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27 novembre 2011 7 27 /11 /novembre /2011 07:00

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Julio CORTÁZAR
« Les Ménades »
in Fin d’un jeu,

Final del juego, 1956
traduction
Laure Guille-Bataillon
et Françoise Rosset
Gallimard
L’Imaginaire, 2005


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« J’ai besoin d’un sujet très humain : de vie, d’amour, de souffrances, de contacts personnels » disait Julio Cortázar à son ami Alain Sicard, professeur à l’université de Poitiers.


Au premier plan, la nouvelle « Les Ménades », tirée du recueil de nouvelles Fin d’un jeu, publié en 1956, cinq ans après sa première œuvre, Bestiaro. Le lecteur ne peut qu’être intrigué par une quatrième de couverture des plus prometteuses : « le public survolté d'un concert qui finit par dévorer le chef d'orchestre et les musiciens... »

Dans un univers où le fantastique devient la supra-lucidité et l’écriture la naissance de l’angoisse, Cortázar nous invite à découvrir l’idée d’une vile Humanité, une humanité sans majuscule soumise à ses plus primaires instincts animaux. Contexte improbable, l’auteur joue avec celui-ci : par la notoriété intellectuelle qu’a encore aujourd’hui l’opéra, il insiste cyniquement sur les bassesses de l’Homme en communauté, indépendamment des valeurs sociales dans lesquelles ce dernier évolue : des expressions splendidement bestiales, une violence extrêmement verbalisée, une sémantique plus que charnelle, rien n’est laissé au hasard pour décrire un univers où toute idée aristotélicienne d’Homme comme animal doué de langage et de raison est volontairement omise. Dans une certaine mesure, la raison n’est plus, et n’a peut-être jamais été chez cette créature de la pire espèce.

Peinture d’un tableau pessimiste, l’écriture de l’auteur fait preuve de beaucoup d’humilité : kunderienne en un certain sens, elle n’abuse pas d’un vocabulaire élitiste à consonance philosophique, mais use d’une description simple et d’une histoire basique, permettant ainsi une analyse critique de tous sur le sujet difficile qu’est le sujet humain.

Qui plus est, l’implantation d’un naturel fantastique n’est que la cerise sur ce  « gâteau linguistique » bien réussi, donnant naissance à la thématique de l’angoisse, angoisse d’un personnage principal dont on s’imagine qu’il est Cortázar en personne : Trouble des sens, perte de contrôle psychique, victime d’un « effroi lucide »… Une Angoisse dont le principal vecteur de croissance n’est qu’une dimension profondément humaniste de l’auteur qu’il est important de souligner. En effet, à première vue, le lecteur de Cortázar et plus particulièrement de cette nouvelle serait tenté d’en faire un auteur aux allures misogynes, à la dureté misanthrope tant ce dernier ne mâche pas ses mots quand il s’agit de nous faire le tableau de l’Humanité. Il lui revient donc de creuser les sentiers de l’écriture de l’auteur et d’en dégager le véritable sens, la crainte d’un homme face aux autres hommes, le sentiment d’oppression qui émane d’un individu au milieu de la foule, la peur de l’amour et du déchirement qu’il invoque, l’espoir et l’oubli, la souffrance, le solipsisme, l’intensité de la vie…

Au-delà de toutes ces thématiques cryptographiées, Julio Cortázar donne naissance à une thématique suprême, question-mère de la littérature dans l’absolu : A quoi bon l’écriture ?


Si l’on retrouve chez Cortázar tant de références littéraires et d’humbles références à d’autres écrivains (notamment Lautréamont), c’est peut-être parce que son œuvre fait partie intégrante d’une remise en question générale de l’écriture, voire de la raison d’être d’un écrivain. Personnage pour le moins névrosé, l’auteur semble créer une complexe dichotomie : chercherait-il à travers l’écriture à générer l’angoisse lui ouvrant les portes de la lucidité, le véritable sens de sa vie, ou utiliserait-il l’écriture à une fin thérapeutique qui l’aiderait à estomper progressivement le mal-être procuré par cette angoisse dévastatrice ?

Question-mère qui ne demande peut être pas de réponse, mais qui apparaît hypothétiquement comme les mille possibles chemins que je vous souhaite d’emprunter pour trouver un sens à la beauté de l’écriture de cette nouvelle.


Kévin Maudet, 1ère Année Bib.

 

 

 

Julio CORTAZAR sur LITTEXPRESS

 

Julio Cortazar Cronopes et fameux

 

 

 

 

 

 

 

Article de Simon sur Cronopes et fameux.

 

 

 

 

 

 

 

 


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Published by Kévin - dans Nouvelle
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