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19 mars 2010 5 19 /03 /mars /2010 07:00
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Léonora MIANO
L’Intérieur de la nuit,
Plon, 2005
Pocket, 2006
Les aubes écarlates,
Plon, 2009
Contours du jour qui vient,
Plon, 2006Miano-Tels-des-astres-eteints.gif
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Pocket, 2008
Tels des astres éteints
Plon, 2008


















Biographie et bibliographie

Léonora MIANO est née en 1973 à Douala au Cameroun et vit en France depuis 1991. Dès 8 ans, elle écrit ses premiers poèmes et durant l’adolescence commence à rédiger des romans, mais ce n’est que vers 30 ans qu’elle décide de se faire publier.

2005 : L’Intérieur de la nuit, Plon. Prix Louis Guilloux 2006.
2006 : Contours du jour qui vient, Plon. Prix Goncourt des lycéens 2006.
2007 : Tels des astres éteints, Plon.
2008 : Afropean Soul et autres nouvelles, Etonnants Classiques, Flammarion : cinq portraits et tranches de vie du monde afro-européen.
2009 : Soulfood équatoriale, Exquis d’écrivains, NiL Editions : fiction inspirée des douceurs de la table.
2009 : Les aubes écarlates, Plon.


Suite africaine

« Suite africaine » est le nom que donne Léonora MIANO à sa trilogie comprenant L’Intérieur de la nuit, Les Aubes écarlates et Contours du jour qui vient. Les deux premiers volets se suivent directement, le troisième, sorti en second, peut se lire à part, même si on y trouve quelques clins d’œil aux précédents.

Dans L’Intérieur de la nuit, on se trouve plongé dans le Mboasu, un pays imaginaire d’Afrique équatoriale ressemblant à tant d’autres, sous le joug d’une dictature post-coloniale et d’une rébellion menant une guerre civile.

L’action se situe dans un petit village isolé, Eku, où l’on vit toujours selon les coutumes ancestrales, même si les hommes sont partis en ville et qu’il ne reste que les femmes, les enfants et les vieillards. Depuis quelques jours, le village est encerclé par les miliciens rebelles.

Nous suivons le personnage d’Ayané, une jeune fille qui revient au pays après ses études en France pour voir sa mère mourante. Mais elle n’est pas une jeune fille comme les autres au village, sa mère est une étrangère d’une ville voisine, elles sont donc toutes deux considérées comme des sorcières. De plus, Ayané ayant suivi des études, n’est plus en phase avec les lois traditionnelles du clan.

Une nuit, les miliciens débarquent au village. Il veulent enrôler des hommes dans leur armée afin de renverser le pouvoir en place et de restaurer l’unité et l’âme du peuple africain. Afin de retrouver cette communion entre les clans, ils font sacrifier un jeune garçon et en enlèvent neuf autres.

Malgré ce drame, le lendemain matin, la vie reprend son cours, Ié, la doyenne veut que le clan continue à vivre pour le futur, pour les enfants encore présents et ceux à venir. Philosophie du déni qu’Ayané ne peut comprendre. Après le mort de sa mère, elle retourne à Sombé, la capitale économique du Mboasu, où elle retrouve Epupa, un ancienne camarade d’université, considérée comme une hystérique, prêchant nue la nécessité pur les Africains de reconnaître leurs fautes.



Les Aubes écarlates reprend l’action où on l’avait laissée à la fin de L’Intérieur de la nuit. A Sombé, Ayané recueille Epa, un des jeunes garçons enlevés par les miliciens et dont le petit frère a été sacrifié, qui lui raconte son histoire.

Lors de cette nuit du sacrifice, Epa partageait les idées des rebelles et leur a même servi d’interprète. Après son enlèvement, il est, avec les autres, embrigadé en tant qu’enfant-soldat, effectuant des rapts, massacrant et violant des villageois comme ceux d’Eku. Il a des visions de son frère et d’autres hommes enchaînés dont il ne peut voir le visage, qui lui demandent de sauver les autres enfant du village, qui n’ont pas réussi à s’enfuir avec lui.

La rébellion se révèle en fait n’être qu’une vaste fumisterie idéologique ; ses meneurs, ne voulant que récupérer le pouvoir et le garder entre leurs mains, se lancent dans des luttes intestines et finissent par accepter les accords de paix qui n'ont pour eux qu'un intérêt économique.

On retrouve également le personnage d’Epupa, dont la grossesse apporte aussi des visions de femmes enchaînées réclamant souvenir et paix.

Ces visions sont en fait celles des esclaves de la traite négrière qui n’ont pu accoster de l’autre côté de l’Atlantique et ont péri en mer. Oubliés par les leurs et sans sépultures où reposer en paix, leurs âmes hantent l’Afrique.

La Traite est ici considérée comme la tragédie primordiale du Continent, dans laquelle les Africains sont certes les victimes mais également les bourreaux. Le sous-titre de l’ouvrage, Sankofa cry, illustre bien cette idée. « Sankofa est le nom d’un oiseau mythique, il vole vers l’avant, le regard tourné en arrière, un œuf coincé dans son bec. L’œuf symbolise la postérité. Le fait que l’oiseau avance en regardant derrière lui signifie que les ressorts de l’avenir sont dans le passé. Il ne s’agit pas de séjourner dans l’ancien temps, mais d’en retirer des enseignements. » (p. 225).



Contours du jour qui vient se passe dans la ville de Sombé où l’on retrouve Musango, une enfant chassée de chez elle par sa mère qui la prend pour une sorcière. Nous l’avions déjà croisée rapidement dans Les Aubes écarlates où elle faisait partie d’un groupe d’enfants abandonnés recueilli par Ayané.

Après diverses péripéties, Musango se retrouve seule et se fait enlever par un pseudo-groupe religieux servant de couverture à un réseau de prostitution.

Après s’être enfuie, elle décide de retrouver sa mère et pour cela écume divers groupes religieux plus ou moins corrompus qui prospèrent dans la ville.

Tout l’ouvrage est construit comme un monologue de Musango adressé à sa mère. Elle veut la comprendre, lui pardonner et reconstruire leur relation. Il s’agit d’une véritable quête de soi, une envie d’aller de l’avant sans pour autant faire table rase du passé mais en l’acceptant.


Cette « Suite africaine » peut se résumer en 3 étapes.

Tout d’abord le cri de l’enfant sacrifié dans L’Intérieur de la nuit ainsi que celui d’Ayané qui refuse de subir les démons de l’Afrique. «  Après l’avoir dépouillé de ses vêtements, , on étendit à terre le jeune Eyia. Il avait cessé de se débattre. Ibanga tendit à Esa le couteau qui lui avait servi quelques instants plus tôt à mettre Eyoum à mort, et dont la lame étaient encore maculée de son sang noir. Les deux autres lui maintenaient les membres au sol. Esa voulut lui couvrir la bouche de sa main pour l’empêcher de crier, pendant qu’ils lui perforeraient la poitrine. Isango s’approcha et lui fit signe d’ôter sa main, et de prélever en premier lieu les organes génitaux de l’enfant. D’une main mal assurée, les yeux baignés de larmes, il s’exécuta. Il dut s’y reprendre à plusieurs reprises, pour découper l’ensemble. Le petit poussa un cri aigu, qui devait s’imprimer à jamais dans la mémoire de chacun. Le hurlement envahit la nuit, grimpa par delà les collines, sembla atteindre la cime des arbres, et chaque villageois le reçut en plein cœur. De là ou elle se trouvait, Ayané sentit son sang se glacer. » (p. 121).

Les aubes écarlates suit le quotidien d’enfants-soldats soumis à un rébellion en perte totale de sens. Par l’intermédiaire des visions des esclaves enchaînés, on y voit la nécessité pour le peuple africain d’accepter ses fautes, sa responsabilité dans sa situation actuelle.

Pour clore cette trilogie, Contours du jour qui vient, en suivant l’essor des églises évangélistes, montre la volonté de certains Africains de trouver le salut par des moyens surnaturels, tandis que d’autres en profitent pour les escroquer voire en faire de nouveaux esclaves. Pourtant, grâce à Musango et à sa volonté de pardonner, on comprend que la salut ne passe que par soi-même, qu’on ne peut aller de l’avant qu’en se reconstruisant de l’intérieur. « Notre peuple n’a pas soudain enfanté une génération de petits êtres malfaisants, et bien des démons n’existent qu’au fond de nous. C’est ce que nous croyons qui finit par prendre corps, et par nous dévorer. Je crois profondément, mère. Non pas aux joies factices qui tapent des pieds et des mains sous les voûtes des temples ou sous l’éclairage phosphorescent des boîtes de nuit, où selon sa sensibilité, on cherche le même délire. Je crois à l’authentique plaisir de vivre l’alternance de la mélancolie et de la joie, et je crois que la misère est une circonstance, non pas une sentence. » (p. 145).

Tels des astres éteints


Contrairement aux précédents, l’action de cet ouvrage se situe à Paris, où l’on suit le quotidien et les interrogations de trois personnages.

Amok est le fils d’une riche famille africaine qui a « collaboré » avec le colonisateur. Il rejette son identité car il se considère comme un « traître à son peuple ».

Shrapnel vient d’une famille pauvre et son rêve est de concilier les cultures des peuples africains encore en Afrique, celles de la diaspora africaine, et la culture européenne, en construisant un centre culturel.

Amandla est antillaise et veut retrouver sa culture africaine.

Tous ces personnages se retrouvent dans le milieu indépendantiste kémite (africain) dont la volonté est de couper toute relation avec l’Europe, considérée comme la nouvelle Babylone, et de revenir aux origines de la culture africaine : les pharaons noirs. Dans ce milieu, l’Afrique est considérée comme martyre de la colonisation européenne. Les trois protagonistes finissent par se détacher de cette idéologie en prônant des notions de rassemblement, de pardon et de métissage.

L’ouvrage fait énormément référence à la culture afro-américaine notamment à Martin Luther King, Malcom X, ainsi qu’à la musique (jazz, soul, funk…).


On y voit l’Afrique par les yeux des Afro-Européens et on est plongé dans leur difficulté à trouver une place dans la société puisqu’ils ne sont plus africains mais pas européens non plus.


La construction musicale des romans

« La musique m’influence beaucoup lorsqu’il s’agit de créer la structure de mes livres. La théorie littéraire est rapidement mise de côté et je compose toujours un roman comme si c’était une pièce musicale », dit Léonora Miano.

Ainsi, dans Tels des astres éteints, de nombreuses références sont faites aux grands classiques de la musique afro-américaine et les titres des chapitres font en fait référence à des œuvres musicales.

Les différentes parties de Contours du jour qui vient sont les mêmes que dans un morceau de musique : prélude, premier mouvement, interlude, second mouvement et coda.

L’Intérieur de la nuit et Les Aubes écarlates reprennent la composition des pièces de jazz.



Opinion personnelle

Les romans de Léonora MIANO sont extrêmement prenants et intenses,le style est très poétique ave des pointes de mysticisme et d’onirisme. On y a une vision de l’Afrique sans concession de l’Afrique et des africains, mais malgré cette noirceur, on aperçoit toujours une lueur d’espoir.

Anne-Claire, L.P. Bibliothèques


Sources

http://www.leonoramiano.com/ site officiel de l’auteur.

http://www.plon.fr/accueil.php
site de l’éditeur.






Léonora MIANO sur LITTEXPRESS

Miano Les Aubes écarlates


Article de Sophie sur Les Aubes écarlates






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Entretien réalisé en 2008 par Béatrice.

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Published by Anne-Claire - dans Littératures africaines
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