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26 mai 2013 7 26 /05 /mai /2013 07:00

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Boris VIAN

L'Écume des jours

éditions en français
« NRF », Gallimard, 1947
10 : 18, 1963, 1979
Rouge et Or, 1979
Pauvert, 1981, 2013
Bourgois, 1982, 1994
Le Livre de Poche, 2008, 2013

 

 

 

 

 

 

 


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Adaptation cinématographique

de Michel GONDRY

Sortie en salles le 24 avril 2013.

Avec Romain Duris (Colin), Audrey Tautou (Chloé), Omar Sy (Nicolas), Gad Elmaleh (Chick), Aïssa Maïga (Alise), Charlotte Le Bon (Isis), Philippe Torreton (Jean-Sol Partre), Sacha Bourdo (la souris) et Alain Chabat (Jules Gouffé).

 

 

 

 

 

 

Bande-annonce

  http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19487939&cfilm=196832.html



Boris Vian

Né en 1920 et mort à l'âge de 39 ans, Boris Vian a eu le temps de laisser une œuvre majeure dans le patrimoine français. Sa jeunesse est marquée par de brillantes études et une santé défaillante. Amoureux du jazz, il joue lui-même de la trompette. Marié en 1941, il devient père à 22 ans. C'est grâce à l'aide de Jean Rostand et Raymond Queneau que son premier roman, Vercoquin et le plancton, est accepté par Gallimard, en 1945. Néanmoins, sa première publication ne se fera que l'année suivante, aux éditions du Scorpion et sous le pseudonyme de Vernon Sullivan, sous le titre  J'irai cracher sur vos tombes. C'est lors d'une projection du film adapté de cette œuvre qu'il mourra d'une syncope.

Il est connu pour ses écrits (L'Arrache-cœur, L'Herbe rouge, Et on tuera tous les affreux…) mais également pour ses chansons, notamment Le Déserteur. Toute son œuvre fera l'objet de nombreuses adaptations aussi bien au théâtre qu'au cinéma.

Pour en savoir plus :  http://www.borisvian.org/



L'histoire

 

« Colin terminait sa toilette. […] Son peigne d'ambre divisa la masse soyeuse en longs filets orange pareils aux sillons que le gai laboureur trace à l'aide d'une fourchette dans de la confiture d'abricot. Colin reposa le peigne et, s'armant du coupe-ongles, tailla en biseau les coins de ses paupières mates, pour donner du mystère à son regard. » (p. 7)

 

C'est ainsi que débute le roman. Le film, lui, s'ouvre sur une scène d'usine dans laquelle des dactylographes tapent, à la chaîne, sur des machines à écrire qui défilent devant eux. Les mots tapés sont justement ceux de la première phrase du roman, et la scène suivante présente Colin dans sa salle de bains, en compagnie de la souris. Il ne travaille pas, il a suffisamment de doublezons en réserve.

Nicolas, le nouveau cuisinier de Colin, prépare le repas, en suivant le livre de cuisine de Jules Gouffé, selon le roman, en écoutant ses conseils directs à la télévision, selon le film. Chick, l'ami de Colin, fervent lecteur de Jean-Sol Partre, vient dîner. Colin lui propose de démarrer par un apéritif concocté grâce à sa dernière invention, le pianocktail. À chaque note correspond « un alcool, une liqueur ou un aromate. La pédale forte correspond à l'œuf battu et la pédale faible à la glace. » (p. 13)

Chick a rencontré Alise, la nièce de Nicolas, à une conférence de Jean-Sol Partre et en est plus ou moins tombé amoureux. De rendez-vous à la patinoire à l'anniversaire du chien d'Isis, ayant appris à danser le biglemoi avec l'aide de Nicolas sur un air nommé Chloé, Colin rencontre enfin l'amour auprès de Chloé.

 

« Chloé, vos lèvres sont douces. Vous avez un teint de fruit. Vos yeux voient comme il faut voir et votre corps me fait chaud… […] Il faudra des mois, des mois pour que je me rassasie des baisers à vous donner. Il faudra des ans de mois pour épuiser les baisers que je veux poser sur vous, sur vos mains, sur vos cheveux, sur vos yeux, sur votre cou… » (p. 48)

 

Colin et Chloé se marient. Lors de leur voyage de noces, dans un hôtel, Chloé se met à tousser à cause de la neige. Ils reviennent alors chez eux, dans l'appartement de Colin. Les vitres s'assombrissent petit à petit. L'état de santé de Chloé s'aggrave. Le docteur Mangemanche diagnostique finalement un nénuphar dans son poumon droit. Chloé doit s'entourer de fleurs pour effrayer celle qui grandit en elle et ne peut boire que deux cuillerées d'eau par jour.

Colin ne souhaite plus que Nicolas vive avec eux car il a « vieilli de dix ans, depuis huit jours. » (p. 119) Pour payer le traitement de sa femme dans un centre spécialisé, il se met à chercher du travail. Il vend son pianocktail. L'appartement de Nicolas rétrécit. Chloé rentre, elle a été opérée, ils lui ont retiré un nénuphar d'un mètre avec une fleur de vingt centimètres. Mais l'autre poumon ne tarde pas à être atteint. Colin est employé pour faire pousser des canons à la chaleur ; seulement, au bout de quelques temps, les fusils ne poussent plus correctement.

De son côté, Chick est de plus en plus obsédé par Jean-Sol Partre. Pour le sauver, Alise décide d'utiliser l'arrache-cœur contre l'écrivain, dans le café dans lequel il était en train de rédiger son dernier ouvrage, puis elle y met le feu. Elle fait de même avec les libraires qui fournissaient Chick. Ce dernier reçoit la visite du sénéchal, envoyé pour non-paiement de dettes. Il se fait tuer. Malgré les efforts de Nicolas, Alise ne pourra être sauvée du dernier incendie.

Colin trouve un nouvel emploi, dans l'administration. Il annonce aux gens les mauvaises nouvelles, la veille de leur arrivée.

 

« Il chercha sur la liste le nom suivant et vit que c'était le sien. Alors, il jeta sa casquette et il marcha dans la rue et son cœur était de plomb, car il savait que, le lendemain, Chloé serait morte. » (p. 166)

 

Colin ne peut pas payer un enterrement décent à sa femme. « Les porteurs s'arrêtèrent près d'un grand trou ; ils se mirent à balancer le cercueil de Chloé en chantant À la salade, et ils appuyèrent sur le déclic. » (p. 171) La scène finale nous montre Colin en train d'essayer de tuer les nénuphars qui remontent à la surface.


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Michel Gondry

Né en 1963, Michel Gondry est le réalisateur de nombreux clips vidéo, et de courts et longs métrages. Par exemple, il réalise, en 2004, un film avec Jim Carrey et Kate Winslet, Eternal Sunshine of the Spotless Mind. Et en 2006 sort La Science des rêves avec Gael García Bernal, Charlotte Gainsbourg, Alain Chabat et Miou-Miou.

Michel Gondry a déjà reçu de nombreuses récompenses pour son œuvre, telles que le prix du meilleur réalisateur de la Washington D.C. Area Films Critics Association ou l'oscar du meilleur scénario (en 2005) pour Eternal Sunshine of the Spotless Mind.

Pour en savoir plus :  http://www.michelgondry.com/



Quelques éléments d'analyse, d'explication et de comparaison

Pour comprendre l'œuvre de Boris Vian, certaines clefs sont nécessaires. Il faut d'abord comprendre que le monde qu'il crée est parfaitement logique en lui-même. « La mécanique est aussi rigoureuse, aussi implacable que celle d'une tragédie grecque. » (p. 178) C'est pourquoi le lecteur sent une certaine angoisse monter au fil des pages, et le spectateur au fil des scènes. Il ne connaît pas les règles de cet univers, et pourtant il ne peut y échapper, si bien qu'il ne sait à quoi s'attendre. Or, les personnages, eux, n'y voient rien de surprenant : c'est leur monde, et il a toujours fonctionné ainsi. Quoi de plus naturel ?

Ce monde est fondé sur le langage. Chaque mot, chaque phrase, est pris au pied de la lettre. Tout y est sujet à une interprétation inattendue. En effet, « on exécutera une ordonnance au moyen d'une petite guillotine de bureau, un homme planté là prendra racine pour peu que le terrain s'y prête […], on s'excuse de n'avoir pas aiguisé comme il le faudrait une pointe d'ail, on s'indigne à l'idée qu'un garçon utilisera un pourboire pour manger. » (p. 177) Inattendue et pourtant si vraisemblable ! Une imagination agitée dans un cas, des yeux émerveillés dans l'autre, roman et film savent capter l'attention de leur public.

Faut-il voir une métaphore, une critique, une analyse de notre monde dans celui que dépeint Boris Vian ? « Le nénuphar qui ronge les poumons de Chloé peut symboliser deux ou trois maladies que nous connaissons bien, et singulièrement la tuberculose. Mais il s'inscrit, également, dans l'expression logique d'un monde où des fleurs poussent sur les trottoirs.

L'amenuisement de la maison de Colin peut symboliser le rétrécissement d'un univers mental obsédé par la maladie d'un être aimé. […] Mais il ne surprend pas un univers où les escaliers se dérobent, où les cravates refusent de se laisser nouer, où les vitres brisées se cicatrisent toutes seules. » (p. 181) On peut y projeter ce que l'on désire. On peut y comprendre ce que l'on veut ou simplement accepter que les choses y soient telles qu'elles sont. Néanmoins, certains éléments tendent à faire penser à une caricature de notre monde visant à en dénoncer la bêtise. C'est le cas, par exemple, de la présence de Jean-Paul Sartre et de la déformation de son nom ainsi que celle des titres de ses livres : Le Vomi pour La Nausée, La Lettre et le Néon pour L'Être et le Néant…

Les extraits ci-dessus proviennent d'« Un langage-univers » de Jacques Bens, postface à L'Écume des jours, 10 : 18, 1963.



Comment traduire cette écriture pataphysique au cinéma ?

« Il pinça vigoureusement l'extrémité d'un rayon de soleil qui allait atteindre l'œil de Chloé. Cela se rétracta mollement, et se mit à se promener sur des meubles dans la pièce. » (p. 99) C'est exactement ce que fait Colin dans le film. Il attrape le rayon de soleil avant qu'il n'atteigne sa cible initiale.

Les plats de Nicolas bougent : ils se coupent puis se recomposent à leur guise, s'agitent, se débarrassent en tombant de la table…

L'adaptation cinématographique semble presque être une évidence pour l'écriture visuelle de Boris Vian. Au lieu de se créer dans l'esprit du lecteur, les images générées sont directement installées sous les yeux du spectateur. L'Écume des jours avait à ce propos déjà été adapté au cinéma en 1968 par Charles Belmont.

Si le film présenté ici ne respecte pas le roman au mot près, il reflète parfaitement son esprit, ne se permettant que peu d'écarts. Et ces derniers s'inscrivent sans souci dans l'idée de Boris Vian, en respectant les thèmes et la logique.



Avis personnel

Cette œuvre fait passer son lecteur du rire aux larmes. Les images décalées et ensoleillées du début lui semble légères, drôles, originales, risibles. Mais plus l'histoire avance, moins le lecteur ou spectateur est surpris, plus il plonge réellement dans ce monde au comportement étrange et plus il s’angoisse dans cette atmosphère qui devient petit à petit pesante. Triste(s) histoire(s) d'amour, l'œuvre émeut par ses moments d'intense joie, par ses instants de profonde douleur. Au fur et à mesure, le paysage s'assombrit, le monde s'amenuise, se referme, effraie et attriste.

Ce qui semble surprenant au départ devient normal, tant et si bien que personnellement, en sortant de la salle de cinéma, je m'attendais à voir la route bouger sous mes pieds, une souris me montrer le chemin, des animaux ou des véhicules marchant sortir de nulle part. Le livre, lui, m'avait laissé, lors de sa lecture, il y a quelques années, un fort sentiment d'angoisse et une impression de fin sans retour possible. L'ayant relu pour l'occasion, le roman m'a replongé dans un monde qui m'a paru bien plus familier que la première fois. J'avais l'impression de le connaître, ce qui n'empêchait pas cet univers de me surprendre à plusieurs reprises, mes souvenirs faisant défaut et les scènes n'étant pas toutes absolument identiques dans l'adaptation cinématographique. En somme, si je ne recommande pas cette œuvre aux personnes ayant une tendance à la dépression, je le conseille vivement à tous ceux qui voudraient s'évader un peu.


Lola Favreau, 2ème année Édition-Librairie.

 

Boris VIAN sur LITTEXPRESS

 

 

Boris Vian Mademoiselle Bonsoir 1

 

 

 

 

 

Article de Chloé sur Mademoiselle Bonsoir

 

 

 

 

 

 

 

 

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Articles de Pauline et de Tiphaine sur Le Loup-garou

 

 

 

 

 

 

Vian

 

 

 

 

 Article de Lucille sur J'irai cracher sur vos tombes.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Published by Lola - dans EVENEMENTS
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commentaires

marielle issartel 28/05/2013 09:06

Il sera intéressant de comparer cette nouvelle adaptation de L'ÉCUME DES JOURS avec celle de Charles Belmont en 68, avec les très jeunes acteurs Marie-France Pisier, Jacques Perrin et Sami Frey.
(Le DVD sort en octobre.)
Sélection officielle au Festival de Venise 1968.
Prévert en disait : "Belmont a gardé le coeur du roman, ce film est merveilleusement fait. En plus, c'est drôle !"
Renoir : "Ce film a la grâce"
En décembre 2011 Télérama: "Une comédie solaire délicieusement surréaliste. Adapter Vian ? un tabou dont Charles Belmont est joliment venu à bout".
En juin 2012 Michèle Vian dans Le Monde : « C'est très joli. Charles Belmont avait compris quelque chose. Il était fidèle à l'esprit. Et la distribution est éclatante ».
Et le Passeur critique le 24 avril 2013 : "Cette fraîcheur de ton offre au roman original la traduction à l’écran d’une fuite existentielle débordante de vie magnifiée par une bande son jazzy d’une
élégance rare et d’un montage à son unisson. Élégant le film l’est tout du long dans un dégradé de nuances."
On peut voir photos, extraits et avis critiques sur le blog : L'oeuvre du cinéaste Charles Belmont charlesbelmont.blogspot.fr

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