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7 novembre 2010 7 07 /11 /novembre /2010 07:00

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Laurent GAUDÉ

Ouragan

Actes Sud, 2010

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mercredi 18 août, 10h, mon libraire préféré me tend Ouragan, LE nouveau Laurent Gaudé. Toujours le même dilemme avec cet auteur : le commencer dès maintenant et le dévorer en quelques heures ou se forcer à le lire chapitre par chapitre pour prolonger le plaisir ?

Malheureusement je n’ai pas eu le choix car Ouragan n’est pas un livre que l’on maîtrise, il vous emporte telle une bourrasque et vous envoûte de la première à la dernière ligne.

Les personnages y sont attachants bien qu’imparfaits.

Josephine Linc. Steelson, cette négresse centenaire qui a vu ses proches mourir un par un et qui ne souhaite qu’une chose : les rejoindre. Et qui hurle à la face du monde son appartenance au peuple noir et à sa terre parfois hostile qu’est la Louisiane. Une sorte de Rosa Park des années 2000 quand elle prend le bus des quartiers huppés pour provoquer les vieux Blancs et s’asseoir sur le bout de leur manteau, uniquement pour les défier du regard.

Rose et Keanu, deux amants que Katrina va réunir à nouveau. Keanu, traumatisé par son expérience des plateformes pétrolières de pleine mer, et Rose protégeant son enfant comme une louve. Cet enfant, un peu sauvage, silencieux, sera le seul à croiser les différents personnages du roman.

Ce révérend interprétant de façon extrême ce qu’il considère comme la volonté de Dieu.

Un groupe de détenus faisant face à une liberté peut être trop vite retrouvée dans une ville abandonnée.

Le révérend et le groupe de détenus, par leur comportement et leur vision du monde, mettent en avant l’aspect rédempteur de cet ouragan-châtiment divin.

L’ouragan est paradoxalement le personnage le moins présent dans le livre, il est évoqué et l’on découvre ses conséquences au fil du récit. Mais ce n’est en aucun cas un livre catastrophe. Il est plutôt vu comme un viol du fond des mers et une vengeance des éléments.

Katrina bouleverse la vie des personnages, les rapproche, et leur révèle de nouveaux horizons.

On pourrait trouver de nombreux qualificatifs pour décrire ce roman : bouleversant, prenant, émouvant, simplement beau et humain.

Je n’aurai qu’un seul conseil à vous donner : lisez ce roman, il vous laissera forcément un petit quelque chose….

Voici un avant-goût de cette ode à l’humanité :

« Lorsque je rentre à l’église, Cindy me dit que le shérif a cherché à me joindre. Je pense d’abord que c’est lié à ce qui s’est passé en prison mais ce n’est pas le cas, le shérif a une voix nerveuse, il parle comme un homme qui a devant lui une foule de choses à faire et sait d’ores et déjà que tout ne tiendra pas en une seule journée. « Comment ?… Vous n’avez pas écouté les infos ? … » J’ai beau lui expliquer que j’étais à la prison, il ne semble pas entendre, il répète avec la même voix « Ils ne parlent que de cela depuis huit heures ce matin, il faut que je passe vous voir, je vais avoir besoin de votre église, révérend », et puis il raccroche. J’allume la télévision et je comprends de quoi il s’agit, nous l’allumons aussi, chacun dans notre cellule, après que les gardiens ont crié, nous l’allumons, assis à nouveau au fond de nos couchettes, les yeux rivés sur le poste car il n’y a que cela pour voir le monde et la même nouvelle court d’une cellule à l’autre, je l’ai entendue, moi aussi, Josephine Linc. Steelson, au retour de ma promenade en bus et cela ne m’a pas surprise car je l’avais sentie avant eux et maintenant ils en parlent tous, comme si c’était la première fois que cela arrivait, oui nous en parlons, d’une cellule à l’autre, comme tout le monde en ville, jusque dans la chambre du motel où la femme de service a laissé le poste allumé, la même nouvelle portée par la voix de différents journalistes, différents experts, celle des hommes politiques, celles des forces de l’ordre, mais tous annonçant l’arrivée d’un ouragan, une chienne celle-là, moi j’ai dit, Josephine Linc. Steelson, et je m’y connais, négresse que je suis depuis presque cent ans, j’en ai vu passer plusieurs, toutes avec des noms de filles, des noms de traînées, oui, je les reconnais à l’odeur, à ce qu’elles charrient, je sens leur force et je peux vous dire que celle-là sera une affamée, une vicieuse, une méchante, nous regardons le poste et nous envions presque ceux qui redoutent sa venue car pour nous ça ne changera rien, nous resterons au fond de notre prison et cela ne nous concerne pas, le monde des vivants va s’agiter, se calfeutrer, le monde des vivants va vivre au rythme de son approche, mais nous, nous ne sentirons même pas la fraîcheur de son souffle et beaucoup d’entre nous le regrettent, à cet instant, être dehors et voir la colère du ciel, les murs qui volent et les arbres qui plient, nous aimerions, mais nous resterons là, au fond d’une pièce de deux mètres sur deux et l’air, à l’intérieur, ne remuera même pas, je dois me tenir prêt, je comprends la demande du shérif, il veut réquisitionner l’église, il pourra compter sur moi, je ne vais pas fuir cette fois, une nef pour mes paroissiens, c’est magnifique, la communauté pourra compter sur cet abri car les murs de la maison de Dieu sont inébranlables, oui, je me tiens prêt, tandis que la nouvelle se propage dans toute la ville, dans les radios des taxis, sur les lèvres des passants, dans les bureaux, les commerces, les écoles, un ouragan approche et dans la chambre du motel, à Houston, il ne parvient pas à quitter le poste des yeux, quelque chose est en train de naître en lui, il entend parler de cette tempête qui va s’abattre sur la Nouvelle-Orléans, à quatre cents kilomètres de l’endroit où il est, il entend les mêmes mots répétés à l’infini et une certitude naît en lui, il se répète le nom d’une femme Rose Peckerbye, Rose Peckerbye, une femme qui est en train de marcher le plus lentement possible à quatre cents kilomètres de là, parce qu’elle ne veut pas rentrer chez elle, parce qu’elle n’en a pas la force, et il sent qu’il a pris une décision, la première depuis quatre jours, non, peut-être plus, la première depuis des mois, une décision qui éloigne enfin la plate-forme, alors il se lève, coupe le téléviseur, enfile son manteau et sort de la chambre. »

Pauline Pinturault, Année Spéciale Édition-Librairie

 

 

Laurent GAUDÉ sur LITTEXPRESS

 

Gaude La mort du roi Tsongor

 

 

 

 

Article de Nadège sur La Mort du roi Tsongor

 

 

 

 

 

 


 

Laurent Gaude Le Soleil des Scorta

 

 

 

 Article d'Anne-Sophie sur Le Soleil des Scorta

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Article de Sébastien sur La Porte des enfers.

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commentaires

Nico 18/11/2010 12:16


J'ai pour ma part été déçu par ce roman que j'ai trouvé inabouti: trop court dans la mesure où on trouve cinq ou six personnages, pas assez ancré sur l'ouragan lui-même qui se limite à une toile de
fond, et certaines situations me semblent peu crédibles, comme cet homme qui revient après six ans d'absence revoir son ex femme, et brave l'ouragan. Un roman décevant de mon point de vue.


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