Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
28 octobre 2011 5 28 /10 /octobre /2011 07:37

Julio-Cortazar-Cronopes-et-fameux.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Julio CORTÁZAR
Cronopes et Fameux,1962
 titre original
Historias de Cronopios y de Famas
Gallimard

rééd. Folio, 2010

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Un mélange de pataphysique et de magie verbale façon Boris Vian.

Des nouvelles à la Borges.

Un univers qui lui est propre.

Une invitation à ouvrir les yeux.

Une critique subtile d’une société enfermée.

Un auteur à découvrir de toute urgence.



Julio Corázar est né à Bruxelles en 1914. Il a été instituteur et professeur en Argentine. S’opposant au régime de Perón, il refuse une chaire universitaire. Il termine en temps record ses études de traducteur et s’installe à Paris en 1952. Il a écrit le présent recueil entre Rome et Paris jusqu’en 1959.



A travers quatre assortiments, Julio Cortázar nous régale d’une littérature drôle, surprenante, parfois surréaliste. Son écriture est déconcertante et chacune des parties (assortiments) nous emmène  plus loin dans son univers. On peut lire ce recueil comme une initiation nous apprenant à regarder différemment le monde  qui nous entoure.

Dans la vie, il existe toutes sortes de personnes, Julio Cortázar lui, range l’humanité en trois grandes catégories que sont les Cronopes, les Fameux et les Espérances. Nous sommes en quelque sorte tous des Espérances en devenir, en grandissant ; peut-être à la lecture de ce livre, certains deviendront des Cronopes et d’autres plutôt des fameux. Les Fameux sont des gens sérieux, ils sont prévoyants, organisés et n’aiment pas être surpris. Généralement, ils n’apprécient pas les Cronopes qui sont joueurs, irresponsables, rêveurs, distraits et j’en passe. Ce recueil par sa forme et par son fond, nous invite fortement à devenir un Cronope.



La première partie de ce recueil s’appelle « Manuel d’instructions » ; en effet, on y apprend dans des textes très courts à pleurer, à chanter, à se détacher de sa montre, marque du temps qui file, à tuer des fourmis et surtout à prendre conscience de la brique de verre qui nous enferme et des possibilités de vivre malgré ces parois. Tout en usant d’images qui laissent place à l’interprétation, l’auteur nous invite à agir différemment pour que la moindre course à la boulangerie devienne un parcours semé d’embûches ou de plaisir, au choix.



Le deuxième assortiment du recueil porte sur des « Occupations bizarres ». On a là des histoires un peu plus longues qui nous content la vie de personnes aux mœurs étranges comme construire un échafaud ou récupérer un cheveu dans les canalisations. L’auteur nous entraîne sur les pentes de l’absurde. Cela est très drôle et apporte tout de même son lot de critiques. Derrière le rire, on grince un peu devant l’attitude des voisins déçus de ne pas voir l’échafaud servir ou devant la tristesse forcée des gens en deuil. Cortázar se moque de ses concitoyens enfermés dans des codes qui les dépassent. Par  son regard critique, on assiste et on se moque des réactions des personnages tout en s’interrogeant quelque peu sur nous-mêmes.



Le troisième assortiment a pour titre « Matière plastique ». Son titre fait pendant à l’évocation de la brique de verre du début ; dans cette partie, Cortázar nous livre différentes activités et réflexions nous permettant de vivre en Cronope dans cette brique de verre. La partie s’ouvre sur l'évocation d’un écrivain obligé par sa secrétaire à employer les mots justes, ce qui l’attriste. Ce début n’est pas anodin car il semble effectivement que l’auteur adorerait se débarrasser du poids bien trop réel des mots. Dans cette partie, il nous fournit même des éléments bruts pour écrire un poème, un rêve. Cet assortiment est le plus varié du recueil, il en ressort une certaine folie, des idées étranges comme un manuel de géographie fourmi. Cette folie ambiante écarte les barrières de la raison, et invite à une nouvelle écriture qui ne s’embarrasserait pas d’une raison étriquée.



La quatrième et dernière partie se divise en deux avec la première et encore incertaine apparition des Cronopes, des Fameux et des Espérances. « Phase mythologique » et « Histoire de Cronopes et de Fameux ». Alors qu’il présente cette partie comme étant mythologique, il n’est pas du tout question de genèse ou autre apparition. Bien au contraire, ces êtres sont immédiatement présents et bien vivants. Ils dansent et chantent, sont tristes. On comprend peu de choses d’eux si ce n’est qu’ils s’inscrivent dans le même monde que nous et qu’ils ont un langage un peu particulier. Les histoires nous renseignent un peu mieux sur le type de personnalités dont il s’agit. Ces histoires évoquent des situations souvent absurdes mais tout à fait envisageables. Le fait qu’elles arrivent à la fin du recueil apparaît en quelque sorte comme un test pour savoir de quel côté nous nous plaçons. Les situations décrites sont caricaturales et on hésite constamment sur le côté à choisir s’il y en avait un. Tout penche tout de même du côté des Cronopes qui sont si attachants avec leurs pendules en feuilles d’artichaut et leurs maisons pleines de souvenirs épars. De toutes façons, l’être humain est socialement fait pour être un fameux, mais il a tout de même besoin de temps à autre de devenir Cronope et ce petit livre peut admirablement l’aider.



Pour conclure, je ne peux que vous conseiller de pénétrer l’univers de Julio Cortàzar car c’est un monde drôle et poétique. Ce recueil de nouvelles est parfois déroutant par la distance qu’il opère avec le réel et la raison, mais après tout, tout texte a quelque chose à dire, il suffit de bien l’écouter.


Sur ce, je vous souhaite Bonnes salènes, Crono Cronope.


Simon L., A.S. Bib.

 

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Simon - dans Nouvelle
commenter cet article

commentaires

Recherche

Archives