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18 mai 2013 6 18 /05 /mai /2013 07:00

La Friche Belle de mai 16 mars 2013

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Dans le cadre des journées Made in Friche, l’association La Marelle et les éditions Le bec en l’air, de Marseille, organisaient samedi 16 mars 2013 la lecture d’extraits du roman Numéro d’écrou 362573, paru le 14 mars dans la collection Collatéral. Cette lecture, assurée par l’auteur lui-même, était accompagnée par la projection de photographies prises par Anissa Michalon. En effet le principe de la collection Collatéral est de réunir dans un même livre au format de poche, un texte et des photographies.



L’auteur

Né en 1975, Arno Bertina est un auteur prolifique. Il a publié entre 2001et 2006 trois romans qui forment un ensemble cohérent : Le Dehors ou la Migration des truites, Appoggio et Anima Motrix. Il est aussi le co-fondateur de la revue Inculte. Il écrit souvent en collaboration, soit avec d’autres écrivains, comme Une année en France avec François Bégaudeau et Olivier Rohe, soit avec des photographes, Détroits avec Sébastien Sindeu et Borne SOS 77 avec Ludovic Michaux. Numéro d’écrou 362573 est son dernier roman.

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L’origine du livre

Le livre est né de la rencontre entre la photographe Anissa Michalon et l’écrivain Arno Bertina à la Villa Médicis de Rome, où ce dernier était résident en 2004-2005. C’est à cette époque qu’Anissa Michalon commence un travail sur la communauté malienne de Montreuil. Après plusieurs échanges et la rencontre d’Anissa Michalon avec Idriss, immigré sans-papiers, Arno Bertina a l’idée d’écrire un texte pour accompagner les photographies et en faire un objet qui s’inscrirait dans la collection Collatéral des éditions Le bec en l’air, à laquelle il a déjà collaboré avec Borne SOS 77 en 2009. Si pendant plusieurs années, Arno Bertina ne savait pas trop de quelle manière aborder ce sujet, c’est en 2012, lors d’un voyage à Alger qu’il trouve la solution : il est alors impressionné par la gentillesse des Algérois avec les touristes étrangers, dont ils ont été privés pendant les vingt dernières années à cause de la guerre civile. Alors naîtra le personnage d’Ahmed, purement fictionnel, qui sera le double littéraire du vrai Idriss.

Le livre sera écrit lors de deux résidences d’auteur, au Château de Chambord, puis à la Marelle, à Marseille. Arno Bertina ayant déjà travaillé avec les éditions Le bec en l’air, il avait une idée précise de la manière dont il voulait articuler la fiction littéraire avec les photographies. Il fut décidé de ne pas intégrer les images au texte, mais de les mettre à la fin du livre, pour renforcer le côté fictionnel du récit et éviter que les photographies ne soient qu’une simple illustration.

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Photo Anita Michalon

 

 

L’histoire

Le narrateur, Idriss, immigré malien et sans-papiers, partage une chambre dans un foyer avec un compatriote qui travaille la nuit. Ils partagent ainsi le même lit à tour de rôle. Dans la journée, Idriss fait le ménage et marche beaucoup. Il doit passer le temps et préfère éviter le métro où les risques de contrôles policiers sont trop importants. Lors d’une de ses marches dominicales, il rencontre Ahmed, émigré algérien, dont la caractéristique principale est la gentillesse et sa volonté d’inviter tous ceux qu’il rencontre à venir chez lui en Algérie. Ils vont passer beaucoup de temps ensemble, mais finalement se parler assez peu. Idriss ne saura pas dire sa souffrance lors du décès d’un compatriote dans le foyer où il réside. Souffrance non pas parce qu’ils étaient proches, au contraire, mais parce que la solidarité obligatoire entre Maliens immigrés lui coûte cher (au sens littéral du terme) et lui rappelle ses obligations financières envers sa famille au village. Il ne pourra pas non plus raconter la douleur que lui occasionnent les appels téléphoniques vers le Mali, où il aimerait tant retourner, ce que son absence de papiers interdit. Et c’est ainsi, qu’il va apprendre, presque par hasard, qu’Ahmed est en prison pour viol sur son ex-compagne, et qu’il se suicide après deux ans de détention. Si dans le texte d’Arno Bertina, le personnage d’Idriss est simple spectateur de sa vie vécue par Ahmed, tous les évènements du récit ont été rapportés à Anissa Michalon par le vrai Idriss. C’est cette ambiguïté que l’on retrouve dans la juxtaposition du texte et des photographies.

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La lecture

Une quarantaine de personnes se sont réunies au Petirama de la Friche La belle de mai, pour assister à la lecture par Arno Bertina. Il y eut d’abord une rapide présentation par le journaliste Pascal Jourdana, qui participe à La Marelle, puis ce fut la lecture proprement dite. Pendant celle-ci, une seule image fixe accompagnait l’auteur, afin de ne pas distraire le public et surtout, encore une fois, pour éviter l’effet d’illustration. Arno Bertina choisit de lire deux passages du début du livre : la réaction d’Idriss lors de la mort de son compatriote Souleymane, d’abord la charge financière que cela représente, puis une réflexion plus spirituelle sur la mort, mais aussi sur sa vie pauvre en France. Ces deux passages représentent 14 pages sur un texte qui en fait 70, soit une part importante. Et ce sont aussi les parties qui sont le plus faciles d’accès. En effet, le récit suit le rythme des pensées d’Idriss, ce qui lui donne une construction souvent décousue, faite de fragments.

 

Un soir que je rentrais en pensant à toutes ces invitations à découvrir un pays merveilleux pourtant quitté, et cherchant – les mains qui tâtonnent, un peu inquiètes – à le soigner de cette tristesse, j’ai appris la mort d’un homme. Souleymane était un ancien du foyer Adona – « chibani » dira Ahmed – et chaque résident faisait ses comptes pour voir ce qu’il pouvait donner à la famille. « On s’est saignés » disent les Français quand ils dépensent pour les études ou les vacances. On se saigne toute l’année, nous, parce que chaque migrant cotise à la caisse de son village reconstitué en France (20 euros par mois, 240 euros pour une année) en ajoutant 30 euros pour le rapatriement de corps (renvoyer un corps au Mali coûte je crois 6000 euros). Il y a aussi, à chaque fois, une collecte supplémentaire. Pour la famille du mort. Au mieux, on gagne 900 euros par mois, 1000. Si on a une chambre en foyer, c’est 300. Reste 600, si on n’a pas contracté de dette auprès du coaxer – qui fait payer le visa 3 millions de francs CFA. On envoie la moitié du reste (300 peut-être) au Mali, et elle fait vivre vingt personnes, toute une concession, alors que l’autre moitié – une fois la cotisation prélevée – suffit à peine à me faire à manger. Alors pour la quête exceptionnelle, c’est compliqué. Mais on ne réfléchit pas, surtout pas – ce serait la honte de ne pas donner le plus que l’on peut ; ça nous mettrait à l’écart de l’association, du village reconstitué, et là-bas ceux de la concession auraient à supporter la honte aussi.

 

La lecture, qui dura vingt minutes, fut suivie de la projection de photographies d’Anissa Michalon, celles qui sont dans le livre, mais beaucoup d’autres, prises dans les foyers où vivent les Maliens, mais surtout dans les villages au Mali, où l’on observe notamment la construction de grandes maisons, grâce aux versements effectués par les immigrés vivant en France.

Enfin, à la suite de la projection, une discussion informelle eut lieu entre Arno Bertina, le journaliste Pascal Jourdana, et l’éditrice Fabienne Pavia. Cet échange permit d’aborder les idées qui ont présidé à la conception de ce livre, depuis l’écriture du texte par Arno Bertina, jusqu’à l’organisation du texte et des photographies. Aussi bien les auteurs que l’éditrice firent très attention à ce que les deux éléments se placent sur des terrains différents, afin de ne pas s’annuler mais plutôt de se compléter. Il était clair pour eux qu’il s’agissait non pas d’un reportage, comme les photographies pourraient le laisser penser, mais d’une fiction, voire d’une bio-fiction. D’où la construction du livre qui mélange tous les éléments, avec trois parties bien marquées : le récit, les photographies et les légendes des photographies, écrites par Anissa Michalon, qui font le lien entre fiction et réalité.

 

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Photo Anita Michalon

 

Bibliographie d’Arno Bertina

Le Dehors ou la Migration des truites, Actes Sud, coll. « Domaine français », 2001 ; rééd. coll. « Babel », 2003.
Appoggio, Actes Sud, coll. « Domaine français », 2003.
 Anima motrix, Verticales, 2006.
J'ai appris à ne pas rire du démon, Naïves, coll. « Sessions », 2006.
Anastylose avec Bastien Gallet, Ludovic Michaux et Yoan De Roeck, Fage, 2006.
Une année en France avec François Bégaudeau et Oliver Rohe, Gallimard, 2007.
Ma solitude s'appelle Brando. Hypothèse biographique, Verticales, 2008.
La borne S.O.S. 77 avec le photographe Ludovic Michaux, Le bec en l'air, 2009.
Détroits avec le photographe Sébastien Sindeu, Le bec en l'air, 2012.
Je suis une aventure, Verticales, 2012.
Numéro d’écrou 362573, avec la photographe Anissa Michalon, Le bec en l’air, 2013

 

 

Pour la jeunesse

Énorme avec le collectif Tendance floue, Thierry-Magnier éditeur, 2009.
Dompter la baleine, Thierry-Magnier, coll. Petite Poche, 2012.

 

 

Pour aller plus loin

Le site des éditions Le bec en l’air : becair.com

Le blog tenu par Arno Bertina lors de sa résidence au château de Chambord, autour de l’écriture de Numéro d’écrou 362573 : sebecorochambord.livreaucentre.fr

Un entretien d’Arno Bertina avec Pascal Jourdana pour une radio marseillaise : radiogrenouille.com/audiotheque/a-lair-livre-arno-bertina


Christophe, AS édition-librairie



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Published by Christophe - dans EVENEMENTS
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