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19 décembre 2012 3 19 /12 /décembre /2012 07:00

Jules Barbey d Aurevilly Les Diaboliques

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Jules Barbey d’AUREVILLY
Les Diaboliques (1874)
Coll. « Les Classiques de Poche », septembre 2009
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’auteur

http://fr.wikipedia.org/wiki/Jules_Barbey_d%27Aurevilly



L'œuvre

Les Diaboliques est un recueil de six nouvelles de Jules Barbey d'Aurevilly, paru en novembre 1874, à Paris, au commencement de la IIIème République. Les Diaboliques apparaissent tout d'abord comme un témoignage sans complaisance sur un changement historique qui transforme en profondeur les mœurs et les mentalités. Barbey veut montrer que l'émergence du siècle moderne ne fera pas disparaître le mal.  Au contraire, il affirme que la disparition des valeurs anciennes et des traditions va favoriser la profonde misère de l'Homme, avec la propagation des crimes, qui deviendront de plus en plus pervers et raffinés.


Les thèmes

Il s'agit d'histoires tragiques où se mêlent la passion, la violence, le désir, le meurtre et la mort. Ces nouvelles mettent en scène six femmes différentes qui ont  toutes un penchant pour le crime, la transgression, l'adultère, l'infanticide, la profanation ou la dissimulation.


L'importance de la narration.

Les Diaboliques se présentent sous forme de chroniques, racontées à travers des anecdotes, des témoignages ou des souvenirs . Il s'agit de récits de conversation, où domine le ton de la causerie. Cela donne à chaque histoire un effet de vraisemblance .

Le conteur ainsi que l'auditoire occupe une place considérable au sein de ces nouvelles qui correspondent un peu aux modèles des Mille et une Nuits ou aux récits de Boccace. Les différents narrateurs ne sont jamais neutres ou désintéressés, ce qui donne envie au lecteur de connaître rapidement la suite. En effet, le narrateur présente son histoire comme un événement qui a marqué à jamais sa vie et son imagination. Les Diaboliques laissent à chaque fois un souvenir indélébile dans leur esprit, mais également dans celui de l'auditoire.

Ces histoires ne seraient sans doute pas aussi fascinantes si elles n'étaient en partie occultées par quelques lacunes dans le récit, qui peuvent un peu frustrer le lecteur.  Cependant, une partie du mystère disparaîtrait si ces zones d'ombre se dissipaient.



Présentation des Diaboliques

Alberte dans « Le Rideau cramoisi ».

Alberte est une jeune fille qui se distingue de ses parents par sa beauté mais aussi par son intelligence machiavélique. Elle excelle dans l'art de la dissimulation avec son air de « grande demoiselle impassible » (p. 90) et son regard « infernalement calme » ( p. 90).  Cette attitude de calme insolent éveille chez le narrateur une grande irritation, mêlée au désir de vouloir nouer une relation avec cette fille « si diaboliquement provocante. » (p. 84).

Elle est présentée comme une jeune fille hors du commun, avec une insistance sur les expressions tranquilles et fières de son beau visage :

 

 «  cet air...qui la séparait , non pas seulement de ses parents, mais de tous les autres, dont elle semblait n'avoir ni les passions, ni les sentiments, vous clouait... de surprise... sur place. »

 

Cette jeune femme n'hésitera pas à traverser la chambre de ses parents toutes les deux nuits pour se livrer à la volupté avec le vicomte de Brassard, logeant chez elle le temps de son service à l'armée. Celui-ci déclare non sans effroi : «  Je ne me donnai pas d'horreur factice pour la conduite de cette fille d'une si effrayante précocité dans le mal. » Cette rencontre marquera à jamais sa vie : « il y a des choses que l'on n'oublie point. » (p. 68).


La Petite Masque dans « Le Plus Bel Amour de Don Juan ».

La petite Masque est la seule Diabolique qui ne soit pas une femme. En effet, elle n'a que treize ans. C'est une jeune fille dévote qui fantasme sur l'amant de sa mère. Elle garde jalousement son secret en elle, cet amour inavoué pour cet homme qui n'est autre que le mythique Don Juan. Cette « enfant bizarre » (p.129), au « regard d'espion, noir et menaçant » (p.127) passe pour être « un ange de pureté » (p.132) auprès de son confesseur. En rivalité secrète avec sa mère – qui semble bien plus naïve que sa fille – elle éprouve un amour précoce, farouche et violent pour cet homme qui affirme qu'elle est  le « plus bel amour » qu'il ait jamais inspiré de toute sa vie.

Jalouse de sa mère, elle se pose en rivale dissimulée, allant jusqu'à lui mentir. Son crime n'est donc pas celui de la chair mais celui de l'esprit.

Don Juan affirme à son sujet : « Elle n'avait que treize ans mais elle était une femme, et cette précocité même m'avait effrayé ». ( p. 133)


Hauteclaire dans « Le Bonheur dans le crime ».

Hauteclaire, jeune femme habitant dans une petite ville de province, est la fille d'un maître d'armes. Elle apprend l'escrime très jeune et excelle dans ce domaine, surpassant même les meilleurs élèves de son père. La jeune Hauteclaire vit à part des autres jeunes filles de son âge, elle ne se mêle pas à leur compagnie. Une attention particulière lui est donc vouée de la part des habitants, qui parlent beaucoup d'elle.

Hauteclaire se distingue par sa grande beauté, sa force et son agilité. Cette femme qui captive le regard est comparée au début de la nouvelle à une panthère noire, étant « d'articulation aussi puissante, aussi royale d'attitude- dans son espèce, d'une beauté égale, et d'un charme encore plus inquiétant » que cet animal sauvage ( p. 143).

Par amour pour le comte de Savigny, elle change son identité et joue son rôle à la perfection, étant aussi à l'aise dans le mensonge qu'un poisson dans l'eau. Cette femme « très imposante » ( p.149),  et « à l'air de déesse » ( p. 157) deviendra plus tard la comtesse de Savigny, après l'accomplissement méticuleux d'un meurtre qui ne l'empêchera pas d'être heureuse.


La comtesse du Tremblay de Stasseville dans « Le Dessous de cartes d'une partie de whist »

La comtesse est une femme impénétrable d'une quarantaine d'années, « froide à vous faire tousser », à « l'esprit très extérieur et très mordant »  et aux yeux pers, semblables à « deux étoiles fixes » couronnant «  ce visage sans le réchauffer » (p. 211).

Sa présence et son charisme en société forment un contraste avec le mystère qui s'entretient autour de sa personne. Le narrateur affirme qu'elle a un physique de « femme de race, mais chez qui la fierté peut devenir aisément cruelle. » 

Le crime semble réalisé de manière habile, mesurée, obscure, froidement calculée, à l'image de son exécutrice qui pèse toujours bien ses gestes et ses mots. L'auteur insiste particulièrement sur son physique qui heurte le sens commun, caractérisé entre autre par une « effrayante physionomie de fougue réprimée et de volonté » (p. 211).


Rosalba la Pudica dans  « À un dîner d'athées »

« Mais je gardai l'idée qu'une seconde femme comme celle-là n'était pas possible. » (p. 296.) Cette déclaration du narrateur nous montre bien que cette femme se distingue des autres.

Rosalba la Pudica, maîtresse du major Ydow, accompagne son amant sur le champ de bataille. Cette jeune femme a des allures de « vierge confuse », elle est désignée comme étant « la pudeur elle-même ». Elle arbore des airs de jeune fille pure et innocente alors qu'elle trompe effrontément son amant avec tous les hommes du régiment. Le narrateur déclare qu'elle est « la plus enragée des courtisanes, avec la figure d'une des plus célestes madones de Raphaël » (p. 292).

L'ambiguïté de la Diabolique est également illustrée par cette remarque : « La Rosalba était pudique comme elle était voluptueuse, et le plus extraordinaire, c'est qu'elle était les deux en même temps. » ( p. 290)

Par ailleurs, le chevalier de Mesnilgrand, – à savoir le narrateur de l'histoire déclare que la Rosalba était « impénétrable comme le Sphinx » et que cette « impénétrabilité » l'impatientait et l'irritait ( p. 296). Ce point fait écho aux sentiments du vicomte de Brassard à l’égard d'Alberte dans « Le Rideau cramoisi ». Sous cette fausse chasteté se dissimule aussi un être capable d'une cruauté saisissante, comme le dévoilera la fin de la nouvelle.


La duchesse d'Arcos de Sierra Leone dans « La vengeance d'une femme ».

La duchesse est la seule des Diaboliques à raconter sa propre histoire. Sa volonté suprême est de venger son amant le chevalier Esteban, assassiné sauvagement par son mari le duc d'Arcos. De duchesse admirée et respectée, elle décide de devenir une prostituée des bas-quartiers de Paris afin de traîner dans la boue ce nom qui fait l'orgueil démesuré de son mari.

D'une beauté exceptionnelle, elle est aussi dotée d'une volonté quasi surnaturelle pour exécuter cette vengeance singulière et terrible. « Il était effrayé de ce sublime horrible, car l'intensité dans les sentiments, poussée à ce point, est sublime. Seulement, c'est le sublime de l'enfer. » (p. 339). Cette phrase nous montre que Robert de Tressignies est à la fois fasciné et horrifié par cette femme au destin hors du commun dans laquelle il discerne des « gouffres de profondeur et de volonté. » (p.341).


Synthèse                                                                                                                                                               

Ces Diaboliques paraissent dotées d'une détermination surpuissante pour accomplir leurs crimes. En effet, elles sont prêtes à braver les conventions les plus ancrées. Par ailleurs, elles ont toutes un physique qui attire l'attention. Impénétrables, elles sont effrayantes dans leur mystère et éveillent chez les autres une vive curiosité. Elles sont dépeintes comme des êtres d'exception à la personnalité hermétique. La présence du mal et l'absence de culpabilité est également une distinction de ces femmes qui semblent « au-dessus » des valeurs morales.


La figure mythologique du Sphinx revient régulièrement afin de mettre en valeur le côté indéchiffrable de ces femmes aux singularités troublantes. La description du physique occupe une place primordiale dans les récits, car il permet de mettre en lumière les particularités inquiétantes de ces différentes femmes.

Les récits sont empreints d'une certaine noirceur, d'une cruauté parfois psychologique, qui reflète avec violence les ambiguïtés de la nature humaine. L'auteur a réussi à rendre les histoires captivantes grâce à la richesse de l'écriture, fournie en descriptions et en figures de style. En outre, il est intéressant de constater qu'il y a tout au long du recueil une certaine unité qui produit un effet de jeu de miroirs. Les personnages, ainsi que les sentiments des narrateurs, présentent en effet des similitudes. Mais ces convergences entre les différents récits n'égalent en rien leur diversité.


Quitterie, 1ère année édition-librairie 2012-2013

 

 

Voir aussi la fiche de lecture de Yann.

 

 

 

 


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Published by Quitterie - dans Nouvelle
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