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6 janvier 2010 3 06 /01 /janvier /2010 19:00
Lars-Noren-Sang.gif










Lars NORÉN
Sang

Titre original : Blod
Traduit par René Zahnd
L’Arche, 1998
















Lars.Noren
 
À la lecture du titre, on peut s’attendre à une histoire macabre, sombre, empreinte de violence excessive et de rebondissements inattendus. Sang est bel et bien une fiction noire, étrange, et quelque peu dérangeante. L’œuvre est une réécriture du mythe d’Œdipe qui prend ici une forme particulière : celle d’un mélodrame moderne.

La pièce met en scène trois personnages principaux : Luca, Eric et Rosa. Luca est un jeune homme qui a perdu ses parents quand il était jeune. Il vit une aventure amoureuse avec Eric, le mari de Rosa. Le lecteur comprend assez vite qu’Eric et Rosa sont en fait les parents du jeune homme, mais il est le seul à détenir la vérité. Comme dans le mythe originel, la découverte de ce lien familial marquera la fin de la pièce et entraînera la perte des protagonistes…

Un des thèmes dominants de l’œuvre est le problème de l’incommunicabilité entre les êtres. Le dialogue direct, franc, est peu fréquent. Il est généralement marqué par des tabous, les personnages ne parviennent pas à s’exprimer clairement. L’auteur utilise d’ailleurs de nombreux points de suspension dans les répliques, qui pourraient être transcrits à l’oral par des pauses, des hésitations. Au sein des répliques, les didascalies précisent d’ailleurs de manière récurrente : « un temps ». C’est en fait la communication elle-même qui causera la perte des personnages.

L’œuvre met également en jeu des thèmes modernes, comme l’homosexualité ou la séropositivité, mais c’est sans doute celui de la place et du rôle des médias qui est le plus développé.

Une journaliste appelée Madeleine H. fera son apparition à l’ouverture et à la fin de la pièce.  L’œuvre s’ouvre en effet sur une interview lors d’une émission télévisée entre cette femme et Rosa, elle-même journaliste, à l’occasion de la sortie du roman autobiographique de celle-ci. A la fin de l’œuvre, c’est Luca qui sera interviewé par Madeleine H. La vie des personnages semble donc encadrée par les médias qui sont d’ailleurs marqués par un certain caractère intrusif. Il est précisé que l’émission télévisée, qui s’appelle Imago (étymologiquement, « copie, image, ressemblance »), est une émission culturelle. Or, le portrait qui est fait de la journaliste est plutôt négatif. En effet, elle ne cherche pas vraiment à faire part d’informations culturelles aux téléspectateurs, mais à faire sensation en dévoilant l’aventure personnelle scandaleuse des personnages.

Sang est donc une réécriture du mythe d’Œdipe ancré dans la tradition littéraire. Comme dans Œdipe-roi de Sophocle, les personnages ont un caractère tragique et ne peuvent contrer leur destin. Rosa avouera par exemple : « Je voulais changer le monde. Je ne voulais pas que le monde me change. C’est pourtant ce qui s’est passé ». Le mythe est cependant renouvelé par la modernité de la pièce elle-même.

Lars Norén est né à Stockholm en 1944. Il publie ses premiers recueils de poèmes en 1963 (Lilas neige, Résidus verbaux d’une splendeur passagère). À vingt ans, il séjourne à l’hôpital psychiatrique pour schizophrénie. Ce n’est qu’en 1973, après avoir écrit deux romans salués par la critique, Les Apiculteurs et Le Ciel souterrain, qu’il débute comme auteur dramatique avec sa pièce Le Lécheur des princes.

Il est aujourd’hui directeur artistique du Riks Drama, le Théâtre national de Suède.



Honorine, AS Bib



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