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13 juin 2012 3 13 /06 /juin /2012 07:00

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Léon TOLSTOÏ
La Mort d'Ivan Illitch
suivi de Maître et serviteur

et de Trois morts

1ère édition : 1886 (Russie)

traduction :

Michel-R Hoffmann

Boris de Schoelzer

Jean Wladimir Bienstock

Le Livre de Poche
Collection Classiques


 

 

 




Cette édition de La Mort d'Ivan Illitch regroupe trois nouvelles de Tolstoï ayant pour thème commun la mort.



« La Mort d'Ivan Illitch »

Ivan Illitch, brillant juriste, mène une vie paisible et ordinaire, aimé de sa famille et de ses amis. Cette existence sans heurt est pourtant interrompue par une maladie inexpliquée, qui, petit à petit, a raison de lui. Dans sa longue et douloureuse agonie, il comprend le mensonge dans lequel il était et demeure plongé : peu à peu le masque tombe, dévoilant des médecins incompétents, une femme acariâtre, des amis intéressés. Une société hypocrite et vaine évitant la question pourtant primordiale de la mort et, par là-même, celle de la vie. Une société dont il faisait partie, dont nous faisons tous partie.

« Comme dans un miroir, il s'était vu en eux, avec toute sa vie, et s'était rendu compte que la réalité n'était qu'un monstrueux mensonge, destiné à cacher et la vie et la mort. »



« Maître et Serviteur »

Vassili Andréitch Brékhounov est un riche - et avare - marchand. Alors qu'il part avec son garçon de ferme Nikita marchander une forêt voisine, il est surpris par une tempête de neige et s'égare. Forcés à passer la nuit dans un champ enneigé en pleine tempête, les deux hommes tentent de survivre jusqu'au matin, chacun à leur façon.

« Est-il mieux ou moins bien dans ce monde où il s'est réveillé après sa mort définitive ? A-t-il éprouvé une déception ou bien a-t-il trouvé là-bas précisément ce qu'il attendait et espérait ? Nous le saurons tous bientôt. »



« Trois Morts »

Malade de la poitrine, Maria Dmitrievna veut se faire soigner en Italie, mais ne peut supporter le voyage. Pendant ce temps, dans un relais, le vieux Fédor vit ses derniers instants, et cède ses bottes au petit Sérioja, en échange de la promesse de lui ériger une pierre tombale. Celui-ci abattra un arbre pour lui construire une croix.

« Les feuilles luisantes, calmes, murmuraient dans les cimes, et les branches des arbres vivants s'agitaient lentement, majestueusement au-dessus de l'arbre abattu, mort. »



Dans le recueil La Mort d'Ivan Illitch, Léon Tolstoï nous présente six morts, toutes de causes différentes mais comportant des points communs. Dans chacune des trois nouvelles, la mort amène à une réflexion du personnage sur cette dernière et indirectement sur la société, afin d'inciter le lecteur à en tirer des leçons.

D'abord, le recueil est une réflexion sur la mort. Il s'agit d'un thème difficilement abordé par les hommes – autant dans la réalité que dans le recueil – et Tolstoï place le lecteur face à elle, le forçant à y réfléchir.

Le lecteur doit d'ailleurs aussi réfléchir sur leur attitude par rapport à elle. Il critique, notamment dans « La mort d'Ivan Illitch », cette attitude qui devient un réflexe d'éviter l'évocation de la mort, voire de ne pas se sentir concerné. Ivan Illitch, pour prendre la première nouvelle comme exemple, comprend ainsi avec amertume que, contrairement à ce qu'il avait pu croire, il est « un homme en général », soumis aux mêmes fatalités que les autres.

Tolstoï ne propose pas que des réflexions d'une parfaite neutralité, mais aussi des opinions plus personnelles. Par exemple, il réfléchit au rôle de l'entourage de la personne à l'agonie. Très souvent, cet entourage rend la mort encore plus difficile. Ainsi, dans « La mort d'Ivan Illitch », la compagnie du docteur et de son épouse devient insupportable à Ivan et il finit, à l'article de la mort, par ordonner qu'on le laisse enfin seul. Dans « Trois morts », Maria Dmitrievna ordonne à sa cousine de ne pas pleurer car cela rend les choses encore plus pénibles pour chacun. Ce comportement du malade, qui pourrait sembler choquant, est en réalité tout à fait recevable. À chacun d'y songer.

Autre exemple : le rapport à la religion. Dans ce recueil, la religion est inutile face à la mort, voire est présentée comme un moyen employé par les superstitieux pour se guérir. Ivan Illitch a ainsi brièvement l'idée de se soigner à l'aide des saintes images, mais se souvient vite que cela ne changera rien. Dans « Maître et serviteur », voyant la situation devenir critique, Vassili Andréitch supplie Saint Nicolas de lui venir en aide, mais se rend rapidement compte qu'entre la promesse de cierges et la réalité, il ne peut y avoir aucun lien. Les seules à accepter ce genre de solutions sont les femmes, comme Maria Dmitrievna de « Trois morts » qui trouve une certaine paix en se confessant.

Dans ses textes, Tolstoï semble même dévoiler un espoir bien à lui. Le mort trouve toujours un certain accomplissement, une certaine sérénité dans la mort. Dans « La mort d'Ivan Illitch », Piotr Ivanovitch, un des prétendus amis du défunt, est intimidé par l'expression sévère et accomplie d'Ivan Illitch. Dans « Maître et serviteur », Vassili Andréitch « rêve » de sa propre mort, rêve où ses attentes (de Dieu ?) sont satisfaites, où il trouve le bonheur.

Le recueil propose donc des réflexions sur le thème de la mort, mais ce thème peut être élargi à celui de la société, car les personnages sont en conflit avec leur entourage, justement à cause de cette mort prochaine.

Ensuite, le recueil incite à une réflexion sur la société, mais pas uniquement sur cette dernière face à la crainte de la mort.

Ce qui frappe lorsqu'on lit « La mort d'Ivan Illitch », c'est cette hypocrisie permanente qui entoure le personnage. Il sait qu'il va mourir, son entourage le sait, son médecin aussi, probablement, mais tous autour de lui le nient. Plus encore, dès les premières pages, on nous montre des amis affligés de son décès... mais qui en leur for intérieur ne pensent qu'à l'avancement qu'ils pourront obtenir, voire finissent par se réjouir de le voir mourir à leur place. « Faut-il qu'il ait été godiche, cet Ivan Illitch ! Ce n'est pas comme nous autres !... »

Les seuls personnages à accepter la mort d'Ivan Illitch sont son fils et son serviteur. Dans chaque nouvelle, les personnages issus de milieux modestes, comme les paysans et les domestiques, acceptent plus facilement la mort. Dans « Maître et serviteur », Nikita la sent arriver, et cette pensée ne lui semble pas « très désagréable ou trop effrayante ». En effet, étant plus proches de la nature, ou menant une vie difficile au service des autres, ces personnages sont plus à même d'admettre la fatalité.

Quant au fils d'Ivan Illitch, étant jeune, il n'a pas encore été perverti par la société. En effet, il est insinué dans le recueil à plusieurs reprises que plus les individus sont haut placés dans la société, plus ils sont hypocrites et incapables de compassion.

Le lecteur doit prendre ces exemples pour lui et son entourage. Certes, les rapport de classes sociales ne sont en principe plus tout à fait les mêmes dans la France moderne, mais se posent tout de même les questions de la sincérité, du comportement à adopter envers autrui.

En conséquence, on peut déduire l'intention de l'auteur de prôner une vie simple, proche de la nature et surtout éloignée des perversions sociales qui incitent les individus à fuir leur mort et par là-même à fuir une partie à ne pas négliger de leur vie.

Tolstoï défend des valeurs altruistes. Cela est illustré dans « Maître et serviteur », où Vassili Andréitch, voyant que le froid s'intensifie, est tenté de partir seul afin de sauver sa vie. Il échoue et revient auprès de Nikita. Il fait alors le sacrifice de sa vie pour protéger son serviteur du froid, et cela le rend heureux. Ces valeurs altruistes sont cependant indépendantes de la religion dans le sens où c'est à chacun de les trouver et de les appliquer par soi-même.



En conclusion, La mort d'Ivan Illitch ne répond pas à la question sur la nature de la mort. Le lecteur doit être actif, doit réfléchir par lui-même aux pistes proposées par l'auteur sur le sens de la mort, de la vie, les perversions de la société...

Mais ce recueil, en dépit de son titre, n'est pourtant pas pessimiste. Il propose en fin de compte un espoir dans la mort : l'atteindre, c'est se réconcilier avec soi. La note finale du recueil est d'ailleurs que, quoi qu'il arrive, la nature et la vie triompheront toujours.



Avis personnel

Il est selon moi nécessaire de dire qu'il est facile de lire Tolstoï – du moins ce recueil. L'écriture est fluide, il n'y a pas de grandes descriptions et aucun mot particulièrement ardu. À ceux qui hésitent : tentez, ce n'est pas parce qu'il s'agit d'un classique russe que cela est illisible.

Ensuite, ce livre est intéressant pour sa description de la société russe : les différences de classes, les goûts de la haute société... Il est amusant de voir les aristocrates considérer que parler français est du dernier chic et lire la Gazette. Et, quelque part, on ne se sent pas dépaysé ; Russie et France se ressemblaient plus que ce que l'on pourrait croire.

Je conseille ce recueil à tous ceux qui désirent commencer leur culture littéraire russe, ou à ceux qui réfléchissent et remettent en question leur façon de vivre.

Note : « Illitch » semble parfois s'orthographier avec un seul « l ».


Lauralie, 1ère année Éd.-Lib.   

 

 

Léon TOLSTOÎ SUR LITTEXPRESS

 

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 Article de Catherine sur La Guerre et la Paix.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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Published by Lauralie - dans Nouvelle
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