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24 mars 2013 7 24 /03 /mars /2013 07:00

kishiro-yukito-gunnm.jpg

 

 

 

KISHIRO Yukito
Gunnm
銃夢
Ganmu
(rêves d’une arme)
Première édition
Shueisha, 1990 à 1995
Première édition française :
9 volumes. Glénat, 1995 à 1998.
Traduction : Yvan Jacquet
et Vincent Zouzoulkovsky
Deuxième édition française :
6 volumes. Glénat, 2000.
Version enrichie d’histoires courtes.
 

 

 

 

L’auteur
 
Kishiro Yukito est né en 1967 à Chiba, dans la baie de Tokyo. Il devient dessinateur à peine âgé de dix-sept ans, avec l’histoire courte Kikai. Sacré meilleur dessinateur débutant par le magazine Shonen Sunday, il poursuivra avec Hito en 1988, publié par la Shogakuhan et Kadokama. Mais c’est avec Gunnm que sa carrière sera véritablement lancée, et sans aucun doute c’est l’œuvre dans laquelle il jeté tous ses fantasmes, toutes ses lubies, ses inquiétudes et surtout son talent.
 
Étrange personnage, amoureux des pieuvres et grand ennemi de certaines espèces de papillon, de son propre aveu, Kishiro se montre peu. Les rares photos de ce personnage enveloppé contrastent avec l’énergie implacable et la froideur métallique de sa célèbre héroïne, Gally. Moins apprécié au Japon que ses confrères, Toriyama ou Hojo, il a été découvert en France en même temps que Dragon Ball, puisque Glénat avait acheté les droits de Gunnm pour avoir accès à ceux du célèbre héros à la queue de singe. Ils ont ainsi importé presque involontairement une des bandes dessinées les plus importantes de notre époque, sans équivalent dans le manga.
 
Aujourd’hui, Kishiro se consacre à la suite de Gunnm, intitulée Gunnm Last Order, mais quelques démêlés avec son éditeur n’augurent pas du meilleur pour espérer en voir un jour la fin.[1]
 
 
 
Un scénario imparable
 
L’œuvre est une dystopie qui se déroule sur plusieurs années, et nous pouvons en dégager plusieurs grandes périodes :


La décharge et les chasseurs de prime
 
Kuzutetsu est une ville-décharge, un monde atroce qui concentre la lie de l’humanité, sur laquelle la ville céleste, Zalem, balance ses ordures. C’est dans cet énorme tas d’immondices que le docteur Ido récupère les reste d’un cyborg humanoïde femelle, qu’il répare et baptise Gally. Elle a tout oublié de son passé, mais présente rapidement de spectaculaires aptitudes au combat. Ido remarque qu’elle maîtrise un art martial remontant à plusieurs siècles. Elle devient alors chasseuse de primes, comme Ido l’est aussi par ailleurs. Leur objectif : nettoyer Kuzutetsu de ses innombrables brigands. Le pire d’entre eux s’avère être Makaku, monstre gigantesque qui se nourrit de cerveaux frais. À l’issue d’un combat douloureux, elle vainc Makaku, lequel lui révèle alors qu’il n’avait cette apparence qu’à la suite d’une opération réalisée par un mystérieux savant.
 

Yugo
 
Gally traverse par la suite une période plus ou moins insouciante, sorte d’adolescence retrouvée. Comme de juste, elle y tombe amoureuse. Mais l’élu de son cœur, Yugo, est également un petit voyou, qui revend des organes volés au marché noir. Son objectif : réunir assez d’argent pour voyager jusqu’à Zalem. Gally doit alors faire face à un dilemme : l’arrêter ou le protéger des autres chasseurs. Un de ceux-ci, Zapan, découvre son petit jeu et tente de supprimer Yugo. Gally lui arrache alors le visage. Yugo s’enfuit vers Zalem, mais le système de défense le tue. Gally disparaît.
 

L’ange de la mort
 
Commence alors une Gunnm-image-2.jpgpériode charnière, particulièrement longue au sein de la série, qui se déroule dans le milieu du « motorball ». Ce jeu d’arènes moderne, soupape de sécurité qui maintient le peuple dans les paris et la fascination pour le spectacle, est un course mortelle dont le gagnant est celui qui porte le fameux motorball, un ballon mécanique, jusqu’à la ligne d’arrivée. Bien sûr, plus on tue d’adversaires sur la route mieux c’est. C’est dans cet univers bariolé, à la fois monstrueux et enjoué, que le docteur Ido retrouve la trace de Gally. Traumatisée par la mort de Yugo, elle décide de s’oublier dans le combat, dans ce qui la définit pour le mieux. Elle va affronter un à un de multiples adversaires, jusqu’à se confronter au champion du jeu, « l’empereur » Jashugan. Elle va perdre, abattue par le coup d’un homme normal, c’est-à-dire avec un corps non amélioré. C’est lors de son combat contre cet homme exceptionnel, « le plus fort qui ait jamais existé », que Gally retrouve des bribes de mémoire : elle vient de Mars. Cela ne fera que renforcer ce sentiment permanent qu’elle est une « étrangère », où qu’elle aille sur la terre.
 

Zapan
 
Chapitre pivot de l’œuvre, l’histoire de Zapan est l’indice de l’absolue maîtrise narrative de Kishiro. Ce conte désespéré pourrait à la fois être lu indépendamment, nous renvoyer aux premiers tomes et nous propulser vers les suivants. Surtout il est le marqueur de la noirceur absolue de Gunnm, et pour tout dire il n’aura plus d’équivalent en la matière jusqu’à la fin.
 
Zapan est le fameux chasseur qui tenta par le passé de supprimer Yugo et d’humilier Gally. Défiguré par celle-ci, il essaye de refaire sa vie auprès d’une femme, qu’il aide à servir la soupe populaire. Poursuivi par le souvenir du « monstre » Gally et dépendant aux drogues les plus dures, il devient un criminel en assassinant sa compagne dans un accès de colère. Il est tué par les autres chasseurs de prime.
 
Un mystérieux savant récupère alors son cerveau et lui offre un corps de guerrier : le « Berserker », qui avait appartenu par le passé… à Gally. Ce savant s’appelle Desty Nova : on apprend vite qu’il est à l’origine de l’opération de Makaku au début de l’histoire, et qu’il avait aussi opéré le cerveau de Jashugan. Ombre insaisissable, Desty Nova semble apparaître à chaque crise que traversent de malheureuses créatures pour leur permettre de s’accomplir… souvent dans la violence. Zapan ne fera pas exception. Son désir de vengeance est tel qu’il fusionne littéralement avec le Berserker, déclenchant son mode de combat absolu. Zapan n’est plus alors qu’un monstre inarrétable. Ido, son ancien compagnon d’armes, va tenter de l’arrêter. C’est là, à mi-longueur de l’œuvre complète, qu’il est tué.
 
Le monde de Gally s’écroule : elle qui ne savait plus qui elle était avant, perd désormais la seule personne qu’elle connaisse vraiment. Alors que la décharge est entièrement menacée, et que Zalem commence à s’inquiéter, Gally décide d’aller affronter Zapan. Un combat de deux âmes perdues, qui s’entredétruireront à peu près, et qui ferme le premier grand chapitre d’un manga sans équivalent.
 

Pour Zalem
 
Le corps de Gally est détruit. La ville de Zalem ordonne sa récupération et sa réparation : l’ayant espionnée aux long des dernières années, la ville flottante souhaite faire d’elle un de ses agents. Après avoir combattu pour la décharge, Gally va donc combattre pour Zalem. Ce n’est pas une revendication : elle ne cherche qu’à se battre encore et toujours. Surtout, sa mission consiste à retrouver la trace de Desty Nova, qui s’avère être un dissident de Zalem. Persuadée que celui-ci peut redonner vie à Ido comme il avait sauvé Makaku, Jashugan ou Zapan, elle affronte désormais les barbares dans les déserts alentour. La série, longtemps étouffée dans la sueur et la saleté de Kuzutetsu, se change en road-movie sauvage et apocalyptique. C’est dans la fougue d’une jeunesse nouvelle que Gally retombe amoureuse, cette fois-ci d’un homme (Fogia) joyeux et fort, et qu’elle va combattre à ses côtés les troupes du Barjack commandées par Den. Ce nouveau méchant, encore un géant, à l’instar de Zapan ou Makaku, sera pourtant d’une nature bien différente.
 

Contre Zalem
 
Gally va rencontrer Kaos, un frêle jeune homme aux cheveux blonds, animateur de radio, qui parcourt le désert pour y diffuser sa musique et ses paroles de liberté. On découvre bientôt que cette radio libertaire est financée par Den en personne. Pour la première fois, Gally va remettre en question la domination de Zalem sur la surface. Den est en effet un être politique, un révolutionnaire qui rêve de faire tomber la ville flottante, et Gally représente pour lui un soldat de l’oppression.
 
Les choses se compliquent encore pour elle quand elle découvre que Kaos est le fils de Desty Nova, et qu’avec Den ils sont ni plus ni moins que les deux personnalités d’un même individu…
 

Les mille visages de la folie
 
Rompant avec Zalem, Gally ne s’engage pas pour autant aux côtés de Den dans sa révolution. Grâce à Kaos, elle a retrouvé la trace de Desty Nova et apprend que Ido a bel et bien été ramené à la vie. Mais quand elle le retrouve, son créateur a perdu tout souvenir d’elle : il explique sur un enregistrement qu’il a volontairement effacé sa mémoire après avoir découvert « le secret de Zalem ». Désespérée, Gally s’introduit dans le bunker de Desty Nova et exige des explications. Celui-ci lève alors le voile en ouvrant son propre crâne : il n’a pas de cerveau, mais une puce électronique à la place. Comme tous les habitants de Zalem, son encéphale a été retiré à sa majorité. Ainsi, les habitants de la ville sont  tous normalisés, et Desty Nova ou Ido sont plutôt des ratés, d’où leur éviction.
 
Den échoue à faire tomber Zalem avec son canon géant. Il choisit alors d’attaquer avec son seul sabre, et meurt dans un assaut désespéré.
 
Desty Nova et Gally, ayant mis au jour le secret de Zalem, parviennent à monter jusqu’à la ville et à atteindre l’ordinateur central, Melchizedek. Celui-ci révèle alors qu’à l’autre extrémité de Zalem, dans l’espace, se trouve la cité de Jéru. Cette Jérusalem céleste vise à simuler une micro-société et à en isoler les gènes supérieurs. Melchizedek, face à l’échec de ce projet, se suicide. Zalem menace alors de tomber sur la décharge. Desty Nova confie à Gally un mutagène qui lui permet de fusionner avec la structure même de Zalem et Jéru pour en empêcher la destruction. Elle l’utilise et disparaît. La cité céleste se change en un arbre immense.
 
 
 
Des figures tourmentées
 
Gally : la figure centrale de Gunnm est un personnage atypique, en questionnement permanent. Elle se caractérise d’un part par sa violence extrême et sa maîtrise des arts martiaux, héritages de son passé martien, et d’autre part par son questionnement identitaire. « Qui suis-je ? » est sans doute sa question la plus fréquente… et pourtant, chaque fois qu’elle récupère des éléments de réponse, elle est assez horrifiée par ce qu’elle apprend. La véritable combat de Gally est peut-être là : retrouvée et élevée par des humains et capable d’amour, elle ne doit surtout pas redevenir celle qu’elle a été par le passé : un monstre absolu. Kishiro poursuivra la quête des origines dans une suite encore inachevée : Gunnm Last Order.
 
Desty Nova : celui-là concentre tant de paradoxes, de beauté et d’horreurs réunies, tant d’importance et tant de dérision, qu’il est parfois le véritable motif d’écriture de Gunnm. Il en est l’aboutissement, le « destin » comme son nom l’indique (Destinova). D’abord simplement évoqué, ombre rémanente, il apparaît en chair et en os lors de l’épisode « Zapan » : collectionneur de cerveaux, grand spécialiste de la dissection et artiste de la couture aberrante entre divers membres récupérés, il oscille entre crises de fous rires, colères imprécatrices et paroles de vieux sage. Obsédé par la quête du karma, la réalisation de la destinée et le rôle de chaque humain, c’est avant tout un scientifique de génie, extrêmement brillant. Son véritable visage nous est cependant livré lors d’une scène inoubliable, au cours du tout dernier volume. Nova, fasciné par Gally, cherche à la déposséder de tout souvenir belliqueux pour la plonger dans un rêve éternel, grâce au logiciel de son invention « Ouroboros ». Lui-même présent dans ce rêve, il se confie alors à Gally (extrait du tome 9) :

GALLY : oncle Nova, est-ce que tu aimes quelqu’un ?
 
NOVA : Hum… il y avait bien cette fille que j’aurais aimé disséquer mais…
 
Nova s’interrompt, réfléchit, et retire, pour la seule et unique fois de toute l’histoire, les lunettes qui voilent ses yeux.
 
NOVA : Jusqu’à maintenant, ce qui m’a motivé, la pensée qui m’a poussé en avant, c’est prier pour que la mort et la tristesse n’existent plus dans ce monde, qu’il n’y ait plus que de la joie et que cet instant dure éternellement.

Il révèle ainsi le véritable but de son logiciel, et livre aussi un amer constat d’échec : son rêve de paix et de joie n’aura jamais cours dans le monde réel. Ce qui fait de Nova bien plus qu’un scientifique, c’est en vérité un mystique. Lors de la mort de Melchizedek, Nova considère qu’il est à deux doigts de la création universelle. Au cours de Gunnm Last Order, il déclarera également être de toutes les formes de vie celle qui se rapproche le plus de l’immortalité.
 
Jashugan : l’empereur du Motorball est sans doute un des personnages les plus sympathiques de la première saison, celle qui précède l’épisode Zapan. Charismatique, aimé de tous, doté d’un physique de surfeur, il n’aurait a priori rien pour séduire les lecteurs, qui ont pris l’habitude de côtoyer dans Gunnm des losers, des pervers et des victimes de tous bords. En vérité, Jashugan est lui-même de ceux-là : ancien coureur de bas étage, il n’est devenu le champion qu’à la suite d’une opération neuro-accélératrice réalisée sur son cerveau par Desty Nova. Malheureusement, si cela l’a sauvé, il est condamné, à court terme, à connaître une crise fatale. En effet, il perd régulièrement connaissance. Il n’est pas possible au lecteur de savoir, ni de pressentir qui de Gally ou Jashugan l’emportera lors de leur dernier duel. Kishiro a en effet fait en sorte que la balance penche aussi bien d’un côté que de l’autre : Gally perd son entraîneur et ami, Esdoc, qui lui fait jurer de gagner. Jashugan, lui, se sait condamné et va laisser seule au monde sa petite sœur. Pour l’un comme pour l’autre, perdre serait un désastre moral. Mais Gally, bien sûr, a de beaux jours devant elle pour digérer une défaite : alors que la victoire semble acquise à l’héroïne, Jashugan lui administre un simple coup de poing, un coup de poing humain, concentré d’énergie vitale, qui met un terme au combat. L’empereur gagne, évidemment, et meurt en même temps, devenant une légende aussitôt.
 
 
 
De Fabrica

S’il est une thématique spécifique à Gunnm, c’est bien le rapport entretenu avec le corps. D’une part, nous avons affaire à une héroïne, ce qui est rarissime dans les shōnen manga (ceux qui sont spécifiquement dédiés aux adolescents), et qui explique par ailleurs un certain déficit de popularité de la série au Japon.  D’autre part, personne n’est fait de chair dans cette histoire. Personne, à une exception notable : Ido, le créateur, dont le corps sera – enfin – réduit en charpie à  l’exact milieu de l’œuvre (tome 5).
 
Les cyborgs : pendant la première moitié de la série, c’est essentiellement par eux que nous entretenons un rapport avec le corps physique. Pas un passant de la rue qui ne dispose d’une prothèse mécanique en guise de bras, de jambe, voire du corps tout entier. Le seul élément qui doit rester « humain » c’est le cerveau. Et l’auteur ne va pas se priver de nous le rappeler en mettant à nu un maximum de crânes, poussant ce principe à l’extrême en faisant de Makaku un dévoreur de cerveaux, qui ouvre les têtes comme des boîtes de conserve.
 
Tout semble interchangeable alors : Yugo, le petit voleur de colonnes vertébrales, met un point d’honneur à ne pas tuer ses victimes. Très rapidement, elles seront sur pied grâce à la cybernétique ! Gally appréhende un violeur dont elle arrache les bras, ce qui n’empêche pas le monstre de repasser à l’attaque quelques chapitres plus loin : les affreux, dans Gunnm, sont comme des pitbulls attachés à un os saignant. Pour les tuer, il faut couper la tête. Quant aux êtres qui paraissent faits de chair, comme Desty Nova, éternel collectionneur de cervelles et grand mangeur de flan (l’analogie entre les deux matières nous saute aux yeux), ils sont en réalité bourrés de nano-restorers, robots microscopiques qui réparent leurs cellules en permanence.
 
 Gunnm image 3
 
L’auteur nous indique assez souvent que seul le cerveau indiquerait la valeur humaine. Une scène cependant constitue à elle seule le contre-exemple : lors d’un bras-de-fer improvisé contre Jashugan, Gally, piquée à vif, décide de mettre en jeu non pas de l’argent, mais son propre cœur ! Tout mécanique qu’il soit, elle mourra si elle perd, puisqu’elle exige qu’il soit jeté aux ordures, ni réparé ni remplacé. Cette petite scène, traitée d’ailleurs avec beaucoup d’humour par l’auteur, nous permet de comprendre qu’entre tant de cerveaux et de corps mécaniques, l’essentiel, symboliquement, reste le cœur de l’héroïne. Plus le récit avancera, plus Gally se battra avec ses sentiments, la passion à fleur de peau.
 
 
 
Un œuvre sans équivalent
 
Depuis des années, on sait que James Cameron, le père de Terminator, Titanic et Avatar, souhaite adapter Gunnm, connu aux États-Unis sous le titre Battle Angel Alita. Le projet est pour l’instant en repos. Cela vaut peut-être mieux : il méritera bien plus que de beaux effets spéciaux.
 
En effet, Gunnm se distingue du tout-venant de la bande dessinée, et pas seulement par son graphisme de haute volée. Œuvre somme, brassant une multitude de thèmes, c’est aussi une œuvre radicale : la lecture en est parfois éprouvante, et laisse le lecteur à bout de souffle. C’est une sorte de pacte que nous faisons avec Kishiro : pour savoir, pour connaître le destin de Gally, il faudra souffrir avec elle, et mourir plusieurs fois à notre monde.


Frédéric, AS éd.-lib.

[1] http://jajatom.moo.jp/E-top/frame.html


http://fr.wikipedia.org/wiki/Yukito_Kishiro
 


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