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13 août 2010 5 13 /08 /août /2010 07:15

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Dans notre société occidentale fondée sur la culture du livre, on a tendance à ne considérer comme littérature que ce qui est écrit, en oubliant que de nombreuses formes narratives se sont épanouies aux quatre coins du globe uniquement de façon orale. Parmi elles : le conte.

 

 

L’Afrique est une terre traditionnelle d’oralité. Jean Cauvin, spécialiste du conte africain, définit la société orale comme un « groupe humain qui, même s’il connaît l’écriture, fonde la plus grande partie de ses échanges de messages sur la parole ». « Une société orale a lié son être profond, sa mémoire, son savoir, ses conduites contes-burkina-faso.jpgvalorisées, son histoire, sa spécificité à la forme orale de communication. C’est-à-dire qu’il n’y a pas seulement un échange de messages dans l’instant actuel, mais il y a aussi un échange entre le passé et le présent avec ce qui fait que telle société dure à travers le temps parmi d’autres sociétés ». L’oralité n’est donc pas due à un manque mais à un choix délibéré.


Cela implique un statut particulier de la parole, soumise à des lois très strictes (tabous, mots interdits, interdiction de parler à l’autre sexe…). On fait donc une distinction entre la parole ordinaire, quotidienne et la parole sacrée utilisée notamment lors des cérémonies religieuses. Cette parole sacrée, extrêmement codifiée, n’est généralement connue que des initiés, seuls aptes à contrôler sa dimension magique.

Qui dit statut particulier de la parole, dit place à part de la littérature. Comme elle est racontée, il est nécessaire que l’émetteur et les récepteurs soient réunis. Sans auditoire, le récit n’est pas entendu et donc n’existe pas. L’interaction entre les deux parties est très importante car selon les circonstances, elle peut transformer le récit. Ainsi de nombreuses formules permettent de tester la réactivité du public.


En réalité, la littérature orale se fonde sur un support non physique, la mémoire humaine. Les orateurs font preuve d’une mémoire considérable afin d’emmagasiner les différentes œuvres du patrimoine. Il faut donc que ces formes littéraires gardent un cadre rigide, une structure définie qui est connue de tous. Ce qui fait le talent de contes-pays-malinke.gifl’orateur est donc se propension à ajouter sa patte personnelle à l’intérieur de ce cadre, à le transcender. Afin de faciliter le processus de mémorisation, la littérature orale est très rythmée, dans la structure même de la langue, et souvent accompagnée de chants et de musique.

A la différence des légendes et des mythes, autres genres phares de la littérature orale traditionnelle africaine, le conte s’affirme naturellement comme fictif même s’il intègre divers éléments de la vie quotidienne. Il se situe dans un passé extrêmement lointain, voire hors du temps. Il peut être conté dans la langue sacrée. Il utilise également le langage du corps et du geste.


Afin d’affirmer ce caractère fictif, le conte est encadré par une formule d’introduction et une de conclusion, ce qui fait entrer l’auditoire directement dans son univers imaginaire et extrêmement symbolique. Ces formules sont le plus souvent de nature traditionnelle et immuable. Après cette entrée en matière vient le conte en lui même, structuré d’une façon prédéfinie : présentation du contexte, apparition d’un élément perturbateur de l’ordre de la société (très souvent, en Afrique, il s’agit d’une quête que le héros doit accomplir), diverses péripéties accomplies par le héros pour réparer cette perturbation afin que tout rentre dans l’ordre, le tout entrecoupé de parties chantées. Enfin, et avant de sortir du conte, la morale peut être clairement annoncée mais aussi rester implicite. Au niveau structurel, le conte africain n’est donc pas très différent du conte européen.

Le conte est le miroir de la société dans laquelle il est énoncé : il reflète les mentalités, les codes et rapports sociaux établis. Il révèle l’image qu’une société a d’elle même.

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Le conte africain assume pleinement sa dimension pédagogique qui n’est absolument pas réservée aux plus jeunes, sauf dans le cadre des contes d’initiation, mais ouverte à tous, proposant des solutions à différents problèmes qui sont fréquemment rencontrés, une leçon de morale.


contes-du-congo.jpgCe contenu social et pédagogique n’est pas toujours exprimé directement mais distancié par l’utilisation de symboles. Le conte n’est donc, nous l’avons vu, pas situé dans un cadre spatio-temporel précis, tout comme la plupart des personnages ne sont pas clairement identifiés mais correspondent aux rôles qu’ils vont jouer dans le conte. Comme le conte se situe dans un univers magique, ces derniers peuvent prendre diverses formes : humaines mais aussi animales, végétales voire surnaturelles. Les humains sont le souvent identifiés par la place qu’ils occupent dans la société : le Roi, l’Homme, la Femme, la Belle Mère, l’Enfant, etc., ainsi que par leur statut symbolique : bon, mauvais, rusé, sot… Selon leur statut, les êtres surnaturels vont pouvoir aider ou au contraire retarder le héros dans ses aventures. Le rôle des animaux est assez particulier. Pour des yeux européens, ils ressemblent aux animaux des fables : doués de parole avec un trait de caractère très marqué. Mais au contraire de celles-ci, ils évoluent dans le monde des humains, avec qui ils peuvent même avoir des liens de parenté. En Afrique de l’Ouest, on retrouve le plus souvent l'Hyène, brutale et malhonnête, qui échoue toujours, le Lièvre, rusé mais rarement honnête qui réussit face à la bêtise de l'Hyène, l’Araignée…

Une des particularité du conte en Afrique, et de l’ensemble de sa littérature, réside dans le fait que n’importe qui ne peut jouer à l’orateur. TContes-des-sages-dAfrique.jpgraditionnellement, ce rôle est réservé aux anciens et aux sages, qui maîtrisent la  pa role sacrée. Les griots forment une caste spécifique et sont très respectés, ils sont les détenteurs de l’histoire, de la  généalogie et des épopées de leur peuple. Ce sont des professionnels de l’oralité et de la mémoire qui peuvent adapter leurs récits aux différents publics.


Le conte est quant à lui plus démocratique. En effet certains contes sont réservé à certaines parties de la population : il existe des contes pour les hommes et des contes pour femmes, que seuls les intéressés sont autorisés à conter et à écouter. Dans certaines ethnies, n’importe qui peut intervenir pour conter lors des veillées, à condition de respecter certaines règles : ordre de passage selon une hiérarchie et une parfaite maîtrise de son texte sous peine de s’attirer les foudre de l’auditoire. Le déclin des sociétés traditionnelles permet aujourd’hui à tous de conter.


Plus encore que sa place dans la société, ce qui fait qu’un conteur conte et est demandé par le public, c’est son talent. Le conteur n’est pas qu’un diseur, il est à la limite du jeu de comédien, de musicien, de chanteur. A partir du même cadre défini, il improvise chaque fois une version différente, s’adaptant ainsi au public et à ses attentes. Un véritable conteur est donc un artiste à part entière dans cet art de conter oralement, qui reste très présent en Afrique, mais aussi dans la diaspora africaine.

amadou_koumba.jpgQuelques auteurs ont repris des contes traditionnels africain en français, ce qui nous permet de les connaître : Amadou Hampaté Bâ, Bigaro Diop et Bernard Dadié sont parmi les plus connus.


Des maisons d’édition diffusent également des contes africains. Parmi elles : Présence Africaine, la collection Fleuve et Flamme du CLIF (Conseil International de la Langue Française) spécialisée en littérature orale qui édite notamment des contes en bilingue, Karthala spécialisée dans la publication de documents concernant les pays du Sud et donc l’Afrique offre une collection de contes et légendes, La légende des mondes, collection de l’Harmattan, propose des contes issus de la tradition orale du monde entier et principalement d’Afrique pour certains en bilingue, Cyr Editions présente des contes et légendes populaires d’Afrique illustrés et pour tous les âges. Maisonneuve et Larose reste une référence dans le monde du conte avec les collections Références et Littératures populaires de toutes les nations.


Des éditeurs plus généralistes publient des recueils de contes africains : L’aube des peuples chez Gallimard, La mémoire des sources et contes des Sages au Seuil, Aux origines du monde chez Flies France…


Sources 

 

http://www.contesafricains.com/
    La mère dévorante : essai sur la morphologie des contes africains, Denise Paulme. Collection Tel, Gallimard, 1976.

Anne-Claire, L.P. Bib.

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Published by Anne-Claire - dans Littératures africaines
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