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28 décembre 2012 5 28 /12 /décembre /2012 07:00

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Juan Gabriel VÁSQUEZ
Le bruit des choses qui tombent
édition originale

Alfaguara, 2011
traduit de l’espagnol
par Isabelle Gugnon
Seuil
collection « Cadre vert », 2012


 

 

 

 

 

 

 

 

« Il n’y a pas de manie plus funeste ni de caprice plus dangereux que de spéculer ou de conjecturer sur des chemins qu’on n’a pas empruntés. »[1]

 

 

 

C’est dans sa Colombie natale que Juan Gabriel Vásquez nous transporte à travers son roman. Cet auteur est né 1973 en Colombie, à Bogotá. Auteur de huit ouvrages depuis 1997, trois autres de ses œuvres seulement sont traduites en français à ce jour : Les Dénonciateurs, Les Amants de la Toussaint, et Histoire secrète du Costaguana.

En 2007, il a obtenu le prix Qwerty du roman et le prix de la Fundación Libros & Letras du meilleur livre de fiction pour Histoire secrète du Costaguana, et en 2011, le prix Alfaguara du roman pour Le bruit des choses qui tombent.
 

 
Le roman, qui relate une période de la vie du narrateur, est articulé en deux axes. Dans un premier temps nous découvrons ledit narrateur, Antonio Yammara, évoluant dans Bogotá. À quarante ans, il revient sur une période de sa vie durant laquelle il a connu un homme qui l’a profondément marqué. Yammara nous entraîne alors dans sa jeunesse au cœur de la capitale colombienne. C’est un jeune homme d’une vingtaine d’années quand il rencontre Ricardo Laverde dans une sombre salle de billard du centre-ville de Bogotá. Laverde est un homme plus âgé que lui, secret, très mystérieux et il attire la curiosité du narrateur. Les deux hommes se lient d’une relation semblable à l’amitié, mais le jeune homme ne peut pourtant pas percer le mystère qui pèse sur Laverde. Un jour, alors que les deux hommes marchent dans la rue, Laverde se fait descendre par deux motards. Yammara est blessé dans l’accident et tombe alors dans une profonde dépression. Quand une femme l’appelle, lui disant qu’elle est la fille de Laverde, il comprend qu’il doit percer le mystère qui gravite autour de la mort de cet homme mystérieux pour pouvoir sortir de son angoisse permanente.

 

« Nul ne sait à quoi sert le souvenir, s’il s’agit d’un exercice profitable ou qui peut se révéler néfaste, ni en quoi l’évocation du passé peut changer ce que l’on a vécu, mais, pour moi, me remémorer Ricardo Laverde est devenu un besoin urgent. »[2]

 

 

Dans la deuxième partie du roman, il part alors dans la campagne colombienne rencontrer Maya, la fille de Laverde. Avec elle, il va comprendre les secrets de l’homme qui l’a bouleversé. Le narrateur ouvre alors les yeux sur la multiplicité des costumes que peut endosser un homme dans sa vie, et sur l’extrême facilité avec laquelle les hommes arrivent à dissimuler les pires facettes d’eux-mêmes.  Avec la jeune femme, ils vont revenir sur la vie de cet homme, sur son passé et ce qu’il a changé pour les générations futures, mais aussi et surtout sur la vie de la Colombie dans les années 70 où ils ont tous deux grandi. Ils vont parcourir ensemble cette période dans laquelle ont vécu leurs parents, période de l’émergence des cartels et de la violence du pays et ainsi faire surgir les origines de la situation actuelle de la Colombie.

Plus que narrer la vie de personnages, Juan Gabriel Vásquez pose dans ce roman la question de la transmission. Transmission, ici, d’un pays par les générations précédentes. L’auteur s’interroge sur les raisons des changements de la vie en Colombie, et de manière plus générale, de la façon dont chaque génération bouleverse et influence son temps et peut faire évoluer la situation d’un pays. L’auteur n’émet pourtant aucune critique sur ces bouleversements, ne prend aucun parti quant aux générations précédentes qui ont changé la Colombie. Il nous mène à une réflexion profonde et personnelle, mais sans réel jugement, sur cette question de transmission. L’une des thématiques qui resurgit fréquemment dans ce roman est le problème du souvenir. Le souvenir est-il un exercice profitable ou néfaste, et que peut-il produire sur nous ?  En revenant sur la vie en Colombie dans les années 70, il prouve que parfois, se souvenir est juste nécessaire à l’explication de faits actuels.

Un autre des thèmes abordés est celui du lieu. Lieu dans lequel nous évoluons tous les jours, lieu qui nous représente et parfois même nous influence. Tout d’abord, la ville, Bogotá. Le narrateur ressent la ville de Bogotá dans laquelle il évolue. La description des rues, des monuments, de l’ambiance de cette ville est aussi une part de la description du narrateur. Celui-ci, qui circule dans Bogotá, est rendu anxieux par cette ville autant que par l’assassinat de son ami. C’est une Bogotá obscure, dangereuse et angoissante qui nous est dépeinte, et qui s’accorde aux sentiments et à la vie de ce narrateur torturé. Puis, dans la deuxième partie du roman, la campagne colombienne nous est dépeinte. Lorsque le narrateur sort de Bogotá, il va, en partant à la campagne, se libérer de l’état d’éternelle angoisse qui l’oppressait. On voit donc ici l’influence de l’endroit dans lequel nous évoluons, car le narrateur semble s’ouvrir de nouveau à la vie en sortant de cette ville qui l’oppressait et en découvrant un mode de vie différent du sien.

Ces thèmes abordés sous la plume de Juan Gabriel Vásquez donnent lieu à un roman magnifique, très émouvant, que l’on traverse du début à la fin sans plus pouvoir s’arrêter. Le narrateur nous emporte avec lui dans les recherches sur cet homme mystérieux, de sorte que sa quête devient la nôtre et que nous ressentons nous aussi au fil du livre ce besoin grandissant de savoir. Un roman riche et passionnant, à dévorer !


Julie, 1ère année éd.-lib. 2012-2013
 

Notes

[1] VÁSQUEZ, Juan Gabriel, Le bruit des choses qui tombent, Seuil, 2012, p. 37.

 [2]  VÁSQUEZ, Juan Gabriel, Le bruit.

 

 

 


 

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