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29 décembre 2012 6 29 /12 /décembre /2012 07:00

Le 19 octobre 2012,  la librairie BD Fugue Café organisait en partenariat avec  le cinéma Utopia une animation à l’intérêt double pour les clients participants : ces derniers pouvaient rencontrer un auteur au cours d’une séance de dédicace puis voir un film en projection exceptionnelle et en débattre avec cet auteur invité.

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Le concept

La librairie BD Fugue à Bordeaux propose de manière irrégulière des rencontres/dédicaces avec des auteurs. Ces rencontres sont suivies pour ceux qui le souhaitent de la projection au cinéma Utopia (situé dans la même rue que la librairie) d’un film choisi par l’auteur et en présence de ce dernier. Une autre « rencontre » a alors lieu après le film avec l’auteur.

Logo-Utopia.png

L’auteur

Christian Lacroix, dit Lax, est à 63 ans l’auteur de trente-trois albums de BD. Pendant longtemps, ce professeur de bande dessinée à l'École d'Art Graphique Émile-Cohl de Lyon a préféré faire des histoires one-shot et créer de nouveaux personnages pour chaque album. Avec Des maux pour le dire, Lax est pour la première fois en 1987 un auteur complet sur l’album. Il met en scène son frère, handicapé et grand voyageur, pour aborder des thèmes sociaux. Lax continuera par la suite à aborder les sujets du handicap et des relations familiales dans ses œuvres, comme nous pouvons le voir avec L’Écureuil du Vél d’Hiv.


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La bande dessinée : L’Écureuil du Vél d’Hiv

 

En 1940 à Paris. Sam et Eddie sont deux frères. Sam, l’aîné, est un pistard, un coureur cycliste sur piste, l’un des meilleurs de sa génération, particulièrement apprécié du public populaire du vélodrome d’hiver à Paris, le fameux Vel’ d’Hiv’. Eddie, le cadet, souffre d’une hémiplégie inférieure du bras gauche et de la jambe gauche. Entre Sam et Eddie, c’est un amour fraternel, quasi fusionnel. Adulé par sa mère, Eddie est rejeté par son père, le docteur Ancelin. Serge Ancelin, persuadé en ses temps d’occupation qu’Hitler vaut mieux que le Front populaire, soigne le jour ses patients, souvent gratuitement, et passe ses nuits à se perdre dans le jeu avec des officiers allemands. Le 15 juillet 1942, Sam, qui a trouvé porte close, ne sait rien du drame qui se déroule à l’intérieur du Vél d’Hiv’ : c’est plus de 13 000 Juifs, raflés par la police française, qui sont enfermés dans des conditions sanitaires inhumaines. Ce que Sam ignore aussi, c’est que sa mère, accourant au secours d’une amie, est jetée sans ménagement à l’intérieur du vélodrome…     (Présentation de l'éditeur, Futoropolis).

 

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Le film : On achève bien les chevaux

Titre original : They shoot horses, don’t they ?
Réalisateur : Sidney Pollack
Acteurs principaux :
Jane Fonda : Gloria Beatty
Michael Sarrazin : Robert
Susannah York : Alice
Gig Young : Rocky, l’animateur
Red Buttons : le marin (Sailor en VO)


Synopsis

En pleine dépression économique, les primes des marathons de danse attirent jeunes et vieux accablés par la misère. Robert et sa partenaire Gloria dansent à en perdre la raison. Ils tiendront coûte que coûte. À moins que la mort ne les sépare...



L’organisation

Pour le libraire

Olivier VanDermotte, gérant de la librairie BD Fugue à Bordeaux est à l’origine du projet. C’est la troisième année qu’il propose cette animation dédicace et cinéma en partenariat avec l’Utopia. Cette association est informelle. Il n’y a aucun contrat signé : le libraire et le gérant du cinéma font au cas par cas en fonction des auteurs invités, des propositions de films et bien sûr des possibilités. Pour Olivier VanDermotte, ce système est avantageux pour tous : la librairie et le cinéma ont des prescriptions dans la presse et à la radio dans toutes les rubriques « sorties » (au niveau local bien entendu) et cela fait parler de l’auteur. Outre le démarchage de nouveaux clients, monsieur VanDermotte nous confiera y voir aussi une façon de fidéliser sa propre clientèle. La librairie se montre en effet vivante et bénéficie de l’image de marque de l’Utopia.

Pour le choix de l’auteur, le gérant alterne auteurs bordelais et auteurs non-bordelais. Dans le cas présent, pour faire venir Lax de Lyon, la librairie BD Fugue a négocié avec l’éditeur et prend en charge l’hôtel et le transport.

De son côté, le cinéma Utopia a fait imprimer son programme en précisant que le film On achève bien les chevaux est diffusé dans le cadre d’une soirée spéciale, organisée avec BD Fugue à l’occasion de la sortie de l’Écureuil du Vél d’Hiv de Christian Lax. Il est précisé qu’il s’agit d’une projection unique d’un film choisi par l’auteur et qu’une rencontre aura lieu avec lui lors de cette soirée. La séance est au prix habituel, 6€, et il n’y a aucune obligation d’achat de la bande dessinée ou de devoir rester pour la rencontre.


Pour l’artiste invité

Quand Christian « Lax » Lacroix a appris qu’il devait choisir un film, il a hésité. Le film devait être en relation avec sa bande dessinée mais presque toutes les œuvres cinématographiques sur le vélo sont des comédies. Cela ne coïnciderait pas avec les thèmes et l’ambiance de l’Écureuil du Vél d’Hiv. De plus, le choix devait se porter sur un film que l’Utopia pouvait acquérir et qui n’aurait pas à souffrir d’une sortie ou d’une diffusion télévisée trop récente. En effet, on peut estimer que les spectateurs ne vont pas revenir payer pour voir un film qu’ils ont vu gratuitement la semaine passée. Ne pouvant pas prévoir le programme télévisé très en avance, le choix doit donc se porter sur un film qui passe rarement sur le petit écran.

En gardant ces conditions à l’esprit, Lax en est venu à penser au film de Sidney Pollack On achève bien les chevaux. Si de prime abord, le film ne semble avoir aucun lien avec son album, il n’en est rien. Lax explique les similitudes qu’il voit : le film a les mêmes thématiques et le même fonctionnement que sa BD alors qu’il n’a pas été une source d’inspiration lors de son écriture. En effet, on retrouve dans les deux œuvres le thème du dépassement de soi. La situation de crise et la dureté de la vie sont explorées de façons similaires avec d’un côté la grande dépression et de l’autre l’occupation nazie. Lax notera d’ailleurs la présence d’une sirène dans le film, qui marque la fin des pauses et la reprise du concours, qui rappelle celles des temps de guerre. De même, les histoires fonctionnent en huis clos avec la piste de danse pour le film et le vélodrome pour la BD. Lax pousse la comparaison jusqu’à faire remarquer que dans les deux œuvres, les concurrents sont par deux, tournent en rond et sont mal payés. On retrouve aussi dans les deux cas des nantis venus se montrer et se mélanger à un public populaire qui vient se distraire et parier. Au final, On achève bien les chevaux ressemble bien plus à l’Écureuil du Vél d’Hiv qu’il ne l’avait imaginé.



Le déroulement

En amont de la rencontre avec Lax et de la projection du film, la librairie BD Fugue et le cinéma Utopia communiquent autour des événements.

L’unique séance d’On achève bien les chevaux paraît sur la grille de programme de la gazette de l’Utopia. Il s’agit d’un journal gratuit contenant la programmation du cinéma pour un mois mais aussi de fiches détaillées et de critiques des films projetés. La fiche du film choisi par Lax prend les trois-quarts d’une page et l’accent est mis sur le caractère exceptionnel de cette « soirée ciné-BD » avec la couverture de l’Écureuil du Vél d’Hiv en illustration. Si l’article précise qu’une rencontre avec Lax aura lieu, on note en revanche qu’il n’est fait nulle part mention de la présence de l’auteur à la librairie partenaire pour une séance de dédicace dans la journée. De son côté, la librairie BD Fugue utilise Facebook pour prévenir ses clients de la journée de dédicace. Grace à l’utilisation du module « événements », la librairie informe tous ses « suiveurs » de la nature et de la date de l’animation qu’elle va faire. Ainsi, plus de 1200 personnes sont invitées à participer à une « dédicace/projection/rencontre avec Christian Lax »  le vendredi 19 septembre à partir de 15h30.

En librairie, la queue nuisait à l’ambiance, alors le gérant a opté pour un système de tickets : un livre acheté donne accès à un ticket et un horaire de passage. Le magasin reste ainsi calme et les clients venus voir Christian Lax peuvent avoir un véritable échange avec lui. L’artiste est installé dans la partie bar du magasin. Ainsi, il n’est pas importuné par les clients « lambda » venus uniquement acheter un livre mais il n’en est pas pour autant coupé de la vie du lieu. Le système de ticket, et donc d’horaire, lui permet de prendre son temps et de faire une dédicace pour laquelle il s’applique. Cela serait sans doute moins le cas si dix personnes attendaient leur tour. Le système mis en place a pour défaut de diminuer le nombre de clients venus faire une dédicace puisque l’achat est obligatoire, mais il a pour effet de permettre une véritable rencontre avec l’auteur. Lors de cette après-midi de dédicace, ce ne sont donc qu’une douzaine de personnes qui seront venues voir Christian Lax, mais ceux-ci auront eu une rencontre de qualité et les autres clients de la librairie n’auront pas été gênés par une foule venue uniquement voir l’auteur.

La séance du film commence à 20h30 dans l’une des petites salles de l’Utopia. Le gérant du cinéma vient faire la présentation du film et de Christian Lax, en précisant qu’une rencontre avec lui aura lieu après la séance. En tout, ce sont une trentaine de personnes qui regardent le film de Sidney Pollack en présence de Christian Lax et Olivier VanDermotte. Le film terminé, la salle se vide de moitié. Le gérant commence à interviewer Lax puis, une fois les présentations faites, entreprend de faire participer le public. Le problème est qu’après deux heures d’un film oppressant qui se termine mal, le public n’est pas des plus festifs. Entre la fatigue due au fait que le film était en anglais et sous-titré en français et l’ignorance du public sur l’œuvre de Lax, il ne manquait que le « coup de blues » donné par le film pour que les questions se fassent rares. Devant le peu de participation, Lax s’excusera d’avoir choisi ce film si peu joyeux et expliquera, comme il l’avait fait pour nous, les raisons de son choix. Une discussion naîtra alors entre Lax et deux personnes du public sur l’occupation et la déportation. Le sujet étant lui aussi plutôt lourd, surtout après la projection d’un film pessimiste, il n’entraînera pas le public dans un débat passionné. En tout, cette rencontre avec Lax n’aura duré que quinze minutes et il n’aura que peu parlé de l’Écureuil du Vél d’Hiv. Quelques amateurs viendront néanmoins le voir après cette rencontre pour discuter avec lui.



Conclusion

Comme toute animation en librairie, cette formule « dédicace et cinéma » présente des avantages et des inconvénients. Pour la première partie qui se déroule en librairie, le choix de faire des dédicaces payantes (puisque celle-ci ne peut se faire qu’à condition d’acheter un album) fait ses preuves. La librairie ne connaît pas d’embouteillage de fans venus uniquement voir l’artiste, et les possesseurs d’un ticket de dédicace ont tout le loisir de profiter de leur rencontre grâce aux horaires de passage. De même, les séances de dédicaces ne tournent pas au travail à la chaîne pour les artistes et l’on peut supposer que cela les incitera à revenir si une nouvelle animation de ce genre leur est proposée.

En revanche, c’est la partie cinéma qui montre ses faiblesses. On remarque l’importance du choix du film. Un film trop sombre fera peser une lourde ambiance et freinera les gens à participer à un débat. De plus le public présent dans la salle n’est pas acquis d’emblée : parmi les personnes présentes, un certain nombre sont venues pour le film et ne connaissent pas l’artiste invité.  On se retrouve alors dans une position inconfortable où l’on vient de voir un film mais où l’on doit parler d’une autre œuvre. Un travail de préparation serait donc nécessaire en amont pour dynamiser cet aspect.


Jérôme, AS éd-lib.

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Published by Jérôme - dans EVENEMENTS
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