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18 décembre 2012 2 18 /12 /décembre /2012 07:00

Jonathan Franzen Le cerveau de mon père

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Jonathan FRANZEN
Le Cerveau de mon père
traduit de l’américain
par Rémy Lambrechts
Points, 2008


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Jonathan Franzen, écrivain américain contemporain né en 1959, est l’auteur d’une œuvre assez importante et plutôt irrégulière, publiée en France par les éditions de L’Olivier et par Points. Parmi ses écrits, Les Corrections, roman qui lui a assuré une certaine notoriété, La Zone d’inconfort. Une histoire personnelle qui sont ses mémoires mais aussi bien d’autres ouvrages et notamment Freedom, son dernier roman en date.

Le Cerveau de mon père (94 pages) est un recueil de trois textes extraits de l’une de ses œuvres précédentes : Pourquoi s’en faire ? Il regroupe dans l’ordre « Le cerveau de mon père » et « Meet me in St Louis », deux articles autobiographiques qui nous racontent des moments différents de la vie de l’auteur et enfin « Un livre au lit », un article court et critique sur l’écriture érotique et les livres d’éducation sexuelle. La cohérence de cet ensemble est quelque peu surprenante et nous pouvons sans doute l’attribuer à un souci éditorial ; c’est pourquoi nous nous focaliserons plutôt sur les deux premiers textes, les thèmes abordés, les personnages rencontrés et ce que cela nous apprend sur l’écriture de l’auteur et son rapport avec les mots.

Le premier texte nous propose de découvrir l’existence de l’auteur lors de la maladie de son père : la maladie d’Alzheimer ; le deuxième nous fait part de son ressenti après la perte de ses deux parents lorsqu’il retourne dans son village natal, Saint Louis, et prépare une interview pour Oprah Winfrey, événement qui lui laissera un assez mauvais souvenir.
 
Ces deux textes autobiographiques vont donc mettre en scène deux personnages très importants, la mère et le père de l’écrivain désignés par leurs véritables noms, Earl Franzen, par exemple, pour le second. Ils sont caractérisés par des termes assez péjoratifs, ce qui marque une volonté de l’auteur de respecter ses impressions à l’instant précis. Sa mère semble se plaindre énormément et manquer de tact ; quant à son père, il est présenté comme « déprimé, renfermé et légèrement sourd ». Il n’y a pas de portraits parfaits de ces figures majeures du récit.

À travers ces textes, tous les deux relatés à la première personne, et un ensemble d’anecdotes, l’écrivain nous expose ses doutes sur les thèmes récurrents du souvenir et de la mémoire, nécessaires au bon fonctionnement du pacte autobiographique. C’est même par cela que débute le récit : « voici un souvenir » et par une anaphore dans le deuxième paragraphe : « Je me souviens de la lumière vive et grise de ce matin-là. Je me souviens … ». Et l’on se rend compte que sa relation avec  mémoire et souvenir est assez compliquée. Il essaye tout d’abord d’en aborder les aspects techniques à travers un passage assez complexe sur le fonctionnement du cerveau où il utilise des termes froids et distanciés ainsi qu’un lexique scientifique pour tenter de comprendre ce phénomène :

 

« Un souvenir est au contraire, selon l’expression du psychologue Daniel L. Schatcher, une constellation temporaire d’activités – une excitation nécessairement approximative de circuits neuronaux qui associent un ensemble d’images sensorielles et de données sémantiques […] ».

 

C’est aussi par la perte de ces souvenirs et par les conséquences des symptômes que subit son père (perte du « moi », « déresponsabilisation infantile », moments de folie entrecoupés par des prises de conscience et des instants de lucidité) que l’auteur nous montre l’importance de l’acte de se remémorer. C’est un acte tellement fort pour Jonathan Franzen qu’il clôt cet article ainsi : « Il n’y aura plus de nouveaux souvenirs de lui ». Et cette maladie est vécue comme une injustice car elle aura de nombreuses répercussions sur l’auteur et sur la relation qu’il entretient avec sa famille.

Puis c’est en nous parlant de sa relation avec les souvenirs qu’il nous éclaire sur son rapport au passé. Pour lui les souvenirs sont « un mélange de flou et de richesse », des éléments « égocentriques et biaisés », quelque chose qui relève de l’égoïsme et de l’individualité : « À vrai dire je suis assez consterné par la place que j’occupe dans mes propres souvenirs et la position périphérique de mes parents ». Le souvenir est aussi à l’épreuve du temps : « Je sais cependant que même ces souvenirs sont sujets à caution ».

C’est peut-être pour compenser ce manque d’objectivité que l’écrivain fait appel à l’écrit, grâce à des extraits rapportés : des parcelles de rapport d’autopsie, des diagrammes sur l’état psychique de son père et des lettres émanant de ses deux parents. Cela rend non seulement la lecture plus dynamique mais aussi la vérité plus complète grâce aux différents points de vue abordés. Il tente par cette variation des supports de dresser le véritable portrait de ce qu’il a vécu.

Ce récit, par l’intervention des nombreuses anecdotes (par exemple celle de la Saint Valentin avec la réception de l’autopsie du cerveau de son père), n’est donc pas totalement linéaire et chronologique puisqu’il fait intervenir des moments avant et après la mort du père.

C’est un écrit qui ne nous épargne rien des sentiments de l’auteur. Il exprime assez bien son ressenti par rapport à la maladie en évoquant les différentes étapes émotionnelles qu’il a traversées, par exemple le déni (avec son « long aveuglement »), la colère puis l’acceptation et les remords. Dans « Meet me in Saint Louis », il évoque aussi ce que provoque la perte de ses parents et parle de grand « chagrin ». L’écrit semble alors un exutoire (au contraire de l’oral et de l’interview qu’il doit préparer et qui lui cause même de l’urticaire), une façon de se libérer des épreuves douloureuses.

Un autre des thèmes très intéressants que l’écrivain explore c’est sa relation avec les mots et l’écriture (p. 41, notamment). Il accorde une prépondérance à ce qui est immuable, ce qui reste tout en réfléchissant à la philosophie de Platon. Pour lui, l’écrit est une « béquille de la mémoire » et il dit aussi : « je suis impressionné par la robustesse et la fiabilité des mots couchés sur papier. Les lettres de ma mère sont plus fidèles et plus complètes que mes souvenirs ».

Ce qui est aussi très surprenant c’est qu’il nous renseigne sur la formation de ses livres en informant le lecteur que malgré cet écrit autobiographique, il ne révèle pas toute sa pensée. On le voit à la page 39 : « Et ce que je veux […] est partie intégrante de ce que je choisis de me remémorer et de raconter ».

Finalement, au travers de ces deux épreuves difficiles et en dressant un portrait assez réaliste d’une maladie très courante, l’auteur nous renseigne sur ce qui est à l’origine de cet écrit, ses souvenirs, et nous éclaire sur son rapport à l’écriture. Ce texte, très court et concis, est assez intéressant pour découvrir le style de Jonathan Franzen. Il est accessible à tous et j’ai apprécié sa lecture car il expose des moments assez touchants tant en ne basculant pas dans le pathétique.


Marie, 2e année éd.-lib. 2012-2013

 

 

 

Jonathan FRANZEN sur LITTEXPRESS

 

 

Jonathan Franzen Le cerveau de mon père

 

 

 

Article de Lucie sur Le Cerveau de mon père.

 

 

 

 

 


 

 

Jonathan Franzen Freedom

 

 

 

 Articles d'Emmanuelle et d'Elodie sur Freedom

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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