Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
8 novembre 2012 4 08 /11 /novembre /2012 07:00

Tardi Brouillard au pont de Tolbiac

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Léo MALET

Jacques TARDI
Brouillard au pont de Tolbiac
Casterman, 1982
Réédition

Collection Romans bd/

À Suivre, 1997

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Leo-Malet.jpgLéo Malet est né en mars 1909 à Montpellier. Il débute comme chansonnier à Montmartre en 1925, fonde un cabaret et fréquente les milieux anarchistes. Il se passionne pour le surréalisme ; il est encouragé à publier ses poèmes par André Breton et se lie avec Benjamin Péret. Déporté dans un camp de travail allemand pendant huit mois, il commence à écrire avec une plume très acérée et des penchants libertaires. S’inspirant largement des polars à l’américaine, il écrit son premier roman policier en 1941 à la demande d’un copain et le publie sous différents noms de plume (Léo Latimer ou Frank Harding sont les plus connus).

En 1943, il commence, sous son vrai nom, la série des Nouveaux Mystères de Paris. Alors qu’il se promène dans les rues de la capitale, il décide de raconter la ville, sa ville. Nestor Burma, un détective de choc qui ressemble étrangement à l’auteur, arpentera alors Paris, d’arrondissement en arrondissement. La série restera inachevée : il n’existe pas de textes sur les 7e, 11e, 18e, 19e et 20e, Léo Malet souhaitant passer à autre chose.

Il est mort le 3 mars 1996, et laisse une œuvre placée sous le double sceau de l'humour et de la poésie. Le lecteur découvrira en Nestor Burma l'un des personnages les plus originaux de toute la littérature policière et en Léo Malet un des plus grands auteurs de romans policiers français.



Tardi.jpgJacques Tardi, est né le 30 août 1946 à Valence et passe ses premières années dans l'Allemagne de l'après-guerre pour suivre son père, un militaire de carrière. Les atrocités de la guerre de 14-18 racontées par son grand-père corse hanteront ses rêves d'enfant avant de devenir un des thèmes majeurs de son œuvre. Étudiant à l'École des beaux-arts de Lyon, puis aux Arts décoratifs de Paris, Jacques Tardi fait ses débuts, en 1969, dans l'hebdomadaire de bande dessinée Pilote. En 1972 paraît sa première longue histoire, Rumeurs sur Rouergue, sur un scénario de Christin chez Futuropolis. C'est en 1976 que Tardi fait son entrée chez Casterman et entame le cycle des Aventures Extraordinaires d'Adèle Blanc-Sec, dont le succès ne se fait pas attendre.

À partir de 1981, il adapte les aventures de Nestor Burma en bande dessinée, conçoit C'était la guerre des tranchées dès 1982 et l’achève en 1993, Tueur de cafards en 1983 et Jeux pour mourir en 1992 (albums parus chez Casterman.)

En janvier 2000, il publie La Débauche, album « anecdotico-métaphorique » sur le thème du chômage, de la perte d'emploi et du « dégraissage » de la société. Le scénario est assuré par Daniel Pennac, auteur romancier célèbre, aux éditions Futuropolis/Gallimard et marque la détermination politique des deux hommes qui prenne le temps de se pencher sur de véritables questions, sur les problèmes de notre société.

On le connaît aussi pour son illustration du texte de Louis-Ferdinand Céline Voyage au bout de la nuit ou encore pour ses nombreuses collaborations, notamment pour l’illustration des premières de couvertures (Au bonheur des ogres, La fée carabine de Daniel Pennac ou encore Quatre soldats français de Jean Vautrin.)


Leo-Malet-Brouillard-au-pont-de-tolbiac-01.jpg
Brouillard au pont de Tolbiac est publié en 1955 aux éditions « Fleuve noir » et en 1982 chez Casterman pour l’adaptation en bande dessinée.

Le personnage principal de l’histoire est donc le détective Nestor Burma, de l’agence Fiat Lux ! Il se caractérise par son grand imperméable ou par sa canadienne, il est souvent mal rasé, et fume une pipe à tête de taureau ! À l’écran, Nestor Burma sera incarné dans différents films par René Dary (1946), Michel Galabru (1977), Michel Serrault (1982) et dans une série télévisée par Guy Marchand.

Dans Brouillard au pont de Tolbiac, Nestor Burma est appelé à l’aide par la lettre d’un vieil ami, Axel Benoît, qui, après une agression, a échoué à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière. Dans le métro qui l’y emmène, Burma comprend qu’il est suivi par une jeune gitane, Bélita. Elle est l’amie de Benoît, qui est en réalité Lenantais, un anarchiste que le détective avait connu au foyer végétalien de la rue de Tolbiac. C’est un clin d’œil de l’auteur à son histoire personnelle puisqu’il a lui-même vécu au foyer végétalien quelques mois dans sa jeunesse.
tardi-brouillard-au-pont-de-tolbiac-pl-1.jpg
Burma a le temps de faire connaissance avec Bélita, avant de constater, arrivé à la Salpêtrière, que Benoît vient de décéder. L’y attendent l’inspecteur Favre et le commissaire Florimond Faroux, du 36 quai des Orfèvres, de vieilles connaissances. Il reconnaît alors en Benoît l’homme qu’il a connu dans sa jeunesse, Lenantais, et décide de se pencher plus particulièrement sur cette affaire qui l’intrigue de plus en plus. Burma commence alors son enquête en se replongeant dans son propre passé anarchiste, vers la fin des années 20, et également en se rendant chez Abel Benoît, pour y trouver des indices et des réponses.

Il y retrouve Bélita et ils vont ensuite être obligés de sillonner le 13ème arrondissement pour avoir des informations sur la mort de Benoît et mettre en place tous les éléments de l’enquête qui finalement s’imbriquent les uns dans les autres.

Dans le brouillard du 13ème mais aussi de l’action, les choses vont se préciser lors de la mort d’un ancien inspecteur de police. Ce dernier avait, il y a longtemps, enquêté au sujet d’une mystérieuse disparition sur le pont de Tolbiac. On comprend donc petit à petit le fin mot de l’histoire qui implique de nombreux anciens habitants du foyer végétalien.
TARDI-BROUILLARD-AU-PONT-DE-TOLBIAC-02.jpg
Léo Malet raconte, dans une préface que l’on trouve dans l’adaptation en bande dessinée, les particularités de cet ouvrage. Ayant voulu régler un compte avec le 13ème arrondissement, où il avait vécu des moments difficiles, il avait décidé de rendre les lieux froids, peu agréables. Nestor Burma dit à Bélita de quitter cet arrondissement où rien de bien ne peut se passer. Il évoque même « un arrondissement à fuir » mais, au contraire de l’effet recherché, Malet est sacré par tous défenseur et même spécialiste du 13ème, ce qu’il acceptera avec le temps. De plus, Malet étant en retard pour rendre son manuscrit, les cent premières pages du livre passent à la presse. Il lui faut donc finir l’intrique sans pouvoir remanier une ligne. Cette contrainte semble avoir été bénéfique puisque, « bizarrement », c’est l’un des livres préférés du public et cela reste aussi un roman très cher à Malet.

L’adaptation en bande dessinée est décidée un jour, lorsque Léo Malet passe devant la librairie Casterman et tombe sous le charme du trait des albums d’Adèle Blanc-Sec. Il achète pour la première fois de sa vie une bd, Le Démon de la tour Eiffel. Il souhaite alors voir ses livres illustrés par Tardi. Pour lui, le crayon de Tardi ajoute quelque chose à l’ambiance : « Tardi a su traduire mes souvenirs avec une remarquable fidélité. » Ce trait particulier, propre au dessinateur, donne des visages reconnaissables entre mille et une petite touche presque caricaturale. Si les personnages sont représentés sans grande complexité, le coup de main de Tardi se repère dans les dessins de l’arrondissement, réalisés avec une grande précision, restituant l’atmosphère réelle des lieux. Personne comme Tardi ne sait rendre les décors avec une telle exactitude, « personne ne sait aussi bien que lui, les nimber de cette humidité, de cette viscosité, ne sait en faire sourdre le cafard latent. »

On trouve dans Brouillard au pont de Tolbiac des thèmes classiques des romans policiers comme les longues enquêtes criminelles, la mort, les meurtres et aussi l’amour mais Malet y ajoute celui de l’anarchisme et le contexte du Paris des années 1950.

Malet écrit dans un style très particulier qui mêle l’argot, l’imparfait du subjonctif, l’anglais, les références culturelles diverses. Le texte est d’un aplomb rare, tout en restant très vivant et très fluide.

Tardi le met en images sans l’altérer, en lui donnant même une tout autre dimension. On entre vraiment dans deux univers mais ce sont deux univers qui cohabitent très bien. On peut même dire que la bande dessinée apporte un certain crédit au livre en ancrant l’histoire dans des lieux bien réels et connus de tous.

Malet dira : « j’aurais aimé voir Brouillard au pont de Tolbiac porté à l’écran. Il y a eu des tentatives, mais elles ont échoué. À défaut de film, la BD de Tardi pourra en tenir largement lieu. Et, davantage mise en valeur par le crayon de Tardi que par la lanterne magique somme toute éphémère, Bélita Moralés ne retournera pas de sitôt au royaume des ombres. Je le répète : cette morte de papier à la vie dure. »

Brouillard au pont de Tolbiac appartient à notre patrimoine culturel et est l’un des romans policiers français les plus connus. La série des Nouveaux Mystères de Paris n’enchante pas que les Parisiens, elle tient également en haleine tout amateur d’enquêtes complexes et de fins surprenantes.


Chloé B., 1ère année édition-librairie 2011-2012

 

 

Lire aussi l'article d'Anaig.

 

 

 

 


Partager cet article

Repost 0
Published by Chloé - dans bande dessinée
commenter cet article

commentaires

Recherche

Archives