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9 septembre 2012 7 09 /09 /septembre /2012 07:00

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Knut HAMSUN
Sous l'étoile d'automne
Under Høststjærnen (1906)
Traduit du norvégien
par Régis Boyer
Calmann-Lévy, 1978
Livre de Poche
Biblio romans, 1994


Photo 1

 

 

 

 

 

 

Né dans le Sud de la Norvège, c’est au large des îles Lofoten, près du Cercle polaire arctique que grandit Knud Pedersen (le vrai nom de Knut Hamsun). Dans cet univers constitué de fjords et de falaises, il découvre un environnement élémentaire qui sera la toile de fond de ses écrits romanesques. Sa fascination pour la Nature et les éléments qui la composent est issue de ce cadre, dans lequel il assiste, dès son plus jeune âge, à la magie des lumières boréales.

À l’âge de quarante ans, le père de Knud Pedersen, Peder, quitte sa femme et la tranquillité de son foyer pour devenir tailleur, entraînant sa famille dans la précarité. Le jeune garçon, âgé de neuf ans, est alors confié à son oncle Hans Olsen, sévère et puritain, qui n’hésite pas à utiliser la violence pour imposer son autorité.
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C’est pour échapper à cet oncle tortionnaire que Knud expérimente ses premiers vagabondages et découvre les merveilles du paysage norvégien qui deviendront le socle de son attachement à ce cadre idyllique. À l’âge de quatorze ans, il quitte cette maison. De quinze à dix-sept ans, il pratiquera de nombreux travaux, de shérif assistant à professeur d’école, dans le seul objectif de gagner de quoi survivre et d’échapper à la faim et à la violence qui constituaient son quotidien quelques années plus tôt. C’est ainsi que se forge son caractère de vagabond.

 

 

Knut Hamsun à l'âge de 14 ans


A 23 ans, il s’exile aux États-Unis, où il connaîtra le même style de vie, troquant le travail d’aide-maçon pour celui de porcher, afin d’éviter la misère. Après deux séjours américains, il revient en Scandinavie pour s’installer à Copenhague, où il publie une esquisse de roman, qui paraît dans la revue Ny Jord (Terre Nouvelle). Son premier roman publié, Faim, est un succès et lui permet d’acquérir très rapidement une reconnaissance internationale.

Il commence alors à publier régulièrement. Un essai psychologique, De la vie inconsciente de l’homme, et de nombreux romans, recueils de nouvelles, un récit de voyage en Russie, quelques pièces de théâtre et un recueil de poèmes suivront.

En 1920, alors qu’il publie L’éveil de la glèbe, il reçoit le Prix Nobel de littérature.
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L’image qu’a laissée Knut Hamsun est cependant ternie par ses considérations politiques. Son éternel goût de la provocation le pousse à tenir un certain nombre de conférences, en 1907 par exemple, remettant en question le respect que la jeunesse doit aux générations précédentes.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, il soutient le parti pro-nazi Nasjonal Samling. Il rencontre Adolf Hitler en 1943 et fait don de sa médaille du Prix Nobel à Joseph Goebbels. A la mort du Führer, il rendra hommage, dans un article publié dans l’Aftenposten, à ce « guerrier de l’humanité ».

À la fin de la guerre, on préfère lui attribuer une « personnalité aux facultés mentales affaiblies de façon permanente » pour éviter de perdre l’homme qui, jusqu’alors, était une des fiertés du peuple norvégien. En 1948, il est condamné à verser 325 000 couronnes norvégiennes pour sa collaboration avec le régime nazi.



Sous l’étoile vagabonde (1906) est le premier volet d’une de ses deux trilogies dites du vagabond. Les deux livres qui la complètent sont Un vagabond en sourdine (1909) et La Dernière Joie (1912).

Le héros, Knut Pedersen (véritable nom de Knut Hamsun), est entre deux âges. Il vient d’abandonner une vie que l’on suppose aisée, en ville, pour retourner à la vie qu’il a connue dans sa jeunesse, faite de vagabondages et d’errances dans la campagne et les forêts norvégiennes. C’est un retour aux sources. Il redécouvre la pureté de cette vie, au cœur de cette Nature qu’il aime tant. « Mon sang devine que j’ai en moi une fibre nerveuse qui m’unit à l’univers, aux éléments », avait-il écrit, à l’âge de 29 ans.

Quand paraît le livre, en 1906, Knut Hamsun a 47 ans et sort d’un divorce. Il se retrouve seul, plein de questions. Dans sa présentation de la trilogie, Linda Lé écrit : « C’est le triptyque des désillusions, le retable de l’amertume. De livre en livre, tout s’avilit, la moisissure de la civilisation gagne le cœur de la forêt. » On trouve dans ce roman « une adhésion à la Nature, une nostalgie de l’homme originel, de l’homme face à l’élémentaire, une volonté de se libérer de la civilisation moderne d’essence mécaniciste. »

Et pourtant, l’ouverture du roman est porteuse de beaucoup d’espoir :

 

« Me voici loin du vacarme et de la presse de la ville, des journaux et des gens, j’ai fui tout cela parce que, de nouveau, on m’appelait de la campagne et de la solitude dont je suis originaire. […] J’ai pris la ferme résolution d’obtenir la paix à tout prix. »

Le narrateur veut retrouver ce quotidien qu’il a connu et qui l’emplit du calme et de la sérénité dont le chaos de la ville l’a privé. Ici, il n’a pas de surprises, il sait comment fonctionne l’univers et voilà ce qui le rassure, ce qui lui donne un fond de stabilité en cette période de transition qu’il traverse à ce moment de sa vie où tout est remis en question. La première phrase du roman annonce ce cycle immobile : « Hier, la mer luisait comme un miroir et aujourd’hui, elle luit comme un miroir. » La mer est prévisible, elle fournit des repères. Et c’est bien des repères que Knut Pedersen/Hamsun est venu chercher là. Et deux pages plus loin : « – Combien coûte le maquereau aujourd’hui ? – La même chose qu’hier, répond-on. »

Tout est cadré, la frénésie citadine est loin maintenant et c’est en compagnie de son ancien camarade de chantier, Grindhusen, qu’il part « de ferme en ferme », en « nomade solitaire ». Ils proposent leur aide pour toutes sortes de travaux manuels, creuser un puits ou prétendre réaccorder les pianos de la région pour trouver un abri l’espace de quelques nuits.
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Mais dans cette solitude, Knut recherche de la chaleur. Il croise deux femmes dans le roman. Deux amours qui s’imposent à lui, instantanément, comme impossibles. Il ne peut, pourtant, s’empêcher de rêver en pensant à elles. Ces songes l’obsèdent et revêtent les allures d’un idéal fantasmé et toujours déçu. Car ce personnage ne sait jamais vraiment ce qu’il veut et est toujours déçu de ce qu’il a. C’est ce qui fait de lui un homme si mélancolique. Jeune, il a quitté cette vie pour rejoindre la ville et son dynamisme. Maintenant, c’est la ville qu’il quitte pour revenir à la simplicité de cette vie. Il ne sait pas se sentir heureux, partager ni comprendre les autres. Et pourtant, à l’écouter parler de cette Nature divine qu’il vénère et qui le rassure, on sent qu’il est plein de vie, mais d’une vie frustrée qu’il ne parvient à transmettre à personne autour de lui.


Loïk, 2e année éd.-lib. 2011-2012

 

 


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