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14 janvier 2013 1 14 /01 /janvier /2013 13:00

Colloque international, du 13 au 15 décembre 2012.

Ameriber (Amérique latine, Pays ibériques).

Université de Bordeaux 3.

 

 

 

« Sommeil de la raison et réveil des monstres : les Templiers zombies d’Amando de Ossorio. »

Emmanuel Le Vagueresse, agrégé d’espagnol, ancien élève de l’École normale supérieure de Fontenay/Saint Cloud, docteur à l’Université Paris-3, est actuellement Professeur de littérature espagnole moderne et contemporaine et de cinéma espagnol à l’Université Reims Champagne-Ardenne (URCA).

Immédiatement, ce titre évoque la gravure de Goya : « El sueño de la razon produce monstruos ».
 sommeil-image-1.jpg
L’auteur endormi est sur le point de se faire envahir par des créatures monstrueuses. On peut y lire l’évocation de l’artiste rendu oisif par le manque de raison et le pouvoir de sa propre imagination.  « Sueño » signifiant à la fois rêve et sommeil, cela signifie que la raison dort ou qu’elle rêve. « L’imagination abandonnée par la raison engendre des monstres impossibles ; quand elle y est unie, elle est la mère des arts et la source de leurs merveilles » (commentateur anonyme de l’époque).  On peut y lire une déclaration d'adhésion aux idéaux des Lumières.

Ce titre évoque l’importance du motif du sommeil dans les arts et la littérature. Il fait également un lien avec le lieu de cette rencontre car le lieu accueillant la rencontre n’est autre que la dernière demeure de Goya, abritant aujourd’hui l’Institut Cervantès.

 Par ce sujet, Emmanuel Le Vagueresse se propose d’étudier les implications sociopolitiques dans l’œuvre d’Amando de Ossorio et notamment dans sa tétralogie dite « des Templiers » : les films de Templiers-zombies comme métaphore et critique de la société espagnole de la fin du franquisme.

 

Un réalisateur populaire
 La noche del terror ciego 01
Amando de Ossorio est né en 1918 à La Corogne, dans le milieu de la moyenne bourgeoisie. Il est mort en 2001 à Madrid, pratiquement oublié. Il réalisera une vingtaine de films entre 1956 et 1984, essentiellement des films d’horreur fantastiques. C’est entre 1971 et 1976 qu’il a réalisé la majeure partie de ses films : période faste que l’on a appelée le fantaterror ibérique. C’est un mélange de fantastique et de terreur. La Noche del terror ciego qui signifie littéralement « La Nuit de la terreur aveugle » (traduit par « La Révolte des morts-vivants »…) a été réalisé en 1971. Il s’agit du premier opus de quatre épisodes. Cette saga constitue pour les amateurs du cinéma populaire espagnol l’un des rares mythes du fantastique de terreur espagnole. Les films d’horreur espagnols des années 70 appartiennent au genre des séries Z. Ce terme est né à Hollywood dans les années 50, pour désigner les films ayant un budget encore plus réduit que celui des films de série A et série B. Il s’agit de films produits en marge du circuit cinématographique industriel classique.

 

Rôle de la contrainte dans la création, imposée par la censure.

Il s’agit de comprendre la réception favorable de ce film à un moment donné de l’histoire ainsi que d’étudier l’apport d’Ossorio dans le fantastique de terreur de façon plus large.

Sous le régime du général Franco, les subventions étaient réservées au cinéma patrimonial et folklorique. Le régime exerçait une censure a priori, notamment pendant le tournage, ce qui n’empêchait pas une censure àa posteriori. Ainsi le premier film d’Ossorio, La Bandera negra, en 1956, plaidoyer contre la peine de mort fut interdit d’exploitation en salle.

Le cinéma de Ossorio se situe donc dans le courant du fantaterror dont on note une véritable explosion dans les années 70. Selon Jean-Claude Seguin, ce mouvement s’inscrit dans les sous-genres du cinéma espagnol des années 60. Mais il n’y a pas de tradition fantastique en Espagne et le régime conservateur de Franco n’a pas encouragé son développement, apercevant les puissances subversives contenues dans ce genre de film : le régime craignait que ces images peu consensuelles d’une société en décomposition ne donnent des idées de meurtre aux jeunes.

La décennie 70 est la grande décennie du genre et du sous-genre dans le monde entier avec une  prolifération de films de fantaterror, et notamment d’horreur, de terreur avec des monstres et des zombies en tous genres qui en constituent l’élément fantastique. Les figures du fantastique ont été déclinées par les cinéastes espagnols comme Frankenstein ou Dracula. Ces films étaient souvent réalisés en coproduction avec l’étranger (ici avec le Portugal). Ils étaient alors tournés en deux versions, dont la plus violente était réservée à l’exportation. S’ils ne plaisaient pas au régime, ces films rapportaient de l’argent et le système de la double version permettait de sauver les apparences.

Cependant, dès les années 70, la disparition des cinémas de quartier qui projetaient ces films populaires signe le déclin du sous-genre.

 

La Noche del terror ciego

La tétralogie de Ossorio constitue un bel exemple de ce fantaterror qui mêle monstres immémoriaux et terreur pure. Le premier épisode de la saga connut un gros succès dès sa sortie en 1971 : avec lui se posait immédiatement le problème du contenu sociopolitique de cette histoire de morts-vivants, chevaliers martyrs de l’ordre des Templiers, morts les yeux brûlés au Moyen-âge et qui sortent de leur sommeil séculaire pour revenir hanter les vivants de nos jours, sous la forme de squelettes chevauchant leurs montures.

La question de la portée sociopolitique des films d’horreur et fantastiques est admise : en tant de crise, de peur, les monstres et le fantastique ont tendance à proliférer. Le spectateur espagnol des années 70 du général Franco peut voir dans ces films la métaphore visuelle de cette décennie moisie, létale et paniquée, gouvernée par un vampire. D’où la prédominance de la terreur sur le fantastique, comme sorte de catharsis : la violence idéologique et morale du pays se manifestait par l’horreur visuelle. Cependant les censeurs ont demandé que ces films ne donnent pas l’impression de se dérouler dans la calme et accueillante Espagne. C’est pourquoi le film se déroule explicitement au Portugal, bien que le monastère cistercien de El Cercón de Madrid soit l’un des lieux de tournage, comme indiqué dans le générique. La censure était plus indulgente dans les cas de coproductions : des stratagèmes permettaient de gommer le côté espagnol des films, comme angliciser les noms des héros. Dans le cas de La Noche, De Ossorio a insisté sur la coproduction avec le Portugal auprès de la censure bien que le Portugal ne soit que très peu intervenu dans l’élaboration du film.

Après la mort de Franco, De Ossorio a affirmé dans un entretien qu’il y avait bien un côté politique dans sa saga. Selon lui, les Templiers morts-vivants aveugles représentaient  le régime fasciste tandis que les victimes étaient le peuple.

Cependant, dans la dialectique entre l’intention de l’auteur et l’attente du récepteur, compliquée par le jeu de la censure, il n’est pas certain que le spectateur espagnol de ces années-là soit venu chercher un message caché.

 

Influences
 
Le film ne présente pas une terreur qui ne renverrait qu’à elle-même et au cinéma : le film s’inscrit dans une mythologie archi-textuelle des histoires de monstres davantage que du fantastique qu’incarnent ici les zombies.

Le scénario est simple : le film raconte l’histoire, à l’époque contemporaine, d’un trio : un homme (Roger Whelan) et deux femmes (Betty Turner et Virginia White), en proie au réveil de chevaliers templiers dans les ruines d’un château. Virginia sera tuée lors d’une nuit, seule dans les ruines du château après une dispute avec le couple. Roger et Betty tenteront de s’opposer aux zombies. Betty sera la seule rescapée mais dans la scène finale, les Templiers s’attaquent à un train de voyageurs provoquant un véritable carnage.

De Ossorio a affirmé s’être inspiré de La Nuit des morts-vivants (1968) de Romero, film qui devient vite la base de l’horreur concrète et métaphorique des films des années 70.

Cependant Ossorio invente un zombie sec puisé dans l’histoire du Moyen-âge, invention qui apporte un semblant de caution culturelle au film et enracine le film dans des racines et des légendes communes. C’est là la nouveauté du regard d’Ossorio sur le fantastique des monstres de cinéma. Ce modèle de monstre possède son côté ibérique : la légende des Templiers s’inspire de l’ordre religieux pendant la guerre Sainte : cet ordre fut combattu par l’Inquisition en Espagne.

Des rapprochements ont pu être faits avec Gustavo Adolfo Bécquer et ses légendes espagnoles : ce dernier a créé des histoires dans lesquelles se mêlaient légendes séculaires, surnaturel et récit gothique.

 

 « Ses cheveux se hérissèrent d’horreur. Il venait de voir, sous des capuchons relevés, les mâchoires décharnées, les blanches dents, les noires cavités des yeux de têtes de morts, et à moitié couverts de vêtements en lambeaux, les squelettes des moines précipités jadis, du portail de l’église dans le gouffre » (El Miserere).

 

Bien souvent, des ruines désertes et abandonnées sont le théâtre de l’action des légendes de Bécquer. Notamment des ruines d’anciens châteaux ou des édifices religieux, comme dans El Miserere.

Par ces légendes, Bécquer se fait légataire de la culture populaire médiévale : en enracinant ses récits dans les traditions de son pays, il est un héritier de la culture populaire espagnole, démarche reprise par Amando De Ossorio.

 La référence médiévale agit également sur l’œuvre d’Aloysius Bertrand, Gaspard de la Nuit.

 

 

  Un rêve

J'ai rêvé tant et plus, mais je n'y entends note.
                Pantagruel, livre III.

Il était nuit. Ce furent d'abord, – ainsi j'ai vu, ainsi je raconte, – une abbaye aux murailles lézardées par la lune, – une forêt percée de sentiers tortueux, – et le Morimont grouillant de capes et de chapeaux.

Ce furent ensuite, – ainsi j'ai entendu, ainsi je raconte, – le glas funèbre d'une cloche auquel répondaient les sanglots funèbres d'une cellule, – des cris plaintifs et des rires féroces dont frissonnait chaque fleur le long d'une ramée, – et les prières bourdonnantes des pénitents noirs qui accompagnent un criminel au supplice.

     Ce furent enfin, – ainsi s'acheva le rêve, ainsi je raconte, – un moine qui expirait couché dans la cendre des agonisants, – une jeune fille qui se débattait pendue aux branches d'un chêne, – et moi que le bourreau liait échevelé sur les rayons de la roue.

Dom Augustin, le prieur défunt, aura, en habit de cordelier, les honneurs de la chapelle ardente; et Marguerite, que son amant a tuée, sera ensevelie dans sa blanche robe d'innocence, entre quatre cierges de cire.

Mais moi, la barre du bourreau s'était, au premier coup, brisée comme un verre, les torches des pénitents noirs s'étaient éteintes sous des torrents de pluie, la foule s'était écoulée avec les ruisseaux débordés et rapides, – et je poursuivais d'autres songes vers le réveil.

Aloysius Bertrand - Gaspard de la nuit - Livre III – 1842

 

Une des grandes idées d’Ossorio réside dans son rythme « alenti » comme disait Proust, de faire se déplacer les chevaliers au ralenti : ce rythme particulier produit la sidération du cauchemar. Et l’un des aspects les plus subversifs réside dans le choix des Templiers, les « méchants », empreints d’un certain puritanisme religieux.

Le film a marqué son époque et le public : il manifestait une certaine originalité dans le cadre du fantaterror et de ses règles. Compte tenu des contraintes qui ont pesé sur l’œuvre d’Ossorio, soit la censure et le manque de moyens, nous ne pouvons que saluer le travail de cet artisan du cinéma bis. On note aujourd’hui une résurgence du mythe du zombie, dans le cinéma comme dans la littérature. La figure littéraire du zombie dénonce l’asservissement de l’esclave. Dès les années 1920, Lovecraft invente une créature morte-vivante dans Herbert West, réanimateur que l’on retrouvera dans l’œuvre de Romero.

Dans les années 80 et 90, le personnage du vampire représente la peur du Sida. Tout au long du XXème siècle, on assiste à un lent processus d’humanisation du vampire, il va être peu à peu introduit dans la littérature enfantine, au point de s’éloigner de l’image de créature diabolique de ses origines. Tout comme pour les zombies, la littérature vampirique est riche en période de crise.

 

2ème intervention

Le colloque se poursuit par une intervention de Philippe Merlo Morat :

« Entre le sommeil et la mort : le cas particulier de la dormition de la Vierge dans les textes apocryphes et dans quelques tableaux espagnols ».

Philippe Merlo Morat est professeur de littérature espagnole à l’Université Lyon 2.

Il présente ici des travaux de recherche en cours d’élaboration qui s’inscrivent dans le projet ARC et ANR, né des réflexions d’étudiants sur les références à la Bible lors d’enseignements divers : ils ont fait part de leur méconnaissance des textes religieux. Il a donc été décidé le lancement d’un enseignement de culture religieuse par l’université laïque.

Le sommeil est considéré comme la source du rêve et l’antichambre de la mort. Le dieu du sommeil chez les Romains est connu sous le nom d’Hypnos chez les Grecs. Les divinités du sommeil sont présentes dans de nombreux récits mythologiques.

Dans la Bible, on trouve de nombreux rêves dans lesquels l’Éternel apparaît pendant le sommeil à divers personnages.

On utilise le mot dormition (de « dormitio » : sommeil) pour désigner la mort de la Vierge. À l’origine, le terme la koimesis désigne une mort provisoire : celle des saints et des pieux fidèles quand il ne s’agit pas d’une mort violente. On parle de dormition pour la Vierge pour exprimer la croyance selon laquelle elle serait morte dans un état de paix, éloigné des souffrances. Cependant, cette théorie de la dormition n’est toujours pas considérée comme un dogme par les églises orthodoxes car il ne repose sur aucune source scripturaire mais est uniquement dans des récits apocryphes (textes qu’on ne trouve pas dans la Bible) comme le Pseudo-Jean, sur la mort de Marie. Ces textes apocryphes et les nombreuses représentations iconographiques ont eu une influence sur les croyants si bien qu’elle est désormais acquise.

 

La dormition dans les textes apocryphes
 
Cet épisode de la mort et de l’Assomption de la Vierge n’est pas évoqué dans le Nouveau Testament. On en a une évocation dans l’Apocalypse, XII : Ap 12:1-

 


Un signe grandiose apparut au ciel : une Femme ! le soleil l'enveloppe, la lune est sous ses pieds et douze étoiles couronnent sa tête ; Ap 12:2-

 

 

elle est enceinte et crie dans les douleurs et le travail de l'enfantement. Chapitre 12 de l'Apocalypse, Bible de Jérusalem

 

Cette femme ferait référence à Marie, après son Assomption.

Il faut attendre le IIIème et le IVème siècle pour qu’une littérature orale s’approprie la vie de Marie, car dans les Écritures canoniques, on n’a que très peu de choses (5 évocations chez Matthieu, 12 chez Jean). La première trace de la foi en l’Assomption de la Vierge est présente dans les récits apocryphes intitulés « Transitus Mariae », dont l’origine remonte aux IIème et IIIème siècles. Il s’agit de représentations populaires : très vite les chrétiens auraient affirmé que la Vierge Marie aurait connu la mort mais, préservée de tout péché, n’a pas connu la corruption de la mort.

Le récit de la mort et de la résurrection de marie vient d’un évangile apocryphe : Le discours de Saint Jean le Théologien sur la dormition de Marie : sont évoqués le départ du corps de Marie au paradis et le transfert de son corps.

 

Départ de l’âme de Marie au ciel : différence entre le corps et l’âme pendant le sommeil

 

39. Le Seigneur appela sa mère et lui dit : « Marie ! » Elle répondit : « Me voici, Seigneur ! » Et le Seigneur lui dit : « Ne t'afflige pas, mais que ton cœur se réjouisse et soit dans l'allégresse, car tu as obtenu la faveur de contempler la gloire qui me fut donnée par mon Père. » La sainte Mère de Dieu leva les yeux et vit en lui une gloire qu'une bouche humaine ne peut dire ni saisir.

Le Seigneur, restant à côté d'elle, lui dit : « Voici que maintenant ton précieux corps sera transféré au paradis, pendant que ton âme sainte sera aux cieux dans les trésors de mon Père, dans une clarté supérieure, où sont la paix et la joie des anges saints et plus encore. »

 



Transfert du corps de marie au Paradis :

 

48. Après que ce miracle se fut produit, les apôtres portèrent la bière et déposèrent le précieux et saint corps à Gethsémani, dans un tombeau neuf. Et voici qu'un parfum délicat se dégagea du saint tombeau de notre Maîtresse, la Mère de Dieu. Et, pendant trois jours, on entendit des voix d'anges invisibles qui glorifiaient le Christ, notre Dieu, né d'elle. Et, le troisième jour achevé, on n'entendit plus les voix. Dès lors, nous sûmes tous que son corps irréprochable et précieux avait été transféré au paradis.

 


Les trois jours sont symboliques car la résurrection du Christ eu lieu au troisième jour.

On parle du corps et non du cadavre. Les apôtres auraient été présents auprès de Marie lors de sa mort et auraient ainsi pu témoigner de sa résurrection. Tout s’inverse : lors de la naissance du Crist, Marie portait son fils dans ses bras et ici, elle naît au ciel dans les bras de son fils. Elle serait la première à ressusciter dans son corps, trois jours après sa mort, comme pour le Christ, selon les apocryphes.

Saint Modeste de Jerusalem et l’Assomption (VIIème siècle) : dans son homélie, considérée comme la plus ancienne affirmant l’Assomption de Marie, Modeste affirme que le corps virginal de Marie n’a pas connu la corruption :

 

 «  [Jésus] après l'avoir appelée auprès de lui, l'a revêtue de l'incorruptibilité de son propre corps et l'a glorifiée d'une gloire incomparable ; en lui donnant son hérédité, parce qu'elle est sa très sainte Mère, selon ce que chante le psalmiste : « La reine se tient à ta droite, magnifique dans un vêtement où brille l'or et diverses couleurs » (Ps 44, 10). (Homélie sur la dormition, n°5)


La dormition en images : traditions chrétiennes d'orient et d'Occident

sommeil-image-2.jpgLa mort de la Vierge, Le Caravage, 1606. Musée du Louvre

 


La Vierge y est entourée des apôtres : les onze hommes sont âgés sauf Jean (qui évoque l’Assomption dans son Apocalypse), imberbe, le plus proche de la Vierge. Marie-Madeleine est au premier plan. Saint Pierre est représenté en habits de prêtre car il est considéré comme le premier Pape. L’expression et la position des protagonistes évoquent l’affliction, la douleur. La Vierge est allongée, les yeux fermés illustrant un sommeil profond. Elle est en sainteté car son auréole est représentée. Il lui faut être plongée en dormition pour que le Christ vienne « en mandorle » (symbole d’une autre dimension : la mandorle évoque la sphère céleste et est utilisée pour exprimer un passage). Selon les textes apocryphes, la dormition de la Vierge s’est produite alors qu’elle avait entre 60 et 72 ans. Ici, Le Caravage la représente avec des traits jeunes car elle n’a pas été touchée par le péché et n’aurait pas eu de maladies.

 

sommeil-image-3.jpg             La Mort de Marie, Duccio, Sienne, musée de l’œuvre du Dôme


Le Christ est ici représenté au centre, accueillant l’âme de Marie qui vient de mourir. Les apôtres sont également représentés, dirigés par Jean. Apparaît ici le thème du dédoublement.

 

Le sommeil : source de dédoublement

La question de l’âme pose le problème de son illustration, de sa représentation. En effet, le Christ vient chercher l’âme de la Vierge : dans le tableau du Duccio, ce dernier est représenté portant une miniature de la Vierge. Le sommeil enfante un être plus petit : l’âme. Le corps laisse place au divin.

 

sommeil-image-4.gif    ·         La Dormition de Kosatky

 

 

 

Le sommeil prépare à l’au-delà : naître en mourant

Le sommeil permet le passage à une autre dimension

 

sommeil-image-5.jpgLa mort de la Vierge      , Andrea Mantegna

 

Mantegna représente une vierge âgée. On a ici la création d’une autre dimension par la création du tableau dans le tableau. Avec les lignes de fuite, la perspective converge vers l’extérieur créant une idée de passage, de transition. C’est une représentation de Venise que nous offre la perspective, Venise, le passage entre l’Orient et l’Occident. Le sommeil est propice aux déplacements : le transit ou le transfert.

 

La mandorle : le sommeil au cœur de la séparation de l’âme et du corps

 

sommeil-image-6.jpg

        La dormition de la Vierge, Andreas Ritzos, 1480.

 


La mandorle désigne une figure en forme d’ovale dans laquelle les personnages sacrés s’inscrivent. Dans les représentations de la nativité, la mandorle est le lit. Dans les dormitions, comme ici, c’est l’âme qui est représentée dans la mandorle, que vient recueillir le Christ. Elle exprime une autre dimension.

 

Après le sommeil, premiers pas vers l’assomption
  sommeil-image-7.jpg          La mort de la Vierge, Bartolomeo Bermejo.

 

   
La représentation de l’encensoir évoque les sens, les facultés soporifiques de certaines plantes provoquant l’état de sommeil. La séparation  du corps et de l’âme est simultanée.

 

Conclusion

Le sommeil à l’origine de la gloire et du pouvoir. Le sommeil est une étape nécessaire pour accéder à la gloire : le couronnement de la Vierge suit la dormition. En Orient le sommeil s’apparente à un endormissement profond ; en Occident, le sommeil va jusqu’à une véritable mort. Ce qui reste est le corps, la corruption, la douleur. La dormition est une sorte de coma. Le sommeil est le lieu de tous les pouvoirs. Ainsi les surréalistes le considèrent comme une source d’inspiration dans la création littéraire.


O.H., A.S. BIB.

 

 


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Published by O.H. - dans EVENEMENTS
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