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30 janvier 2010 6 30 /01 /janvier /2010 19:00
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Jonathan TROPPER
Le Livre de Joe

Fleuve Noir, 2006
10/18 domaine étranger, 2007













Résumé

A première vue, Joe Goffman a tout pour lui : un magnifique appartement dans les quartiers chics de Manhattan, des aventures sentimentales en série, une décapotable dernier cri et des dollars comme s'il en pleuvait. Ce jeune auteur a très vite rencontré le succès avec son premier roman, Bush Falls. Directement inspiré de son adolescence passée dans une petite bourgade du Connecticut, ce best-seller ridiculise les mœurs provinciales de ses ex-concitoyens, dénonce leur hypocrisie, leur étroitesse d'esprit et toutes leurs turpitudes. Mais le jour où il est rappelé d'urgence à Bush Falls au chevet de son père mourant, il se retrouve confronté aux souvenirs qu'il croyait enfouis à jamais. Face à l'hostilité d'une ville entière, rattrapé par les fantômes de son passé, Joe va devoir affronter ses propres contradictions et peut-être enfin trouver sa place....

Cette œuvre est le récit du retour de Joe Goffman, dans la petite ville de son enfance, Bush Falls, après 17 ans d'absence.

L'œuvre est divisée en deux livres de 22 et 16 chapitres.  Les livres premier et deuxième comportent en page-titre des extraits de chansons de Bruce Springsteen  dont Sammy était fan invétéré :
«  C'est un bled de perdants, moi je m'arrache d'ici pour gagner », « Par une douce soirée d'été infestée Terry et moi sommes devenus amis, nous efforçant en vain de respirer le feu qui nous avait vus naître, les virées en banlieue, la foi comme un mors aux dents... ».

Ce roman est le récit de trois époques indissociables. Lorsque le héros revient dans sa ville natale, chaque événement présent est la conséquence de faits passés, qu'il lui sera nécessaire d'accepter ou de réparer pour se construire un avenir d'homme établi et responsable.


Joe Goffman est un homme d'apparence heureuse ; depuis la publication à succès de son premier roman scandale; Bush Falls, il mène une vie de riche célibataire de 34 ans, en plein cœur de New-York. Joe Goffman ne vit rien de très extraordinaire, n'a pratiquement aucun ami, est un homme solitaire, fier de sa réussite et de son train de vie. Cependant il en vient à se poser quelques questions.
«  Et pourtant, récemment, j'ai commencé à  me demander s'il je n'étais pas au fond qu'un sale connard seul au monde, et ce depuis longtemps déjà ».

Une remise en question ne va pas sans un électrochoc qui sera provoqué par un appel pour le moins inattendu. Tout bascule le jour il reçoit l'appel de Cindy, la femme de son frère aîné Brad, qui le prévient de l'hospitalisation de son père, le très réputé chef d'entreprise de la petite ville de Bush Falls, Arthur Goffman. Inopinément, Joe Goffman doit quitter New York pour rejoindre sa ville natale.


Trois thèmes majeurs ressortent de cette oeuvre.

Les fantômes du passé


Afin de rejoindre le chevet de son père hospitalisé, Joe Goffman prend la route pour Bush Falls ; il est effrayé à l'idée de revoir toutes les personnes, devenues étrangères, qu' il a pris soin d'oublier depuis son départ.

Après 17 ans d'absence, Joe rend visite à son père plongé dans un coma profond. Les visites sont éprouvantes ; le père n'a jamais témoigné à son fils cadet ni fierté, ni soutien. Après le suicide de sa femme, Arthur Goffman était très attentif à son fils aîné Brad en qui il avait mis tous ses espoirs, principalement celui de le voir devenir un grand joueur de basket-ball. Joe a gardé le douloureux souvenir et traumatisme du suicide de sa mère et de la complicité entre Brad et son père qui l'excluaient sans aucun scrupule, au profit de discussions sur leur passion commune : le basket et le jeu de l'équipe locale des Couguars dans laquelle ils avaient joué tous deux.
« Notre foyer tragiquement amputé n'avait que faire d'un gamin au cynisme croissant, affligé d'un dribble croisé nullissime et incapable d'effectuer un tir long digne de ce nom.» L'environnement du basket prend une grande place dans le roman, qu'il s'agisse des personnages, de l'histoire de l'équipe et des grands joueurs qui l'ont composée, des anecdotes de matchs, ou encore du charisme du coach Dugan. L'équipe est le moteur et le dynamisme de Bush Falls. Faire partie de l'équipe locale des Couguars était et reste la fierté de toutes les familles de la bourgade.

Le premiers souvenirs débutent en 1986 où Sammy Haber et sa séduisante mère emménagent à Bush Falls. Les deux amis Joe Goffman et Wayne Hargrove sympathisent  rapidement  avec le nouveau venu. La ville de Bush Falls est une ville du Connecticut, de taille moyenne, et de style américain. Toutes les habitations se ressemblent, les quartiers sont extrêmement entretenus, et y règnent un calme et un conformisme incroyables. Il va sans dire que pour Joe Goffman et ses amis, à l'âge des premiers désirs et des premières rébellions qu'est l'adolescence, Bush Falls est d'un ennui mortel. Au lycée, les deux élèves Sammy et Wayne se rapprochent intimement. Joe s'aveugle quant à leur relation :
« Bien décidé à éliminer cette nouvelle folie comme on lutte contre un virus puissant. Dans ma naïveté, je ne voyais là qu'une excentricité passagère, une sorte d'expérimentation rebelle qu'ils finiraient par dépasser. Nous n'étions qu'en 86, après tout ; on ne nous avait pas encore habitués à gérer ce genre de truc. »

Comme dans nombre de petites villes rurales, les nouvelles honteuses se propagent rapidement et chacun s'en délecte. Un autre élève du lycée va s'occuper de séparer définitivement les trois amis. Sean Tallon, un jeune lycéen populaire et grand joueur de l'équipe des Couguars ressent une véritable haine contre Sammy, le poussant peu à peu au suicide par le biais de menaces, harcèlement, humiliations, et agressions quotidiennes. Joe Gooffman avait pris soin d'oublier Sammy pendant toutes ces années d'absence, mais lors du retour à Bush Falls, la culpabilité le gagne. Il ne s'était pas rendu compte de l'ampleur du mal-être et de la fragilité de son ami.

Wayne quitta la ville furtivement en plein scandale, et revint quelques années plus tard vivre chez sa mère d'un catholicisme forcené à la limite de l'intégrisme. Tous les habitants de la petite bourgade apprennent rapidement sa séropositivité et sa mort prochaine. Gênés, il l'acceptent, tout en gardant à l'esprit qu'il ne restera pas longtemps.


Résistance à l'hostilité

La venue de Joe Goffman ne ravit personne, même pas sa propre famille de qui il ne s'est absolument pas préoccupé pendant ces années d'absence.

La Mercedes argentée est symbole de l'affront fait par la publication de son roman de fiction inspiré d'événements et de personnages de la petite bourgade. Pour les habitants, la richesse de Joe Goffman est parfaitement illégitime.

L'hostilité vient de sa propre famille, de son frère, sa belle-soeur, mais aussi Carly, son premier et seul véritable amour de jeunesse.

En revenant à Bush Falls, Joe Goffman découvre que Sean est toujours le même homme : obtus, haineux, et violent. Le fait d'être resté dans la petite ville lui a donné une liberté et une légitimité pour ses actions violentes. Il  menace de mort Joe à plusieurs reprises et tente de l'assassiner du haut des légendaires cascades de la ville. Mais Joe Goffman ne donne aucunement l'impression d'assumer ses écrits. Il ne réalise pas l'intensité de  la haine que ressentent les habitants de la petite ville. Détaché, il se rapproche de Jared son neveu de 18 ans avec qui il revit des délits d'adolescents : l'infraction, la partie de paint-ball avec des ado, le vol, le cannabis.


L'écriture comme catharsis

L'éditeur de Joe Goffman, Owen Hobbs, le pousse très tôt à écrire un second roman, qu'il espère être un succès aussi important que le précédent. Joe Goffman connaît l'angoisse de la page blanche pendant quelque temps, il ne voit pas comment écrire un bon roman qui ne soit pas autobiographique comme le premier. A maintes reprises, son éditeur lui dit que son manuscrit n'est pas bon, que ce n'est pas abouti. En tant que lecteur, on comprend les propos de l'éditeur, on sait.

Joe Goffman est encore en transition, en phase d'amélioration. L'écriture intervient lorsque Wayne entre en phase terminale de sa maladie. Dans la maison familiale, Joe recueille Carly, avec qui il vit à nouveau des moments privilégiés, et Wayne  afin le soigner jusqu'à sa mort.

Ils vivent au jour le jour et profitent de chaque instant passé ensemble, comme autrefois, lorsqu'ils étaient adolescents. Au chevet de son ami alité, Joe se pose enfin et prend le temps d'écrire.

A son retour, Joe Goffman est un édifice d'orgueil, de reproches et de mauvaise foi. Le livre deuxième dépeint parfaitement les transformations. Notre héros se remet en question, pardonne peu à peu aux gens qu'il a aimés autrefois.

Le retour brutal et impromptu aux souvenirs et aux hostilités le pousse aux affrontements et à une profonde remise en cause.

Les passages renvoyant au passé se font plus rares au fur et à mesure du roman. Joe Goffman délivre dès le commencement  l'essentiel de ses souvenirs, règle les nombreux différends qui sclérosaient sa vie et laisse peu à peu plus de place au présent et à l'avenir.

L'enterrement de Wayne est un moment de rapprochement, de pardon, et le début d'une nouvelle vie à construire. Joe s'affirme avec Carly, les deux frères retrouvent la complicité d'autrefois, un cortège en vestes bleu et blanc de joueurs qui ont composé et composent l'équipe des Couguars peuple l'église et le coach Dugan fait des excuses détournées à Joe.



Anne-Cécile, A.S. Ed.-Lib.

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