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22 décembre 2009 2 22 /12 /décembre /2009 07:00
Koike-Mariko-Je-suis-deja-venue-ici.gif










KOIKE Mariko
Je suis déjà venue ici

traduit du japonais
 par Karine Chesneau
Editions Philippe Picquier, 2008


 












koike-mariko

Koike Mariko est née au Japon en 1952 ; elle a écrit plusieurs romans à suspense psychologique. En 1996, au Japon, elle reçoit le prix Naoki (récompensant par une montre et une bourse d’argent les jeunes talents prometteurs) pour Amour et en 1999 le prix du roman policier pour Les Amis de l’épouse.



Ce recueil présente onze nouvelles, entièrement indépendantes les unes des autres. Elles nous amènent dans une ambiance japonaise où est présent le thème de la nature, traité sous un angle propre à cette culture, mais où l’on retrouve également des situations qui pourraient être universelles.

A mon habitude lorsque je commence un recueil de nouvelles, je prends la dernière et la lis d’un trait. Ici « Le fils de mon père ». Au début, du mal à comprendre qui sont ces « il » et ces « elle ». En effet, l’auteur ne donne jamais de prénoms aux personnages. Elle les nomme seulement « elle », « il », « le vieil homme » ou encore « la fille ». Comme s'ils n’avaient pas vraiment d’identité, comme s'ils pouvaient être tout le monde finalement. De la même façon, elle ne nomme jamais les lieux, ou très rarement. En lisant ces premiers paragraphes de la nouvelle je me demande donc : quels liens y a t-il entre toutes ces personnes ?

C’est au fur et à mesure que l’on comprend. Le style fluide, simple, pousse le lecteur à poursuivre la lecture. Et c’est ainsi que l’on arrive à lire toutes les nouvelles, toutes intégralement. Dès les premières pages, le suspense établit une curiosité chez le lecteur qui le rend impatient de savoir comment vont se dérouler les choses dans les bouts de vie qui nous sont présentés.

Parce que oui, ce sont bel et bien des bouts de vie que nous lisons dans ce recueil. La construction de chaque nouvelle ne varie pas : dans un premier temps la situation initiale est exposée, Koike Mariko plante donc le décor, puis, pour expliquer comment les personnages en sont arrivés là, elle revient sur le passé pour enfin retourner au présent et amener action et dénouement. Des bouts de vie comme celle d’une femme qui séduit un homme grâce à sa cuisine, celle d’un homme qui est amoureux de la voix d’une femme qu’il trouve laide, ou encore une femme qui a un pouvoir néfaste sur les hommes qu’elle rencontre…

 

A la fin de la dernière nouvelle, il faut dire que j’ai été plutôt surprise, pas forcément désagréablement, mais je ne m’attendais pas du tout à ce genre : après avoir vécu de nombreux malheurs, une jeune femme revient chez son père qui s’est remarié et a eu un enfant avec sa nouvelle femme... Un fils de 15 ans. Les deux enfants ne se connaissent que très peu.. Le début de la nouvelle est raconté avec beaucoup de descriptions, l’action est longue à se mettre en place puis l’écriture devient de plus en plus intense, va en crescendo pour mettre en scène un dénouement osé auquel on ne s’attend pas. Ceci est écrit avec beaucoup de finesse, voire de tendresse. On sait ce qu’il se passe sans que ce soit dit crûment, ni même vulgairement ou grossièrement.

 

Après cette première lecture c’est la curiosité qui m’a poussée à découvrir les autres nouvelles. Allaient-elles être dans le même registre ? En fin de compte je me suis vite aperçue que ce n'était pas du tout le cas.

La lecture est toujours simple, le style d’écriture toujours fluide ; cil est question de sentiments plus que de réflexion. Les thèmes abordés portent sur tout ce qui entoure chaque individu de cette Terre. A savoir l’amour, que l’on rencontre principalement ici dans des histoires d’adultères, de femmes divorcés ou non qui veulent vivre leurs relations avec les hommes sans se soucier de la morale établie, juste de celle qu’elles se créent. Si l’on parle amour, on parle aussi sexualité. Une sexualité que ces femmes souhaitent vivre sans tabou, sans peur de déroger à la règle car ces femmes le savent, l’amour n’a pas de règles.

Si l’on parle femmes on parle aussi hommes. Dans ce recueil, les hommes existent certes, mais ne sont pas mis en avant, ils aident le plus souvent à l’émancipation mentale de la femme, ils sont les réponses à leurs questions.

Mariko Koike aborde également le thème de la mort. Souvent ces nouvelles se terminent par le décès d’un être, et si ce n’est pas la mort, c’est un malheur quelconque, une séparation, un départ non voulu, ou simplement un retour à la case départ. Le proverbe le dit bien, « le malheur des uns fait le bonheur des autres », et vice versa. Ici, c’est un peu cela. Pour ceux qui restent, même s’ils n’ont pas eu ce qu’ils voulaient, il y a toujours une part en eux qui évolue, qui s’améliore. Lorsqu'ils passent par certaines épreuves, plus ou moins dures, quelque chose se libère en eux et grâce à cela, ils peuvent avancer. En espérant plus dans leur vie, les personnes en arrivent parfois à avoir même moins que ce qu’ils avaient au départ. Il faut arriver à se réjouir de ce que l’on possède. Ce recueil de nouvelles apparaît comme fataliste ; quoi qu’il arrive les issues ne sont pas forcément réjouissantes pour les protagonistes.

Mariko Koike décrit finalement des histoires communes, des bouts de vie pleins de sentiments profonds que tous autant que nous sommes nous pouvons vivre. Elle évite le jugement négatif que l’on porte sur les couples atypiques et sur l'adultère sans en faire l'apologie. On pourrait penser qu’elle a vécu toutes ces histoires tant elles paraissent réalistes, simplement parce qu’elle a ce génie de trouver le mot exact.


 

Extrait de la nouvelle « Je suis déjà venue ici », p.190

« Tant d’années se sont écoulées, se dit-elle. Cent ans, mille ans, le temps passe trop vite. Les gens naissent, se cherchent, s’aiment, se séparent, meurent et puis renaissent… Après tant de siècles, c’est moi à présent qui vis cet instant. Voilà mille ans, quelqu’un, qui n’est pas moi, a dû faire les mêmes gestes que ceux que je perpétue en ce moment. »


E.K., 1e année Bib

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Published by Emeline - dans Nouvelle
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