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4 septembre 2010 6 04 /09 /septembre /2010 07:00

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Léonora MIANO
Afropean Soul
et autres nouvelles
Flammarion
GF Étonnants classiques, 2008




 

 

 

 

 

 

L’auteur

Léonora Miano est née au Cameroun où elle passera toute son enfance avant d’arriver en France au début de l’âge adulte. Elle a longtemps attendu avant de publier ses romans, ne se sentant pas encore prête à ouvrir au monde sa « musique intérieure ». Sa double nationalité « afropéenne » est la base de son inspiration. Elle a le sentiment d’ « habiter la frontière », lieu de rencontre entre les peuples. Elle refuse d’avoir à choisir entre sa part d’Africaine et sa part d’Occidentale. Afropean Soul et autres nouvelles n’est pas la plus connue de ses œuvres mais elle mérite d’être découverte.



Instants de vie photographiés

Les nouvelles de Léonora Miano ne correspondent pas aux normes de ce genre : historiquement, la brièveté des nouvelles donnait de l’intensité, de l’effet. Ici, il s’agit davantage de personnages fragilisés par leurs expériences de vie difficiles, pleines de désillusions. On y découvre des photographies d’instants de vie, les portraits d’un ou plusieurs personnages. Ceux-ci restent anonymes, comme si leurs voix n’existaient pas. Il n’y d’ailleurs pas de dialogues dans ces nouvelles. Les personnages sont repliés sur eux-mêmes. C’est leur exclusion qui empêche toute possibilité de parler. Leurs vies suivent leur cours, quelles que soient leurs difficultés. Toutes ces bribes d’existence concernent des hommes, des femmes, des adolescents et des enfants d’origine africaine, vivant en France.


Léonora Miano dresse ici un portrait douloureux de la situation des Africains en France dans notre société contemporaine. Elle évoque des thèmes sociologiques et politiques comme l’excision, l’appartenance à un pays, la banlieue, les emplois temporaires ou dévalorisants.



Un titre annonciateur

« Afropean » est un mot valise pour les Afro-Européens. Les personnages sont ici coincés entre deux cultures, deux modes de vie. Ils ne sont jamais complètement chez eux : dans leur pays d’origine, dans lequel ils ne peuvent pas forcément retourner, ils sont mal compris ; en France, ils sont exclus de la société. « Soul » : on est dans le ressentie émotionnel des personnages, au fond de leur âme.


Des nouvelles, portraits de vies à la fois différents et semblables

« Depuis la première heure » évoque la difficile question du retour au pays. Difficile car la France ne réalise pas tous les souhaits. Or un sentiment de honte de ne pas avoir réussi dans un pays qui offre toutes les chances peut être un véritable barrage. Il s’agit d’un dilemme terrible, digne d’une tragédie.

Les premières et dernières lignes de la nouvelle fonctionnent comme des miroirs :

« Je n’ose pas rentrer. Même si ici, tout est sombre depuis la première heure du premier jour ; je ne peux pas rentrer. Laisser la honte s’abattre sur moi. Les railleries et le mépris des autres m’engloutir. Autant mourir ici. Comme une bactérie neutralisée. »

Puis, à la fin :

« Je ne vais pas rentrer. Laisser la honte s’abattre sur moi. Les railleries et le mépris des autres m’engloutir. Autant mourir ici, comme une bactérie neutralisée et que personne, jamais, n’en sache rien. »

C’est un cercle sans fin, l’envie de rentrer ne se concrétisera jamais car le personnage a peur.

 « Ils ne sont pas rentrés au pays, où on attendait tellement d’eux. L’honneur d’un patronyme trop lourd sur leurs épaules les a rivés à la noirceur et la vacuité. » 


« Filles du bord de ligne ». Un groupe de filles, bloc soudé qui s’oppose à tout ce qui ne leur ressemble pas. Elles ne parlent pas, elles ne peuvent pas car elles gardent enfoui en elles le souvenir douloureux de l’excision. Cette cicatrice représente symboliquement leur coupure avec le reste de la société. Toutes celles qui ne leur ressemblent pas sont considérées comme des menaces. Elles, européennes, ne peuvent pas comprendre leurs souffrances.
  
« Certaines n’approchaient pas les garçons. Elles cachaient un secret dérangeant sous leur jean slim à bon marché. Elles ne se souvenaient pas du jour où la blessure leur avait été infligée. Elles étaient petites. Il y avait eu une anesthésie. Elles ne connaissaient que la cicatrice, chéloïde barrant leur intimité. On leur avait dit que cela faisait d’elles des filles respectables. […] La mutilation aggravait leur difficulté à adhérer au monde qui les entourait. »


« 166, rue de C. » Nous sommes dans un centre d’hébergement d’urgence. À l’entrée, une porte noire, symbole de la séparation entre deux mondes. La narratrice y a vécu, elle nous raconte, une fois qu’elle a pu en sortir. 

« C’est à elles-mêmes qu’elles en veulent le plus. Elles n’essaient pas de se sauver. A présent qu’elles sont tombées, elles ne rêvent plus. Parfois, elles attendent seulement, comme moi, le jour de la sortie. Ensuite, elles s’arrangent comme elles peuvent avec la vie. Elles n’y reviennent jamais vraiment, à la vie. C’est trop tard. »


« Fabrique de nos âmes insurgées ». Banlieue parisienne. Un petit garçon que sa maman n’a pas le temps de surveiller se retrouve à traîner avec la bande du coin. La mère, surdiplômée, enchaîne les emplois précaires faute d’avoir la nationalité française. La fatalité de la situation la détruit petit à petit. Dans son immeuble insalubre et avec un père absent, le petit garçon échappe progressivement au contrôle de sa mère. 

« Depuis des années, elle combattait l’humiliation de n’avoir dû naître que pour mener une vie de larve ».

« On lui a pris ce qu’elle était au tréfonds, l’amour de la rime, la capacité à dénicher les tropes les plus subtils d’un texte. Elle n’est plus qu’une voix qui répond au téléphone».

 « Ce n’est pas le vent qui la fait pleurer. C’est le manque d’air, l’inévitable suffocation que cause l’apnée permanente qu’est devenue sa vie. C’est la solitude aussi. »


« Afropean Soul ». Un jeune homme travaille dans un centre d’appel pour pouvoir payer ses études. Il change alors de nom, devient « Dominique Dumas » pour effacer sa couleur. Il s’intéresse aux radios communautaires au moment où le débat sur l’identité nationale et l’unité de la Nation fait rage en France. Pour lui, l’immigration fait partie de l’identité nationale. A l’écoute de la radio, il apprend qu’une manifestation a lieu pour protester contre la mort d’un enfant noir, tué par accident par un jeune policier. A cette manifestation, des nationalistes noirs et quelques Blancs, mal à l’aise, sont venus soutenir le mouvement. 

« L’identité était un processus, un mouvement constant, pas une stèle à trimballer sur le dos. Il était déjà assez difficile d’être un humain. Autour du lui, chacun semblait s’être résolu à choisir son camp. Chacun semblait pouvoir définir les contours de son identité, son contenu. Il n’avait jamais vu les choses ainsi, considérant qu’il y avait autant de manières d’être un Afropéen, que de façons d’être un Européen de souche. Parce que les gens étaient des individus, pas des particules indifférenciées d’une masse. Ce n’était plus si sûr, apparemment.»

« Il ne restait alors qu’un maillage de cicatrices mal refermées pour former le relief d’un pays peinant à atteindre ses idéaux : liberté, égalité, fraternité.»


Des personnages similaires

A la lecture des nouvelles, on est frappé par la noirceur de l’écriture. Le style est travaillé, écorché. Les mots sont crus, les images parfois dures. On sent que Léonora Miano, très engagée politiquement, nous révèle ici des personnages sombres et tourmentés qui pourraient exister en France ou ailleurs.

 


Anne, L.P. Bib.

 

 

Léonora MIANO sur LITTEXPRESS

 

Miano, L'Intérieur de la nuitMiano Les Aubes écarlates

 

 

 

 

 Article d'Anne-Claire sur L'Intérieur de la nuit, Les Aubes écarlates, Contours du hour qui vient, Tels des astres éteints.

 

 

 

 

Miano, Contours du jour qui vientMiano Tels des astres éteints

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Miano Les Aubes écarlates


Article de Sophie sur Les Aubes écarlates





 

 

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Entretien réalisé en 2008 par Béatrice.

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Published by Anne - dans Nouvelle
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commentaires

Faye 15/05/2015 16:09

Bonjour, je m'appelle Diouma Faye. je suis étudiante en Master 2 à la Faculté des Lettres et Sciences Humaines à l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar/ Sénégal. Le sujet de mon mémoire est: La répresentation de la migration dans Blues pour Elise et Tels des astres éteints de Léonora Miano.Je voudrai pouvoir entrer en contact avec l'auteure. mon e-mail: fayediouma10@yahoo.fr.
Cordialement,

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