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15 octobre 2009 4 15 /10 /octobre /2009 19:30


 









KAWABATA
Yasunari
Les Belles Endormies
, 1961
LGF, Collection J’ai Lu, 2008
Traduit du japonais par René Sieffert
















Résumé

Eguchi est un sexagénaire en perte de repères. Las de sa vie monotone, il se rend un jour à la maison d’hôte « Les Belles Endormies ». Il est loin de se douter du caractère spécifique des relations qu’il va tisser derrière les paravents. La rencontre d’une jeune fille avec qui il peut réaliser tous ses désirs va le plonger dans une profonde introspection et ne laissera pas son âme intacte.

Avis personnel


Dans les Belles endormies, Kawabata aborde des thèmes qui le hantent depuis son enfance tels que la mort, la solitude ; également le thème du temps qui passe, à l’instar du Carpe Diem d’Horace mais en des termes plus affinés comme chez Ronsard, symbole de ses souvenirs de jeunesse. On retrouve aussi des thèmes majeurs comme l'érotisme, l'aspiration à la beauté et la communication affective, points communs avec sa première oeuvre littéraire, l’Adolescent.

Au travers d’Eguchi, homme de 67 ans révolus, l’on découvre un monde parallèle, celui de ces « belles endormies » qui sont sujets de toutes les attentions des vieillards qui « hantent » cette maison où règne une atmosphère intemporelle, mais également objets de leur convoitise et du désir qu’ils expriment à redevenir jeunes l’espace d’un instant aux côtés de ces filles qui cristallisent la notion de beauté japonaise et son immortalité.

Les descriptions que fait Eguchi de ses visites et de ses nuits passées à l’auberge sont extrêmement profondes, on ressent presque les mêmes émotions ; cette manière qu’a la vieillesse d’aspirer la jeunesse pour s’en abreuver, la façon dont Eguchi replonge dans son passé et fait ressurgir des émotions et des images, par le simple contact tactile, visuel ou olfactif, phénomène analogue aux synesthésies de Baudelaire dans Les fleurs du mal. Le désir reste intact car l’amour ne peut exister sans échange. Ici en l’occurrence, le simple fait que ces jeunes filles soient endormies ouvre la porte à tous les fantasmes du plus doux au plus sadique, lorsque l’idée qu’il pourrait tuer la jeune fille de ses propres mains en toute impunité traverse l’esprit du vieil homme. L’hôte assure pourtant à Eguchi au début du roman que le mal n’existe pas au sein de la maison des Belles Endormies, qu’il n’y a que « des clients de tout repos ».


Néanmoins on pourrait y voir un mal pervers qui rongerait ceux qui en feraient l’expérience. Voir la vie de ces jeunes femmes, immobiles, en proie à toutes les tentations, alors que dans de vains efforts, les vieillards qui dorment à leurs côtés, sentent leur propre vie s’écouler indéniablement. A mesure qu’Eguchi adhère à ces pratiques alors qu’il y était réticent au départ, Kawabata montre à quel point il a peur de ressembler aux autres, peur de perdre la vie, peur de se perdre lui-même dans cet abysse troublant qu’est la jeunesse qu’il côtoie dans cette auberge. Il agit alors avec une passion dévorante pour pallier cela, avec la vitalité de quelqu’un qui aimerait quelque chose que seule la mort consumerait. Il finit par se laisser envahir par cette sorte de « mal », que l’auteur traduira par « l’univers le plus inhumain devient humain par la force de l’habitude », car Eguchi au déclin de sa vie ne peut que se résoudre à faire face à l’inéluctabilité de la vieillesse.

On observe également la volonté des vieillards d’expier leurs fautes passées par l’intermédiaire du contact avec les jeunes filles. Celles ci agissent comme une sorte d’exutoire aux mauvais actes et pensées que ces hommes ont pu avoir car ils peuvent se lamenter et éprouver du regret sans en retirer une quelconque honte du fait de l’état léthargique dans lequel les filles se trouvent. L’auteur compare d’ailleurs celles ci à des bouddhas, ce qui rajoute une dimension spirituelle à l’oeuvre.

Kawabata met son âme à nu dans ce livre où, sous couvert de lyrisme et d’érotisme, il dévoile les peurs qui ont jalonné sa vie et qui l’ont accompagné jusqu’à sa fin tragique, et nous montrent à quel point sa vie a pu affecter ses oeuvres au point de les transcender.

Romain Balacco, AS Éd/Lib

Kawabata sur Littexpress




Voir
les articles d'Ariane et de Jean-Baptiste.

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