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8 novembre 2011 2 08 /11 /novembre /2011 07:00

 Librairie La Machine à Lire, Jeudi 3 nov. 2011

 

Afiiche-festival-Lettres-du-Monde.jpg

 

Avec Benoît Virot pour Le désert et sa semence de Jorge Baron Biza (éditions Attila), Dominique Bordes pour Op Oloop de Juan Filloy (éditions Monsieur Toussaint Louverture) et Jean-Louis Ducourneau pour la revue Tango. Lectures par Mario Dragunsky (directeur de la compagnie de théâtre professionnelle 4cats). Rencontre animée par Olivier Desmettre (directeur de Lettres du Monde). Avec la participation de Robert Amutio (Traducteur).

Dans le cadre du festival Lettres du Monde, une rencontre était organisée autour de deux ouvrages : ceux de Jorge Baron Biza intitulé Le désert et sa semence et de Juan Filloy, Op Oloop ainsi que d’une revue : Tango. Les discussions autour de ces œuvres, animées par Olivier Desmettre, étaient entrecoupées de lectures de passages de ces mêmes œuvres. Des lectures de Mario Dragunsky à l’accent argentin chantant et dont la voix semblait s’essouffler à chaque fin de phrase mais revenait à chaque fois avec plus de force. Sont retranscrits ici les principaux échanges de cette soirée littéraire argentine.


 
Olivier Desmettre (Directeur de Lettres du Monde) : Qu’est-ce qui a amené ces textes et qu’est-ce qui amène un texte en général à votre maison d’édition ou à votre revue ?

Jean-Luc Ducourneau (Revue Tango) : La revue Tango paraît tous les couverture-revue-Tango.jpg25 ans, par 4 numéros. L’ensemble des textes et des illustrations qui la composent sont inédits. Ils ont un rapport non pas avec le Tango, la danse, mais plutôt  avec le tango comme ambiance nocturne. Je crée un synopsis et les textes viennent s’y greffer.

Benoît Virot (Attila) : Attila fut au départ une revue qui a évolué ensuite en maison d’édition. Attila se veut un traqueur de textes rares avec une volonté d’aller à la recherche de textes inédits autour desquels la maison d’édition s’est bâtie. La majorité des textes découverts sont liés à des rencontres avec des bouquinistes, des libraires, des traducteurs, des auteurs ou des éditeurs.

Dominique Bordes (Monsieur Toussaint Louverture) : Comment avoir découvert un texte comme Op Oloop ? Un peu par hasard. Le travail d’éditeur est un travail de veille, on est toujours en train de lire des articles, des préfaces qui mentionnent d’autres auteurs. La découverte de Op Oloop s’est faite lors de la lecture d’un catalogue d’une maison d’édition allemande. Op Oloop était le seul titre  qui n’était pas traduit en allemand, ce qui était surprenant surtout lorsque l’on sait que les Allemands ont tendance à tout traduire. Petit à petit je me suis intéressé à l’auteur et j’ai découvert les singularités de son écriture comme le fait que les titres de ses ouvrages comportent toujours le même nombre de lettres (7).


couverture-Op-Oloop.jpg
Olivier Desmettre : les ouvrages présentés ici se distinguent par une utilisation singulière de la langue, ce qui rend difficile la traduction, et notamment en ce qui concerne l’ouvrage de Juan Filloy qui utilise le « cocoliche ». Qu’est-ce qui fait la difficulté de la traduction ?

Robert Amutio (traducteur) : Op Oloop n’est pas seulement une œuvre tragique et dramatique mais elle est également comique par le biais de l’utilisation du cocoliche. Le texte de Juan Filloy est problématique car il oblige à inventer au fur et à mesure un langage permettant de rendre compréhensible le texte. Le cocoliche est une sorte de langue archaïque parlée par les parents et les grands-parents, une langue familiale propre à différents milieux. De l’espagnol plaqué sur un parler et une accentuation italiens, une sorte d’argot parlé par les immigrés italiens. La difficulté de traduire un texte de Juan Filloy est qu’il utilise une multitude de cocoliche.

Benoît Virot : dans la traduction de textes comme celui de Jorge Baron Biza, la relation avec le traducteur est primordiale. La première lecture en espagnol par le traducteur lui semblait fluide tandis que la mienne fut plus difficile, je butais sur certains éléments du texte. Une négociation fut nécessaire entre moi qui voulais un texte compréhensible par tous et le traducteur qui souhaitait conserver certains aspects de l’œuvre qui lui paraissaient essentiels.


couverture-Le-desert-et-sa-semence.jpg
Olivier Desmettre : le texte de Juan Filloy est humoristique et grotesque, il est notamment l’inventeur de palindromes, 8 000 environ. Celui de Jorge Baron Biza est tout aussi particulier. Mais qui sont ces deux auteurs, que nous délivrent ces ouvrages ?

Benoît Virot : Le désert et sa semence est le seul ouvrage de cet auteur publié à ce jour. Il reflète parfaitement la vie de Jorge Baron Biza. Il est le fils d’un milliardaire, écrivain, dont les textes se placent dans le sillage de ceux du Marquis de Sade, et d’une mère actrice, autrichienne, passionnée d’aviation dont l’avion s’est écrasé dans le jardin de ses beaux-parents. Son père se remarie ensuite avec une femme qui fut considérée par certains comme la concurrente d’Eva Peron. Femme au visage de laquelle il jeta un verre de vitriol. Il se suicida ensuite. Le livre débute suite à cet épisode, quand l’auteur conduit cette femme à l’hôpital.

Dominique Bordes : Les parents de Juan Filloy étaient tous les deux analphabètes, de condition modeste, son père était espagnol, sa mère française. Ils se sont battus tous les deux pour que leur fils aille à l’école. Juan Filloy n’a pas été qu’un écrivain, il a exercé plusieurs métiers dont celui de juge de paix durant une trentaine d’années, ce qui lui a permis de rencontrer beaucoup de monde. Il ne cherchait pas à publier et imprimait lui-même ses textes qu’il distribuait à ses amis et ses connaissances. Juan Filloy n’a été réellement redécouvert que depuis quelques années.

La maison d’édition Monsieur Toussaint Louverture n’a pas forcément de cohérence éditoriale. J’aime avant tout ce que font les auteurs avec la langue et Juan Filloy a une façon particulière de jouer avec les mots. Il développe une densité littéraire, une énergie créatrice qui rend la langue très inventive. Dans Op Oloop, la langue est très présente. On a l’impression qu’il s’agit parfois  d’un écrivain européen ou d’un Américain ayant vécu en Europe.



Olivier Desmettre : ces deux ouvrages que sont Op Oloop et Le désert et sa semence sont deux véritables objets. Il y a ici la volonté que les textes soient mis en valeur par un écrin éditorial puisque pour Le désert et la semence les maquettes ont été confiées à de véritables artistes qui ont également réalisé un poster intégré dans l’ouvrage. Tandis que la revue Tango mêle textes, peintures et photo, tous inédits.

 

Cette soirée, qui m’a fait découvrir des textes et des éditeurs jusque-là inconnus pour moi, s’est terminée par une dernière lecture d’un texte d’Alan Pauls, « Buenos Aires, ville presque européenne », extrait de la revue Tango et lu par Mario Dragunsky dont l’énergie et la théâtralité ont conquis toute l’assenblée.



Quelques sites


la revue Tango : http://www.tango-bar-editions.com/main/index.php?option=com_content&view=article&id=122:tango-nd3-sommaire&catid=66
Les éditions Monsieur Toussaint Louverture : http://www.monsieurtoussaintlouverture.net/
Les éditions Attila : http://www.editions-attila.net/


Propos recueillis par Baptiste P., AS. Bib.

 

 

 


 


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Published by Baptiste - dans EVENEMENTS
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