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28 juillet 2012 6 28 /07 /juillet /2012 07:00

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Laurent MAUVIGNIER
Des hommes
Minuit, 2009
collection Double, 2011

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« C’est pas comme un bijou mais ça se porte aussi, un secret. »

Le secret relaté dans le livre de Laurent Mauvignier est celui de souvenirs accumulés par des hommes durant la guerre d’Algérie.  Bien sûr, des livres et des films ont déjà évoqué ces événements. Néanmoins, il ne s’agit pas d’un roman sur la guerre d’Algérie. En effet, la dimension historique n’est qu’un support. Plus humblement, l’auteur rend palpable des scènes de guerre à travers la notion de mémoire.



L’auteur

Laurent Mauvignier est né à Tours en 1967. Issu d’une famille modeste, il est diplômé de l’école des Beaux Arts en arts plastiques à l’âge de 24 ans.

Dès sa petite enfance, il se passionne pour la littérature à travers la lecture d’Un bon petit diable de la Comtesse de Ségur. Son premier roman, Loin d’eux, paraît en 1999. Il manie des procédés d’écritures audacieux. Notamment dans Apprendre à finir (2000), où prédomine le monologue d’une héroïne souffrante. Dans Des hommes (2009) et Dans la foule, la polyphonie enrichit la narration à travers divers points de vue.

Des hommes est un roman très abouti pour lequel divers prix lui ont été accordés : le prix Millepages 2009, le prix Initiales 2010 ainsi que le prix des Libraires en 2010.



L’œuvre

Passé et présent de deux personnages appelés à la guerre d’Algérie.

Des hommes parmi d’autres : Bernard, Rabut. Deux personnes d’une soixantaine d’années, dont on découvre les habitudes, les modes de pensée et de vie.

Rabut est un homme simple dont on devine les traits à partir de ses dires grâce à sa fonction de narrateur dans la majeure partie du livre. Bernard, quant à lui, est un clochard, qui a pour surnom Feu-de-Bois. Son corps est imprégné de l’odeur de la négligence et de l’alcool. Cependant, le jour de l’anniversaire de sa sœur, Bernard fait preuve d’une attention toute particulière :

« Aujourd’hui on dirait qu’il ne sent pas trop mauvais. […] On l’appellera Feu-de-Bois comme depuis des années, et certains se souviendront qu’il a un vrai prénom sous la crasse et l’odeur de vin, sous la négligence de ses soixante-trois ans. »

Dans sa poche, il cache une broche très coûteuse, qu’il destine à sa sœur. Cette attention suffit à faire réapparaître le passé que beaucoup ont cru pouvoir nier. Nous découvrons l’identité de ces deux hommes, le quotidien banal d’un homme désemparé, jusqu’à éprouver de l’empathie envers Feu de Bois. Toutefois la véritable nature de ces personnes se révèle. Un second acte de violence déclenche un flashback du narrateur. L’auteur déclenche des déflagrations souterraines causées par le drame algérien. Il rend compte d’un sentiment de peur, d’ennui et parfois de folie.

Penser qu’un seul détail peut sauver la vie de tout un convoi. Entrevoir l’utopie d’une communauté. Sentir la difficulté mais la volonté d’être : « Je ne voyais rien, pas un mètre d’avenir devant moi ». Et surtout la notion de mémoire, ce qu’il reste de la guerre après la guerre : « La vérité c'est que le passé, on n'en parle pas, il faut continuer, reprendre, il faut avancer, ne pas remuer. »

« Je me suis dit pour la première fois que j’avais envie de retourner là-bas, peut-être, et que je voudrais savoir s’il y a des fermes avec des cours carrées et presque blanches et s’il y a des enfants qui jouent au ballon pieds nus. Je voudrais voir si l’Algérie existe et si moi aussi je n’ai pas laissé autre chose que ma jeunesse là-bas. Je voudrais voir, je ne sais pas. Je voudrais voir si l’air est aussi bleu que dans mes souvenirs. Si l’on mange encore des kémias. Je voudrais voir quelque chose qui n’existe pas et qu’on laisse vivre en soi, comme un rêve, un monde qui résonne et palpite, je voudrais, je ne sais pas, je n’ai jamais su, ce que je voulais, là, dans la voiture, seulement ne plus entendre le bruit des canons ni les cris, ne plus savoir l’odeur d’un corps calciné ni l’odeur de la mort – je voudrais savoir si l’on peut commencer à vivre quand on sait que c’est trop tard » (p. 281).

Et surtout le regard des autres :

« Ce n’est quand même pas Verdun, votre affaire. Et les questions de plus en plus cons auxquelles personne n’a jamais voulu répondre, des questions sur la météo, sur l’agriculture, sur les femmes. Elles sont comment les femmes, sous les voiles ? C’est vrai qu’elles se rasent la chatte les musulmanes ? »



Construction du roman

La critique considère ce livre comme l'une des rares « prises en charge » narratives de la guerre d'Algérie. Il est vrai qu’on ne peut pas exactement parler de réalisme, ou de description historique. Plus humblement, l’auteur traduit des événements à travers des sentiments intimes et beaucoup de non-dit.

Il me semble que ce livre porte sur la notion de mémoire plutôt que sur la guerre d’Algérie.

Il est possible de qualifier ce roman de tragédie construite en quatre actes : « après-midi », « soir », « nuit » et « matin ». Un récit de 24 heures où le temps est cependant dilaté par de multiples voyages dans des souvenirs ou, plus justement, des réminiscences.

Ce n’est pas parce qu’on va dire le mot douleur, qu’on va partager ce qu’a été cette douleur ; une écriture de la sensation et de la perception.

L’écriture de Laurent Mauvignier est riche, pensée et ponctuée de remarquables métaphores. Elle tente de circonscrire le réel mais se heurte à l’indicible et à la fragilité des mots. C’est pourquoi, le récit adopte les points de vue des personnages pour saisir la réalité. La première partie est narrée par Rabut, qui apporte un regard non omniscient. Pour ma part, sa haine envers Bernard m’a beaucoup marquée. C’est à travers ses réminiscences que nous sommes transportés au front. Dans la seconde partie, plusieurs paroles s’emboîtent et la troisième personne du singulier apparaît. La parole n’est plus unique, toutefois le récit demeure subjectif. Plusieurs voix s’articulent l’une par rapport à l’autre, ce qui permet de découvrir la guerre à travers une intimité.



À mon sens….

J’avais de Laurent Mauvignier l’image d’un auteur de roman triste. À l’annonce du sujet traité par ce livre, à savoir la guerre d’Algérie, j’étais plutôt réticente. Toutefois, à ma grande surprise, je me suis laissé convaincre par cet ouvrage.

Le sujet est sous-jacent et apparaît naturellement dans la narration. L’auteur apporte un regard tout à fait intéressant sur la notion de la mémoire. Je me suis approchée de Bernard et ai goûté toute son amertume. Je me suis laissé emporter par cette belle écriture vers des actes atroces mais aussi des actes humains.

D’autre part, j’ai découvert un auteur qui a un vrai discours sur la nature du roman et ce que serait son utopie.


Roxane, 2e année bib.-méd.


À regarder
http://www.dailymotion.com/swf/video/xq1xm2

 

 

Laurent MAUVIGNIER sur LITTEXPRESS

 

Laurent Mauvignier Ceux d'à côté 

 

 

 

Article de Margaux sur Ceux d'à côté.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Laurent Mauvignier Ce que j appelle oubli

 

 

 

 

 

 

Article de Guillaume sur Ce que j'appelle oubli.

 

 

 

 

 

 

 

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