Tout le monde aime son petit chat et le laisse vadrouiller dehors. C’est juste un chat… combien d’oiseaux peuvent-ils tuer ? Eh bien, chaque année, aux États-Unis, un milliard d’oiseaux chanteurs sont tués par des chats domestiques ou redevenus sauvages. C’est l’une des causes principales du déclin des oiseaux chanteurs en Amérique du Nord. Mais tout le monde s’en fout parce qu’ils aiment tous leur petit chat à eux. »

 

Est-il encore possible d’être altruiste dans une société devenue si individualiste ? Doit-on se résigner à vivre sans penser aux conséquences de nos actes ? Les personnages se perdent dans ce mal-être et sombrent dans le désespoir d’une vie qu’ils n’avaient jamais envisagée, une vie qui les noie sans qu’ils puissent réagir autrement que par des émotions intenses pour prouver leur existence. L’auteur écrit à propos de Walter :

 

« il était conscient du lien intime entre colère et dépression, conscient qu’il était mentalement malsain d’être obsédé de manière aussi exclusive per des scénarios apocalyptiques, conscient de la façon dont, dans son cas, l’obsession se nourrissait de la frustration avec sa femme et de la déception causée par son fils. Il est probable que s’il avait été véritablement seul dans sa colère, il n’aurait pas tenu. »

 

L’expression de la violence des rapports humains et familiaux est servie par une prose magnifique. L’auteur américain aura mis sept années à écrire Freedom, son troisième roman après La Vingt-septième Ville (1992) et Les Corrections (2001).


Emmanuelle, 2e année éd.-lib. 2011-2012

 

 

Jonathan FRANZEN sur LITTEXPRESS

 


 

Jonathan Franzen Freedom

 

 

 

 Article d'Elodie sur Freedom

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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