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10 février 2012 5 10 /02 /février /2012 07:00

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Comme chaque année dans la ville de Jules Verne et aujourd'hui des « Machines », la science-fiction a investi le temps d'un week-end la Cité, centre des Congrès. Du 10 au 13 novembre dernier, je me suis donc rendue à Nantes à l'occasion du festival « les Utopiales », afin d'en savoir un peu plus sur un genre littéraire que je connaissais mal. Ce festival qui est devenu, depuis sa création en 2000, le rendez-vous incontournable de la science fiction et de l'imaginaire sur le plan national et européen, a pour ambition de faire découvrir au plus grand nombre le monde de la prospective, des technologies nouvelles et de l’imaginaire.

Le thème retenu cette année pour la 12e édition des Utopiales était « Histoire(s) », vaste sujet... Car la science fiction plonge ses racines dans l'histoire humaine, que ce soit pour bâtir des mondes futurs ou pour la modifier; et les auteurs sont tous des conteurs, des faiseurs d'histoire(s). Sous la plume des auteurs, l'histoire des cités, des empires, des nations est sans cesse réinventée, au point de devenir alternative lorsque la science fiction se fait uchronie, ou enchantée lorsque la fantaisie s'unit au roman historique.

En bref, les Utopiales, c'est :


— Un lieu de rencontre et d'interactions entre les scolaires, le public amateur ou averti et le monde de la science.
— Un festival pluridisciplinaire qui invite tous les publics à voyager dans l'«histoire» des mondes et des utopies à travers la littérature, la science, le cinéma, la vidéo, la bande dessinée, ou le manga.
—  Une invitation à des conférences, à des concerts, à des expositions, à des jeux de rôles, à des débats et à des séances de dédicaces.
— Une occasion unique de rencontrer près de deux cents auteurs de cultures et de nationalités différentes animant de nombreuses tables rondes.
— Et surtout un très beau voyage dans l'histoire des cités, des empires, des nations imaginaires et chimériques.

Lorsque l'on pénètre dans le palais des congrès de Nantes en ce week-end de festival, la première chose que l'on ressent est une impression de flottement; sensation liée à l'étrangeté du lieu autant qu'aux personnes qui l'occupent. L'univers dans lequel on s'engouffre s'avère déconcertant, et même inquiétant. Certains visiteurs, les plus férus, dans un accoutrement à la mode «steampunk», n'hésitent pas à arborer leurs costumes victoriens, leurs armes à feu de l'époque industrielle, leurs bijoux aux rouages multiples, leurs chaussures militaires ou encore leurs cheveux aux couleurs flamboyantes. Sur les murs, des tableaux d'un style décalé, profondément noir ou étrangement surnaturel. Le tout baignant dans une musique de vaisseau spatial et une atmosphère propice au voyage spatio-temporel..entre science et fiction.

Dans le hall, un immense plateau en surplomb permettait aux auteurs de se rencontrer et de donner conférences ou débats sur divers sujets en rapport avec le thème du festival. Face au plateau, un auditoire qui, s'il le souhaitait, pouvait se munir de casques de traduction, les invités du festival s'étant déplacés de divers pays et ne parlant pas toujours couramment le français. Plus loin, dans le prolongement, on trouvait un espace de détente avec tables basses et canapés, où chacun pouvait venir se restaurer, ou simplement «papoter» et débattre entre amis autour d'un verre, au bar de «Mme Spock».

À l'étage, plusieurs expositions permettaient aux visiteurs de se familiariser avec le style SF. La très extraordinaire expérience du Dr. Grordbort, par Greg Broadmore, designer graphique et auteur de l'affiche des Utopiales 2011, dépeignait un rétro-futur où les technologies mécaniques et atomiques côtoyaient le casque colonial, le pantalon bouffant et la moustache à l 'ancienne.

« Science fiction », voyage au coeur du vivant présenté par l'Inserm et avec la complicité de l'auteur Bernard Werber, donnait à voir un ensemble de tableaux résolument steampunk. Sur ces tableaux se croisaient, en surimpression, des photographies scientifiques issues de la banque d'image de l'Inserm et des gravures anciennes illustrant l'œuvre de Jules Verne, ce jeu de correspondances ouvrant la route à de nouveaux mondes improbables, où la recherche apparaît plus que jamais comme une invitation au voyage.

« Histoire de la science-fiction », conçue par l'écrivain Francis Valéry et sur une proposition iconographique d'Yves Bosson et de l'Agence martienne, avait pour mission de retracer les grandes lignes de l'histoire de la science fiction, des origines au milieu du XIXe siècle, de Jules Verne, en passant par l'émergence des pulp magazines dans les années 30, jusqu'à l'après-guerre avec l'âge d'or à travers l'esthétique futuriste du « Grandiose Avenir », pour terminer dans les années 80 avec le courant cyberpunk. L'exposition faisait état de cette histoire en revenant sur les spécificités de la SF francophone.

« Histoire des extraterrestres », par Yves Bosson, se proposait d'explorer l'un des principaux thèmes de la littérature de science-fiction, en répondant par une série d'images et de documents historiques rares aux grandes questions relatives à ce sujet, riche d'un passé millénaire. Après une telle exposition, plus de mystère possible sur les mondes extraterrestres !

Dans le fond, à l'étage, on pouvait également admirer un magnifique jeu d'échecs sculpté sur bois, par le tailleur de bois et conteur Paul Corbineau. Ce jeu d'échecs démesuré et inspiré de motifs verniens, faisant se croiser le «roi Jules Verne», les pions « Nemo », « Lune », « Ballon », faisait écho aux thèmes essentiels des Voyages extraordinaires, où les héros mettent en permanence leur destin en jeu, et où la nature déploie toute sa richesse et sa diversité.

Au rez-de-chaussée du bâtiment, des professionnels du livre avaient également investi les lieux : comme chaque année à l'occasion du festival, dans une salle qui leur était spécialement dédiée, les librairies complices de Nantes (Aladin, L'Atlante, L'Autre rive, Coiffard, Durance, Les enfants terribles, Siloë-Lis, Vent d'Ouest) présentaient le Salon du Livre et de la BD, avec plus de 25.000 ouvrages représentant toutes les maisons d'éditions (L'Atalante notamment !).

À proximité du salon, la bibliothèque municipale de Nantes avait également ouvert sa bibliothèque éphémère, avec un salon de lecture tout public, des emprunts de livres et de BD et des offres d'abonnements-découvertes. Une journée d'étude sur les littératures de l'imaginaire avait également été organisée afin de rassembler les professionnels, bibliothécaires, documentalistes et enseignants qui s'interrogent sur la nature et le rôle de ces littératures dans une approche culturelle des lecteurs, jeunes et moins jeunes.
Roland-C-Wagner-Reves-de-gloire.gif
Des prix littéraires ont également été décernés lors du festival : les Utopiales ont, cette année encore, et avec le soutien du Conseil Régional des Pays de la Loire, décerné le prix européen Utopiale. Ce prix récompense un roman ou un recueil appartenant au genre dit «littérature de l'imaginaire», dont l'auteur est européen et qui est paru en langue française durant la saison littéraire qui précède le festival. Cette année, les quatre ouvrages en compétition étaient :
Cleer, une fantaisie corporate de Laurent Kloetzer, éd. Denoël,
Bankgreen de Thierry Di Rollo, éd. Le Belial,
Rêves de gloire de Roland C.Wagner, éd. L'Atalante,
Le fleuve des Dieux de Ian Mc Donald, éd. Denoël.Jean-Claude-Mourlevat-Terrienne.gif

Le Prix Européen Utopiales des Pays de la Loire a été décerné cette année à Rêves de Gloire de Roland C. Wagner;

Le festival a également décerné cette année le prix Utopiales Européen Jeunesse. Les trois ouvrages en compétition étaient :
La fille sur la rive d'Hélène Vignal, éd. Le Rouergue,
Le protocole de Nod de Claire Gratias, éd. Syros,
Terrienne de Jean-Claude Mourlevat, éd. Gallimard Jeunesse.

Le prix Utopiales jeunesse a été décerné cette année à Terrienne de Jean-Claude Mourlevat.

La partie la plus intéressante du festival reste, selon moi, les tables rondes, qu'elles soient scientifiques ou littéraires, traitant de la science et de la fiction. Cette année, une vingtaine de conférences et débats étaient proposés autour du thème de cette 12e édition : Histoire(s).

Les conférences s'articulaient autour de problématiques intéressantes , au croisement de deux mondes qu'a priori tout oppose : l'imaginaire et le réel, la science et la littérature, chaque domaine nourrissant l'autre pour finalement se rejoindre dans une sphère supérieure où tout devient possible même les choses les plus incroyables. Surtout les choses les plus incroyables.

Voici un aperçu des questionnements animant les débats :
— La science et la littérature, quelle histoire ?
— L'homme augmenté : de la numérisation à la mémoire éternelle ?
— Quand l'image de la science conduit à la fiction...
— La science-fiction est-elle un bon vecteur de vulgarisation scientifique ?
— La science-fiction est-elle un laboratoire philosophique ?
— Cyberland, le pays de l'imaginaire cérébral...
— Pourquoi tant d'uchronies aujourd'hui ?
— L'histoire de l'imaginaire américain..
— USA : un pays sans histoire ?
— La science-fiction permet-elle de mieux penser l'histoire ?
— La révolution 2.0
— L'auteur de science fiction est-il un historien du futur ?
— La SF peut-elle encore inventer de nouvelles histoires ?
— Wikipedia, wikileaks...Quelles influences sur l'Histoire ?
— L'histoire a-t-elle été réécrite par les religions ?
 
Pour ma part, je n'ai assisté qu'à trois de ces conférences que je voudrais restituer ici :
 

 

photo-utopiales-01.jpg

 

Conférence 1 : Uchronie : Tentation révisionniste ?
Avec Norman Spinrad, Mr Fab, Fabien Clavel, Guess, Roland.C. Wagner.

 

 

La grande question de cette conférence était : «En nous ouvrant la possibilité d'une Histoire autre, l'uchronie ne peut-elle pas nourrir des théories révisionnistes?».

Un ensemble d'auteurs et romanciers : Norman Spinrad (Rêve de fer), Fabien Clavel (La Cité de Satan), Roland.C. Wagner (Rêve de gloire) et deux dessinateurs Mr Fab (Jour J, l'imagination au pouvoir ?) et Gess, (Jour J, Vive l'empereur !) ont débattu autour de ce sujet.

Les intervenants étaient tout d'abord invités à présenter leur vision de l'uchronie. Selon Fabien Clavel, l'uchronie serait un simple jeu avec l'Histoire, en partant d'un point de modification d'événements qui se joue ensuite à plus ou moins long terme. Pour R. C. Wagner, il s'agirait d'une pure fiction spéculative au même titre que la science-fiction, sauf que dans la science-fiction, on essaie de spéculer sur ce que va être l'avenir alors que dans l'uchronie, on essaie de spéculer sur ce qu'aurait été l'Histoire si un ou plusieurs éléments du passé avaient été différents. Norman Spinrad, lui, nous donne deux exemples d'oeuvres uchroniques. D'abord, son propre livre, Le printemps russe, puis un classique du genre  1984, de Orwell. Pour lui, l'uchronie est une réalité alternative, un passé alternatif, un présent alternatif causé par un autre événement dans un passé. Du point de vue des dessinateurs Mr Fab et Gess, l'uchronie est avant tout un moyen de créer des univers permettant de méler des éléments historiques à des éléments purement fictifs, et de s'amuser avec cela.

Ces auteurs d'uchronie s'attaquent dans leurs oeuvres, aux heures peut-être les moins glorieuses de notre Histoire : le conflit algérien et la Seconde Guerre mondiale revisités, une version particulière de 1968 et de ses échos en sont des exemples. De ce fait, il paraît légitime de s'interroger sur les dangers de s'attaquer à l'Histoire et à la tentation de la réécrire. Il s'agissait d'une question volontairement polémique.

Du point de vue de Roland.C. Wagner, en tant qu'écrivain, l'uchronie ne présenterait aucun danger; car pour lui en tout cas, c'est clair, cette histoire n'a pas eu lieu. C'est une histoire purement fictive. Par contre, le danger se trouverait dans la tête de deux catégories de lecteurs : les gens qui sont réellement négationnistes et révisionnistes qui seraient enchantés par des histoires où les nazis gagnent la guerre, ou alors les gens qui sont capables de croire tout et n'importe quoi, qu'il y a de l'histoire secrète, occulte ou ésotérique dans les uchronies. Effectivement, il peut y en avoir, affirme R. C. Wagner, mais jamais l'auteur n'y croit; sinon cela voudrait dire que l'auteur se prend pour un prophète. Et là, il y aurait un vrai danger.

Selon Norman Spinrad, il n’y aurait pas de danger non plus, car il s’agit seulement d’une chose que l’on rêve de faire. L’uchronie ne serait pour lui rien d’autre qu’un sentiment de nostalgie pour un passé qui n'existe pas.

La question était ensuite reformulée à l'attention des graphistes : « Quand vous revisitez l'Histoire, avec les couleurs des années 70 ou les couleurs d'une Europe napoléonienne vieillissante, est-ce que ce sont les codes que vous voulez réactiver et est-ce le travail de recherche que vous utilisez ? »

Ce serait effectivement la recherche historique qui constituerait le travail préparatoire des dessinateurs, ce qui leur permettrait d'être crédibles dans ce qu'ils veulent véhiculer. Bien sûr, ajoutait Mr Fab, les images peuvent toujours être récupérées par n'importe qui, notamment les « crétins révisionnistes » dont parlait M. Wagner; mais cela leur échappe. En tout cas, l'uchronie ne véhiculerait pas de messages révisionnistes selon lui.

Selon l'animateur du débat, on tuerait beaucoup de Gaulle à cette table (dans L'imagination au pouvoir ?, on est plongé dans une France post-soixante-huitarde où de Gaulle est mort). « Il y a deux tartes à la crème, nous dit Roland.C. Wagner, l'évasion de Hitler lors de la Seconde Guerre mondiale et Napoléon gagne la bataille de Waterloo» . Et si l’on veut s'attaquer à quelque chose de plus récent que la Seconde Guerre mondiale, et d'un point de vue français, il serait clair que la cible principale est le général de Gaulle. « En fait c'est trop tentant ! », s’exclame-t-il. « C'est comme Kennedy. ». De plus le général est un personnage extraordinaire qui aurait laissé énormément de commentaires et d'archives exploitables par les auteurs d'uchronies.

Retour aux dessinateurs avec la question autour du travail préparatoire et de la recherche documentaire pour la représentation graphique d'une France qui n'existe pas. L’accent est mis ensuite sur l’ambiguïté du terme uchronie. Celui-ci est d’abord comparé au mot utopie inventé par Thomas Moore pour désigner un lieu qui n'existe pas. Le terme viendrait du grec ancien, de topos, « le lieu » et de la racine négative -u, « qui n'existe pas ». Mais en fait, dans un manuscrit mal connu, Tomas Moore aurait plutôt parlé d'œchronie, doté de la racine grecque , qui signifie « agréable » et qui apporterait donc une nuance au mot « utopie » qui ne voudrait plus seulement dire « e lieu qui n'existe pas », mais « le lieu agréable et donc idéal ». A partir de là, et en comparaison, le terme « uchronie », qui comporte la même racine -u ou , devrait donc être considéré comme un terme positif.

À la question « une approche de l'uchronie est-elle toujours une approche politique ? », une seule et même réponse. Les intervenants semblaient, en effet, d'accord pour dire que l’uchronie est un genre littéraire fondamentalement politique. Il serait même, selon eux, le genre le plus à même de traiter de sujets politiques, c'est-à-dire de sujets relatifs à la vie de la Cité. Parmi les genres les plus politiques, on trouverait le roman noir, la science-fiction et, dans une moindre mesure, la fantasy.

« Se donne-t-on des limites dans la science-fiction, plus que dans un autre genre ? », demandait ensuite l’animateur. Les intervenants étaient d'accord sur le fait qu'il faut mettre le moins de noms possibles, et qu'il est délicat de faire référence à la politique contemporaine.

L'uchronie, pour finir, serait aussi « une façon de voir ce qu'auraient fait les perdants s'ils avaient gagné », d’après Roland C.Wagner.

 

 

Conférence 2 : « La science fiction est-elle un laboratoire philosophique? »

 

 

Pour aborder une telle question étaient invités :

— Pierre Bordage, auteur et président du festival, dont l’oeuvre est particulièrement marquée par l'impact de la religion et des mythes sur les comportements et l'évolution des sociétés,
— Alessandro Jodorowski, personnage multi facettes et inclassable,
— Sylvie Alouche, philosophe et organisatrice du « mois de la science-fiction ». Ses recherches s’intéressent à l'amélioration du corps et au rapport de la philosophie au corps,
— David Morin, professeur de psychosociologie à Nantes dont le travail porte sur l'anthropologie de l'innovation, et qui tente de comprendre l'impact de la technique sur la société.

Projection d'une image : le laboratoire de Ticho Brahé, à la Renaissance, qui est le moment où la philosophie se réinvente à la lumière de la technique. Il s’agit aussi du moment où la science-fiction va trouver ses racines les plus significatives. L'élève de Ticho Brahé, Joannes Kepler, écrira « Le Somnium », qui est considéré comme l'une des sources de la science-fiction.

« Considérez-vous que le laboratoire est un lieu fermé ? Un lieu à l'abri du monde où le chercheur, celui qui réfléchit va s'enfermer. Est-ce que finalement la science-fiction n'est pas plutôt le signe d'une ouverture philosophique ? Un laboratoire est-il nécessairement fermé, ou est-ce que ce laboratoire peut être ouvert sur le monde ? » Telle fut la première question posée aux intervenants. Une autre question : « Les philosophes s'étant intéressés à la science fiction sont nombreux. Les liens entre la philosophie et la science-fiction ont été largement présentés. Il est clair pratiquement, pour tout le monde, que la philosophie nourrit la science-fiction, mais l'inverse reste encore à démontrer. Est-ce que ce serait une simple récréation qui aurait lieu dans ce laboratoire, se contenterait-on seulement de s'y amuser ? Ou est-ce qu'il y aurait dans la science-fiction, les possibilités ou les moyens imaginaires, de réinventer, d'aller au-delà de la connaissance philosophique?»

Sylvie Alouche : Pour ce qui est du laboratoire, si on regarde la démarche du scientifique, on trouve deux sources : la nature telle qu'elle se déploie sans intervention extérieure (il s'agit alors d'observer comment ça se passe) et des situations que l'on construit artificiellement pour pouvoir examiner comment ces lois de la nature déploient leurs conséquences dans des circonstances qu'on ne peut pas observer dans la nature. C'est dans ce sens là que le laboratoire philosophique pour la science-fiction lui paraît justifié, dans la mesure où c'est un laboratoire qui permet de faire des expériences. Elle défend l’idée selon laquelle le laboratoire philosophique que constitue la science-fiction permet de la variabilité. Ainsi ce qui distinguerait la science-fiction d'une autre littérature, ce qui ferait le mérite d'une oeuvre de SF, ce serait la variation, aussi faible soit-elle, sur une expérience de pensée qui existait déjà. Pour elle, il s'agit plutôt d'oublier l'aspect claustrophobie connoté par le terme de « laboratoire ».

« Pas de technique sans financement, pas de Culture sans une économie de la Culture. ». David Morin nous renvoie là aux Médicis qui finançaient les projets pour faire exister les artistes. Cela constituerait, selon lui, une contradiction. D’autre part, il veut mettre l’accent sur l’aspect sociologique du laboratoire : qui est celui qui cherche ? « Celui qui concentre son corps et son esprit », répond-il. Celui qui a un rapport de discipline à son corps et à son esprit. On doit se concentrer pour essayer de comprendre l'écriture. Il fait référence ici à la phrase « et tu liras la Torah jour et nuit ».

La récréation, la SF comme récréation ou comme autre chose. D'abord, la science-fiction serait à considérer, selon David Morin toujours, comme un médium, comme un miroir; c'est-à-dire que toutes les œuvres parlent du moment où elles ont été écrites. Et puisque ces oeuvres parlent du moment où elles ont été écrites, il faut lire ces œuvres pour comprendre ce qu'était ce moment. Il propose aussi une autre façon de voir la science-fiction, avec un des plus grands philosophes de la science-fiction, Guy Lardreau, qui disait : « La science-fiction est à la science ce que la gnose est à la théologie. », c'est-à-dire qu'il y aurait quelque chose de l'ordre d'un essai de connaissance dans la science-fiction; et peut-être la science, bien qu'elle apparaisse très rationnelle, est-elle beaucoup plus archaïque, proche de la magie ; d'ailleurs certains anthropologues comme Marcel Mauss ont bien montré que la technique et la magie, c'était la même chose.

« Quand vous créez, Alessandro Jodorowski, faites vous appel à des connaissances philosophiques antérieures ? » demande l’animateur. À cela, Jodorowski répond la chose suivante : « La science cherche la réalité absolue, la science-fiction cherche l'irréalité absolue. La partie gauche du cerveau, c'est la science et la partie droite, c'est la fiction. Entre la science et la fiction, il y a l'art. Et la philosophie n'a rien avoir avec la science-fiction ». L'artiste est, selon Jodorowski, un fou qui fait une œuvre, un créateur qui fait appel à l'intuition. Mais l'intuition n'est pas réelle. L'intuition, c'est tout un monde de rêves qui n'a pas de limites. L'artiste ne se définit pas comme un être réel, mais comme un fou. Un artiste, c'est donc un fou qui fait une œuvre. Un scientifique qui serait fou ne serait pas un scientifique. En fait, le laboratoire d'un fou, c'est soi-même. Ainsi, Jodorowski se présente lui-même comme son propre laboratoire.

Quant à Pierre Bordage, c'est son rapport à l'écriture qui définit les choses. Il partage le point de vue de Jodorowski, selon lequel il s'agit d'intuition, et lorsqu'il part dans un récit de science-fiction, il voyage avec son intuition. La chose qui lui importe lorsqu'il écrit un roman, c'est d'éviter tous les systèmes de pensée. Or, la philosophie construit des systèmes de pensée qui se rajoutent les uns aux autres, et elle fait appel à la raison tandis que, en tant qu'auteur, Pierre Bordage fait appel presque uniquement à l'intuition. Comme Alessandro Jodorowski, il se considère comme son propre laboratoire. Il s'explore lui-même, mais au terme de laboratoire, il préfère celui de « terrain d'exploration ». L'écriture est son fil d'Ariane qui l'emmène dans son labyrinthe intérieur où il découvre des choses qui l'étonnent parfois, qui l'horrifient parfois, qui l'enthousiasment parfois. Et il a l'impression que ces choses-là qui sont de lui et qui l'emmènent, il les puise quelque part et il les ramène à la surface par l'écriture pour les offrir à quelqu'un qui est de l'autre côté, c’est à dire au lecteur, comme un éclat d'humanité qu'il aurait «chopé» quelque part. Pour lui, l'écriture est une plongée dans son inconscient, et il ramène des choses de cet inconscient sous forme d'écriture, en essayant d'être le plus ouvert et le plus libre possible.

Selon Pierre Bordage, il y aurait vraiment une quête de la liberté dans l'écriture.

Alessandro Jodorowski critique la culture qui est asservie depuis toujours aux puissants. « Hier, au temps de Kepler et du laboratoire de Ticho Brahé, c'était l'Église; aujourd'hui, c'est l'Université. » dénonce-t-il. Selon Jodorowski, il est temps pour les philosophes de sortir des universités, de les faire, dit-il, « exploser ». Par ailleurs, il caricature et humorise sur la philosophie en mettant le doigt sur l'aridité de sa pensée, prenant pour exemple la théorie d'Euclide selon laquelle deux droites parallèles ne se rencontrent jamais, et il montre que cela est faux par une comparaison avec l'Amour, où ces « droites parallèles » finalement se retrouvent.

Réponse des philosophes. Le discours s'il n'est pas poétique, est contraint par la nature humaine du discours à respecter une certaine cohérence et donc une certaine rationalité. On peut toujours écrire de la poésie, écrire avec des mots qui ne sont pas des mots, mais selon Sylvie Alouche, il y aurait quand même quelque chose, dans le roman réaliste, qui est la matrice de l'écriture de science-fiction, des principes de type rationnel qui sont à l'oeuvre, et qui sont particulièrement importants dans la science-fiction.

Sylvie, la philosophe, rejoint cependant les écrivains ; ce qui l'intéresse particulièrement dans la science-fiction, c'est que lorsqu'on trouve qu'il y a de la philosophie dans la science-fiction, comme dans Matrix, la science-fiction la veut uniquement récréative. Est-ce que dans la substance même du discours, et à travers les personnages, il n'y aurait pas quelque chose que nous arrivons à saisir de philosophique et en même temps que nous n’arrivons pas à saisir parce qu'il y a de l'émotion ? Le texte narratif correspondrait à un niveau et à un rapport au monde particulier qui réincorporerait un éléments émotionnel que justement nous n’arrivons pas à bien saisir quand on fait de la philosophie plus traditionnelle, argumentative. La science-fiction serait un élément constitutif, un outil philosophique. Il y aurait dans la narration, notamment parce que l'on partage les émotions de personnages auxquels on s'attache, pour lesquels on a de l'empathie, un type de philosophie que nous n’atteignons pas quand nous faisons de la philosophie traditionnelle argumentative.

La philosophie gagnerait alors à utiliser l'émotion mais pour l'instant, on n’a pas encore montré que l'émotionnel, l'intérieur, l'inconscient ait besoin de la philosophie. Et comme cette science-fiction est entre les deux, elle serait finalement une sorte de passerelle, de « zone franche ». Un terrain intermédiaire, nébuleux et incertain, aux frontières un peu mouvantes, dans lequel se retrouveraient, libérés de leur carcan mutuel, et les philosophe, et les artistes.

Sylvie Alouche fait également allusion à l'opposition entre la conviction qui est de l'ordre de la raison et la persuasion qui relève de l'émotion, et qui peut servir la manipulation.

« En renonçant à l'émotion, nous dit-elle on renoncerait malheureusement à quelque chose. Et ce qui est intéressant dans la science-fiction, c'est ce nouveau contrat raison-émotion, qui permettrait de réincorporer l'émotion, mais sans courir les dangers que fait courir la pure et simple persuasion. »

Jodorowski critique la tendance à la généralisation, le fait d'enfermer les créations humaines dans des définitions en leur attribuant des étiquettes. Il refuse donc de parler de LA philosophie, de LA science-fiction, de LA peinture ou de LA sculpture. Selon lui il ne faut pas s'auto-définir. Lao-Tse, est pour lui le plus grand philosophe parce qu'il était un être qui essayait de vivre dans sa vérité. Il s'agit là d'une belle réflexion sur l'indivisibilité et l'inexhaustivité de l'être humain qui met en exergue la difficulté dans laquelle nous nous trouvons lorsque nous cherchons à le diviser entre le corps, le coeur et l'esprit.



Autre question posée aux intervenants : « Pourquoi utiliser ce genre plutôt qu'un autre ? »

La science-fiction est d’abord et surtout un merveilleux voyage auquel le lecteur est convoqué. Elle procure ce que Pierre Bordage appelle « l'effet vertige », la possibilité de décoller du réel pour s'évader dans l’ailleurs. Elle permet d'amener un espace de réflexion au lecteur, c'est-à-dire de le pousser à déplacer son point de vue sur un événement ou un autre. Elle s'inspire d'interrogations fondamentales déjà formulées par les mythologies qui animent l'humanité depuis la nuit des temps. « Qui sommes-nous, où allons-nous, que faisons-nous ? », mythologies auxquelles on a ajouté les éléments modernes de la technologie, etc.

Jodorowski établit enfin une belle inversion. Selon lui, puisque 99% de l'univers est inconnu, la science peut être considérée comme de la fiction; et la fiction (ou l’imagination), permettant à la science de produire des hypothèses, serait finalement peut être plus «scientifique» que la science-même.

Pour conclure, nous pouvons citer le nom du philosophe Gaston Bachelard, qui fait justement le pont entre la science et la fiction à travers son oeuvre qui, en cherchant l'objectivité scientifique, a retrouvé l'infinie richesse de la subjectivité, pour réconcilier deux disciplines qu’a priori tout opposait.

 

 

Conférence 3 : L'homme augmenté, de la numérisation à la mémoire éternelle.

 

Parmi les intervenants, deux scientifiques : M. Eustache, neuropsychologue dont les travaux portent sur le fonctionnement même de la mémoire et M. Berger qui fait des recherches sur l'implantation de systèmes dans le cerveau, au moyen de micro et de nanotechnologies. Les études de ces deux intervenants peuvent intriguer, peuvent pousser à se demander jusqu'où on peut aller dans la science. C’est pourquoi ces deux scientifiques seront amenés à expliquer ce que l'on sait faire, ce que l'on peut faire et qu'on n’ose pas faire, et aussi ce que l’on ne doit pas faire. Afin d’apporter un regard critique et distancié par rapport à ce qui se passe au laboratoire , un auteur était également convié à cette table-ronde. Il s’agit de Gérard Klein qui a aussi beaucoup réfléchi aux problématiques de la mémoire et au travail sur les capacités intellectuelles augmentées. Enfin, Alan Mac Donald pour qui les nouvelles technologies sont aussi sources d'inspiration et de questionnement.

Les grands thèmes abordés par M. Eustache étaient : la mémoire humaine et ses maladies et les techniques d'imagerie du cerveau. Selon lui, la mémoire, bien que complexe, peut être définie simplement. Elle serait la fonction qui nous permet d'encoder, d'enregistrer des informations, de les stocker plus ou moins longtemps, et qui nous permettrait aussi de les récupérer, le but étant de les récupérer. Cela paraît relativement simple. En fait, les situations qui correspondent à ces trois grands moments sont extrêmement diverses.

Dans la vie de tous les jours, il y a beaucoup de choses que nous encodons sans faire d'effort de mémoire. Pour le stockage, on peut essayer de retenir une information pour une durée brève, par exemple retenir un numéro de téléphone le temps de décrocher le combiné, et au contraire, on peut stocker des informations sur une durée très longue, voire la vie entière. C'est là que les choses se compliquent. Pour parler de la mémoire, on utilise des métaphores. Il y a l'ordinateur, les bibliothèques, mais en fait, il n'y a pas vraiment une bonne métaphore de la mémoire. En tout cas, ce que nous savons, c'est qu’elle n'est surtout pas quelque chose de figé. Parce que le but du fonctionnement de la mémoire, c'est d'enregistrer des informations, ces informations ayant des statuts très divers.

 

D'ailleurs, la plupart des spécialistes de la mémoire s'accordent sur le fait qu'il n'existe pas une mémoire, mais plusieurs systèmes de mémoire. Il y aurait des systèmes de mémoire qui permettraient d'automatiser certaines procédures, par exemple conduire une voiture, ou faire du vélo, etc. Il y aurait des connaissances qui seraient plutôt de l'ordre des savoirs généraux sur le monde. Par exemple, nous savons que Rome est la capitale de l'Italie. Nous avons des connaissances comme cela que l'on acquiert au fil du temps.

 

Et puis, il y a la mémoire des souvenirs, qui est très importante et qui est celle à laquelle on pense le plus quand on parle de la mémoire, et qui est la plus traitée dans les ouvrages de science fiction ou tout simplement dans la littérature. Un exemple : la maison du docteur Edwards qui est une représentation de la mémoire épisodique et de sa perte qu'est l'amnésie. Quand nous parlons de la mémoire, nous nous apercevons que les mots ne sont pas bons et que les informations ne sont pas stockées dans la mémoire comme elles pourraient l'être dans une bibliothèque. Elles ne sont pas non plus «consolidées». En fait, ce qui se passe, c'est que les informations, au fil du temps, et en grande partie à notre insu, vont être transformées et modifiées, vont changer de statut. Certaines d'entre elles, très rares, vont pouvoir rester, peu ou prou, au statut de souvenirs. Ces vrais souvenirs sont très rares et correspondraient à des moments-charnières de notre vie, qui nous auraient marqués. En fait, l'essentiel de nos connaissances sont des connaissances qui se sont décontextualisées au fil du temps. En entrant dans le fonctionnement de la mémoire, nous nous rendons compte que nous avons affaire à une fonction extrêmement complexe et le titre de la table ronde qui est l'homme augmenté est en fait un titre extrêmement ambitieux. Parce que augmenter cette mémoire, n’est pas simplement ajouter des puces qui pourraient nous donner des connaissances supplémentaires. Augmenter la mémoire serait, potentiellement, pouvoir augmenter ce pouvoir de transformation de la mémoire, qui fait que les informations changent de statut au fil du temps. De ce fait, nous sommes confrontés à quelque chose de beaucoup plus qualitatif, complexe qu'un simple ajout comme on pourrait le faire dans un simple ordinateur.
 
François Berger, médecin neurologue (Inserm). Son but est d'apporter des réponses à des problèmes médicaux, à travers micro et nano-technologies. Le premier point important, en tant que médecin, dit-il, c'est qu'il n'a pas le droit d'augmenter l'Homme, seulement de s'adresser à l'homme malade pour le «réparer». Le rôle de son équipe de l'Inserm à Grenoble, est de remédier par les nanotechnologies et l'électronique aux déficiences mnésiques dont souffrent certaines personnes. Il parle des techniques de stimulation par l'électricité dans le cerveau et de la possibilité de traiter la maladie de Parkinson en stimulant des zones profondes du cerveau. Un chercheur canadien aurait en effet démontré qu’en stimulant des zones du cerveau, il est possible d'améliorer certaines fonctions mnésiques. Cela serait particulièrement intéressant pour les patients atteints de la maladie d'Alzheimer. Avec le courant électrique, il serait possible de moduler la mémoire et par là, de ralentir la maladie. Un rêve que l'on retrouverait souvent en science fiction est les miracles que l'on pourrait faire avec l’électronique synthétique, en greffant une sorte d'ordinateur dans le cerveau. « Mais personne ne sait faire cela », affirme François Berger.

Ce qui est possible, par contre, serait de mettre en place des interfaces entre le cerveau et les machines. Cela aurait d’ailleurs déjà été fait pour des patients tétraplégiques : une puce appliquée au niveau de leur cerveau, permettrait de capter l'activité cérébrale. Quand le patient veut bouger un de ses membres, par exemple, il est possible d'interpréter cette activité cérébrale pour faire bouger quelque chose à l'extérieur. Autre exemple : les prothèses auditives, les implants cochléaires. On voit donc émerger des technologies qui permettent d'interfacer le cerveau, et son activité, avec des dispositifs extérieurs. Autre possibilité, qui sera certainement l'avenir, c'est de reprogrammer le cerveau, au niveau cellulaire et moléculaire. Il s'agirait là d’injecter, soit par le sang circulant, soit localement, des nanoparticules qui seraient capables de réactiver les cellules-souches du cerveau et de le reconstruire au niveau de ses circuits mnésiques. Cela aurait d'ailleurs déjà été expérimenté sur l'animal.

Dans sa nouvelle Mémoire vive, mémoire morte, qui date de 1986, Gérard Klein imagine qu'on va doter les êtres humains de ce qu'il appelle «la perle» qui est une espèce d'ordinateur logé à proximité de l'hippocampe, c'est à dire une partie du cerveau très important dans les processus de mémoire. Par une interface qui permet au cerveau d'enregistrer et d'indexer ce dont il veut se souvenir. Cette perle, qui s'apparente à un ordinateur est implantée dans l'embryon, de façon à ce que son cerveau en développement puisse établir les bonnes connections avec cet objet technologique. « Y a-t-il eu à l'époque des réactions de la part des scientifiques en réponse à cette nouvelle ? », demande l’animateur de la table-ronde. Pas vraiment, selon Klein. Rétrospectivement, cela semble intéressant dans la mesure où nous pouvons nous demander si des expériences scientifiques pourraient émerger de livres de science-fiction. En cela, Klein était très précurseur de la nano-médecine. Le problème éthique est également abordé dans sa nouvelle.

La réflexion sur l'homme augmenté poserait également le problème de l'oubli et de sa nécessité. Selon un des intervenants, le fait de permettre à l'homme de stocker plus de mémoire, de lui attribuer une hyper-mémoire, génèrerait forcément de la pathologie. Ainsi, le concept de surhomme, tel qu'il est défini dans les livres de science-fiction, serait peut être une grave erreur épistémologique. D'autre part, il est beaucoup plus facile d'être augmenté de l'extérieur. On peut, par exemple, imaginer que dans l’avenir, et à travers des interfaces homme-machine nous pourrons nous connecter avec des mémoires informatiques, de la même façon que nous allons sur notre ordinateur consulter Wikipédia. Cela par une miniaturisation de mémoire flash.

Selon Gérard Klein, entre la réparation et l'augmentation, il n'y aurait pas de frontière claire. Car l'homme, depuis toujours, cherche à s'augmenter pour faire face à une nature hostile. Il parle là d'une « pensée sauvage ». Cependant, il est d’accord avec l’idée selon laquelle il faut imposer un cadre éthique. Par le passé, de grandes inventions, telles que l'imprimerie, avaient déjà profondément modifié notre rapport à la mémoire. Et nous pouvons nous demander comment une invention comme internet a modifié, et continue de modifier notre cerveau. Une expérience américaine a montré qu’aujourd'hui, lorsque l'on nous pose une question un peu difficile, nous ne cherchons plus en nous-même, dans notre cerveau-esprit, mais à l'extérieur de nous, on pense biensûr à Internet. La suite des expériences tend à montrer qu’à partir du moment où nous savons que l'information est là, en dehors de nous, nous ne voyons pas l'utilité d’essayer de l'encoder en profondeur. Quand nous voulons retenir quelque chose, nous essayons d'en comprendre le sens profond. Dans cette expérience, au contraire, puisque nous savons que l'information se situe à tant de clics et à tel endroit, nous ne voyons pas en quoi cela vaudrait la peine de faire l'effort de la retenir. De ce fait, la capacité de synthèse serait mise à mal.
 
De plus, les liens hypertexte que nous trouvons sur le Net présenteraient un inconvénient, car il y aurait une tendance à indexer les éléments trouvés sur internet sans les intégrer à une synthèse personnelle. Un des risques d'Internet serait une consultation superficielle de l'information, car la recherche serait trop facile, l'information pléthorique, et les liens inciteraient l'internaute à passer d'une information à l'autre sans approfondir. On pressent là l'importance du métier de bibliothécaire qui permettrait une sélection pertinente et de qualité de l'information en fonction de publics précis et des usages de ces publics. Le bibliothécaire serait alors comparable à un aiguilleur du ciel.

 

 

Le festival s'est terminé par le «cabaret mystique» d'Alejandro Jodorowski, artiste chilien aux multiples facettes, à la fois réalisateur, acteur, auteur de films ésotériques, surréalistes et provocateurs, scénariste de bande dessinée, poète et conteur à ses heures, qui a également travaillé autour du tarot de Marseille. Il s'agissait, en réalité, d'une conférence improvisée proche du conte et du réalisme magique, conviant curieux, philosophes ou passionnées sur des sujets, thématiques ou anectdotes que nous rencontrons tous au quotidien.

Enfin, j'ai eu l'occasion de voir La montagne sacrée, un des chefs-d'œuvre de «Jodo». C'est en fait grâce à John Lennon qu'il aurait réalisé, en 1973, ce film de science fiction métaphysique : un parcours initiatique, à la recherche de l'absolu, d'images dans un univers déréglé. Le film raconte l'histoire d'un voleur vagabond qui, après une série de procès et de tribulations, rencontre un maître spirituel. Celui-ci lui présente sept personnages, riches et puissants, représentant une planète du système solaire. Ensemble, ils entreprennent un pèlerinage vers la Montagne Sacrée, afin d'en déloger les dieux qui y demeurent et d’atteindre l'immortalité.


Je suis sortie de ce festival, comme d'un vaisseau spatial, après un voyage intergalactique, à quelques années-lumière, pas si loin d'ici pourtant.


The end.


Anne-Clémence Faure, AS Bibliothèque

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Published by Anne-Clémence - dans science-fiction
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