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24 juillet 2012 2 24 /07 /juillet /2012 07:00

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Laura KASISCHKE
Les Revenants
Traduction
Éric Chédaille
Christian Bourgois, 2011

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Un sensationnel roman psychologique qui se lit d'une traite, un suspens haletant, une atmosphère à la fois poétique et glaçante qui nous hante encore, une fois le livre fermé...



Laura Kasischke

Laura Kasischke est née en 1961 dans le Midwest où elle vit encore aujourd'hui. Elle enseigne la poésie et l'écriture à l'université du Michigan (Ann Arbor). Elle est parfois comparée à Joyce Carol Oates pour sa propension à imaginer des histoires pleines de violence et de menace, mais son style est très différent. Ses romans sont aujourd'hui traduits dans le monde entier. Parmi les meilleurs : À moi pour toujours, A Suspicious River, La vie devant ses yeux (adaptée au cinéma par Vadim Perelman), Rêves de garçons, Un oiseau blanc dans le blizzard.

Les Revenants, le petit dernier, obtient un énorme succès dès sa sortie en 2011 et pour beaucoup de lecteurs il est le meilleur de ses huit romans.

Laura Kasischke a ce merveilleux talent de créer des personnages avec une vie en apparence banale, ordinaire et de les dévoiler au fur et à mesure des pages, de nous montrer leur côté le plus sombre et de leur faire vivre des choses extraordinaires qui au bout du compte nous paraissent plus réelles que la réalité.

Dans Les Revenants, l'auteure aborde ses thèmes de prédilection : l'université (sous l'angle des bizutages, cette fois-ci), la famille, le travail, la noirceur de la vie, les relations humaines, tout en traitant de manière brillante le deuil et la perte d'un proche.



Les Revenants : Un thriller prenant

Un début in medias res

Le roman débute par une scène qui ne cessera de hanter tous les personnages, et nous, lecteur : un accident de voiture fatal où la jeune étudiante Nicole laisse la vie. Craig, le conducteur et petit ami de Nicole, est toujours en vie, mais dans sa mémoire flotte le néant. Comment s'est produit cet accident ? Personne ne le sait, pas même le seul témoin nommée Shelly.

« Le garçon était maintenant allongé à côté de la fille, un bras passé autour de sa taille, la tête reposant sur la blonde chevelure, et le clair de lune les avait changés en statues.

Deux marbres. Parfaits. Lavés par la pluie. Classiques.

Shelly resta quelques instants à les contempler, ainsi étendus à ses pieds. Elle avait le sentiment d'être tombée par hasard sur quelque chose de très secret, sur elle ne savait quel symbole onirique, un arcane du subconscient subitement révélé, quelque rite sacré nullement destiné à des yeux humains, mais auquel elle eût été mystérieusement conviée. »



Un suspens haletant

Au Godwin Honors College, une université du Midwest, les étudiants font leur rentrée. Parmi eux, Nicole et Perry, venus d’un petit lycée rural de Bad Axe, ont été admises grâce à leur réussite scolaire tendis que Craig Clements-Rabbitt, rejeton d’un écrivain à succès, a bénéficié des relations de ce dernier. Nicole est une élève brillante et aimée de tous, Craig tombe très vite amoureux d’elle. Hélas pour lui, c’est une oie blanche (pas de sexe avant le mariage) et surtout, elle est obsédée par son entrée chez les Omega-Theta-Tau, une prestigieuse sororité, à quoi elle sacrifie tout. Craig s'impatiente, s’énerve, et triste hasard, il est victime d’un accident de voiture, fatal pour sa chère et tendre qui se trouvait avec lui.

Mais le doute plane ; était-ce vraiment un accident ? Ou Craig aurait-il intentionnellement tué sa petite amie ? Il est très vite accusé et renvoyé de l'université. Mais pourquoi aurait-il tué une jeune femme qui n'avait rien à se reprocher ?. Peu à peu le masque des personnages tombe pour révéler ce qu'ils sont réellement. Nicole, en apparence une sainte-nitouche, serait en fait une jeune effrontée qui aurait menti depuis des mois à Craig. La jalousie pourrait alors être le mobile idéal de ce crime, si certains n'avaient pas certifié avoir fréquenté Nicole bien après sa prétendue mort... L'inimaginable question se pose : aurait-elle ressuscité d'entre les morts ?

S'ajoute à tout cela une atmosphère lugubre qui règne sur le campus et nous invite encore plus à croire à ces revenants :

« Un aveuglant paysage lunaire. Mira se dit qu'on avait désormais là un parfait campus pour revenants. Pour les invisibles. Les disparus. (...) La lune donnant au monde l'apparence d'une lune, d'un autre monde, désert et parfait ».

C'est ainsi que Mira, docteur en anthropologie et professeur à l'université, qui voit ses recherches patiner et commence à craindre pour sa titularisation, décide d'enquêter sur Nicole et ses mystérieuses apparitions…



Une construction addictive

L'histoire mêle deux récits : celui de l'année universitaire en cours et le temps d'avant la mort de Nicole. Les regards des différents personnages sur l'accident se succèdent au fil des pages. On vacille entre présent et flash-back, cela pourrait être perturbant mais devient en fait totalement addictif. On est captivé par ces « revenants » qui baignent dans une atmosphère macabre, il est impossible de lâcher avant la dernière page ce brillant ouvrage qui n’en compte pourtant pas moins de 600… qu'on lit sans même s'en apercevoir.



Réflexion sur la place actuelle de la femme.

L'auteur va évoquer maintes fois les relations bonnes ou mauvaises que les personnages entretiennent entre eux, ou avec eux-même. L'amour, qu'il s'agisse d'amitié ou de sentiments amoureux, et la douleur sont très présents dans Les Revenants étant donné que le récit est fondé sur la mort et le deuil. Mais il peut également s'agir d'une mort non physique, comme la mort d'un couple par exemple.

Dans ce polar, Laura Kasischke mène une réflexion sur la place actuelle de la femme dans la société. Elle nous montre que son rôle a muté, qu'elle peut très bien être une virulente femme d'affaires tout en étant mère. Les mœurs ont changé et l'auteur le souligne avec le cas de Mira dont le mari a fait le choix d'être père au foyer en s'occupant de leurs jumeaux de deux ans. Cette situation commence à poser problème à ce mari qui vit confiné chez lui avec ses enfants dont il n'a plus trop envie de s'occuper. Il se met alors à soupçonner sa femme d'aller voir ailleurs. L’auteur renverse ici le schéma traditionnel.



Critique de la société américaine

À travers Les Revenants, l'auteur écorche la façade parfaite de la société américaine. Nous sommes plongés dans un monde à première vue sans failles : celui d'une prestigieuse université où les étudiants semblent sages et brillants, mais ce n'est qu'une illusion. Ils se révèlent avoir tous un côté sombre, même la vie privée des professeurs n'est pas limpide. Nous voulons découvrir les secrets des uns et des autres et cela contribue pour beaucoup à l'addiction qu'on est susceptible d'avoir pour ce roman.



Extrait du prologue

 « La scène de l'accident était exempte de sang et empreinte d'une grande beauté.

Telle fut la première pensée qui vint à l'esprit de Shelly au moment où elle arrêtait sa voiture.

Une grande beauté.

La pleine lune était accrochée dans la ramure humide et nue d'un frêne. L'astre déversait ses rayons sur la fille, dont les cheveux blonds étaient déployés en éventail autour du visage. Elle gisait sur le côté, jambes jointes, genoux fléchis. On eût dit qu'elle avait sauté, peut-être de cet arbre en surplomb ou bien du haut du ciel, pour se poser au sol avec une grâce inconcevable. Sa robe noire était étendue autour d'elle comme une ombre. Le garçon, qui s'était extrait du véhicule accidenté, franchit un fossé rempli d'eau noire pour venir s'agenouiller à côté d'elle. »


Romane, 1ère année édition-librairie  



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