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16 mars 2011 3 16 /03 /mars /2011 07:00

Judith-Hermann-Maison-d-ete-plus-tard.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

Judith HERMANN
Maison d’été, plus tard
Titre original
Sommerhaus, später
Fischerverlag, 1998
traduit de l’allemand
par Dominique Autrand
Albin Michel, 2001


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’instant, c’est ce qu’évoque le recueil de Judith Hermann. À travers sept nouvelles cette jeune auteure berlinoise nous ouvre les portes d’un univers imprévisible, étrange et très touchant. Il s’agit toujours de vous, de moi, d’une personne banale. Cependant, ce qui fait le charme de la vie ce sont bien ces petites choses inattendues, ces bouleversements qui marquent chaque parcours.

 

Que l’on soit baigné dans la moiteur des Antilles ou dans l’atelier poussiéreux d’un artiste berlinois, c’est à chaque fois un surgissement. Ce sont des personnes qui paraissent bancales, qui ont quelque chose d’inapproprié. On pourrait les railler, les rejeter et pourtant elles sont bien là. Elles se creusent un tout petit trou dans la vie de l’autre et, d’une manière que l’on ne s’explique pas, elles apportent un peu plus. Ces apparitions révèlent finalement ce qui fait le vide, le plein d’une vie. On y apprend à relativiser, à accepter la différence ou l’incompréhension. On se focalise sur le moment, l’aspect éphémère d’une relation qui sera rendue vaine par le temps et la vieillesse ou le retour à la normalité très réglée du quotidien (fiancé, travail, fin d’une période de vacances …)

 

Chaque récit a son originalité, aucun personnage ne ressemble aux autres. Pourtant ils portent tous en eux quelque chose de mystérieux, une blessure, un flegme, une incompréhension … on ne sait pas. Ils peuvent parfois même nous sembler quelque peu asociaux et à la fois plein d’humanité. Ils sont traversés par une certaine incertitude ou une fêlure, et c’est précisément ce qui, dans un même élan, les rapproche et les éloigne du lecteur.

 

Dans un style, tour à tour, lancinant et incisif, Judith Hermann parvient à nous transporter au plus profond de la relation humaine. Le lecteur s’immerge dans cette langue pour que celle-ci disparaisse et laisse finalement place aux seules émotions.

 

« Sonja war biegsam. Ich meine nicht dieses »biegsam wie eine Gerte«, nicht körperlich. Sonja war biegsam – im Kopf. Es ist schwierig zu erklären. Vielleicht – dass sie mir jede Projektion erlaubte. Sie erlaubte mir jede mögliche Wunschvorstellung von ihrer Person, sie konnte eine Unbekannte sein, eine kleine Muse, jene Frau, der man auf der Straße begegnet und an die man sich noch Jahre später mit dem Gefühl eines ungeheuren Versäumnisses erinnert. Sie konnte dumm sein und bieder, zynisch und klug. Sie konnte herrlich sein und schön, und es gab Augenblicke, da war sie ein Mädchen, blaß im braunen Mantel und wirklich unwichtig; ich glaube, sie war so biegsam, weil sie eigentlich nichts war. »

 

« Sonia était souple. Je ne veux pas dire par là souple comme un roseau, souple au sens physique, non. Sonia était souple – dans sa tête. C’est difficile à expliquer. Peut-être m’autorisait-elle toutes les projections. Elle m’autorisait à la percevoir de toutes les façons possibles, selon mon désir elle pouvait être une inconnue, une petite muse, cette femme que l’on rencontre un jour dans la rue et dont on se souvient encore des années plus tard avec le sentiment d’une formidable occasion manquée. Elle pouvait être bête, et brave, cynique et intelligente. Elle pouvait être superbe, et belle, et à d’autres moments c’était la petite fille, pâle dans son manteau marron et tout à fait insignifiante ; je crois que si elle était souple c’est parce qu’en vérité elle n’était rien du tout. »

 

Alice, A.S  Éd-Lib.

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Published by Alice - dans Nouvelle
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