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28 mai 2012 1 28 /05 /mai /2012 07:00

avec Yoko TAWADA, Michaël FERRIER et Florent CHAVOUET
Escale du livre, Bordeaux

31 mars 2012

 

 

Tawada-Yoko-Journal-des-jours-tremblants.gif

 

 

Tawada Yoko 

Journal des jours tremblants – Après Fukushima

précédé de Trois leçons de poétique

traduction de Bernard Banoun

Verdier, 2012.


« Interrogation sur l’image du Japon véhiculée par les Occidentaux et sur l’histoire de l’insularité de ce territoire. »

 

 

 

 

 

Michael-Ferrier-Fukushima.gif

 

 

Michaël Ferrier

Fukushima, récit d’un désastre.

Gallimard, 2012.


Enseignant de littérature à Tokyo, il est l’auteur de plusieurs romans et essais (Tokyo – petit portrait de l’aube et Sympathie pour le fantôme paru dans la collection l’Infini.)

 

 

 

 

 

 

Florent Chavouet Tokyo Sanpo Florent Chavouet

Tokyo Sanpo


Carnet de voyage sur Tokyo totalement incongru et surprenant.

Un nouveau moyen d’appréhender une ville inconnue, « le nez au raz du trottoir et l’œil à l’affût, arpenter le bitume et saisir les instants fugitifs, saugrenus et si caractéristiques dans leur étrangeté de la capitale du Japon. »

 

 

 

« En alliant les traditions les plus rigoureuses et le modernisme le plus pointu, le Japon plonge les Occidentaux dans un royaume de contrastes et d’excès. Trois écrivains et artistes nous font découvrir le Japon à travers la littérature et l’expérience qu’ils ont de ce pays. Ils évoqueront l’après 11 mars 2011. »

 

 

 

Une conférence axée sur le désastre de Fukushima afin de s’interroger sur l’impact de cette catastrophe. C’est à travers le vécu de ces trois auteurs que l’on découvre un Japon transformé, meurtri, mais dont les traditions essayent de perdurer malgré un pays en évolution.



Après l’événement tragique du 11 mars 2011, pourquoi est-il important de parler du Japon ?

Tawada Yoko : À vrai dire, j’ai été étonnée que l’on me pose de drôles de questions. Pourquoi les Japonais restent-ils aussi calmes ? Après ce qu’il s’est passé ? Pourquoi ne disent-ils rien ?



En plus de vos ouvrages, vous avez également écrit de nombreux articles pour des journaux allemands. Vous vous êtes désormais installée à Berlin depuis quelques années. Lorsque la catastrophe est survenue, vous l’avez vécue à distance, comment l’avez vous ressentie ? En tant qu’Allemande ou Japonaise ?

Tawada Yoko : Plutôt du point de vue allemand, car, ils étaient plus choqués que les Japonais eux-mêmes. Pour les Japonais, un tremblement de terre est un événement régional. En 1995, un grand séisme est intervenu à Kōbe, c’était un événement purement japonais. Cette fois, j’ai eu le pressentiment qu’il s’agissait de quelque chose qui concernait le pays entier, et même le monde entier. J’ai alors compris que ce cataclysme ferait remonter à la surface des problèmes sous-jacents enfouis depuis la Première Guerre mondiale.



Michaël Ferrier, vous, vous étiez sur place. L’avez-vous vécu en tant que Français au Japon ? Dans votre livre, vous racontez les faits de manière très imagée.

Michaël Ferrier : La question ne s’est même pas posée. C’était évident pour moi que j’allais écrire un livre sur ce qui venait de se passer. C’est comme si ce livre s’était imposé à moi. C’est une des catastrophes les plus médiatiques de l’ère moderne. On se rend compte qu’on ne peut rien faire face à ça. On ne cesse de voir des images, des films. C’est comme lorsqu’on regarde cet avion percuter les deux tours pour la trentième fois. Les images aplatissent un peu notre perception du monde. Le deuxième tsunami nous offre des images qui nous privent de compréhension et de perception. Lorsque l’on regarde le paysage, il y a un contraste impressionnant entre la zone épargnée et le reste du paysage. C’est comme si la catastrophe nous attendait au tournant. Les reportages n’ont jamais montré ça. L’odeur nauséabonde de la boue qui recouvre encore le sol. Un an après, on voit encore les arêtes de poisson sur le sol, on marche sur des coquillages et tout ce que la mer a laissé derrière elle.



Et que pensez-vous de ce calme des Japonais face au cataclysme ? Est-ce un cliché ? Quelles conséquences cela a-t-il sur la suite des événements ?

Tawada Yoko : Le calme chez nous, ne veut pas dire que l’on n’est pas remué. Lorsque l’on était enfant, on nous a appris qu’il ne faut pas crier, courir partout parce que c’est comme ça que l’on pourra survivre. C’est une attitude que l’on acquise. Seulement, je trouve qu’aujourd’hui, les gens réagissent avec beaucoup plus d’incertitude qu’il y a un an.



Florent Chavouet, vous, vous avez fait le voyage au Japon en deux ans. Tokyo puis retour à Manabé Shima. Pourquoi ce besoin de « croquer » le Japon ?

Florent Chavouet : J’avais besoin de ce dépaysement. J’ai suivi ma copine qui partait là-bas. Je me suis retrouvé au Japon sans travail, à ne rien faire. Alors je sortais et je passais ma journée à dessiner tout ce qui pouvait m’intéresser. Je voulais saisir ce qui se passait en face de moi de la manière la plus objective. C’est moi qui fais ces choix, qui interprète. Mais c’est le lecteur qui interpréte à son tour.

Michaël Ferrier : On arrive à s’intégrer ou pas ?

Non pas vraiment. Il y a un phénomène étrange au Japon. Moi je n’ai pas été si surpris que ça. Il n’y a que quelques pans du Japon qu’on connaît. L’étrangeté du Japon, je l’ai découverte petit à petit. Je ne pense pas que cette impassibilité soit naturelle.



Qu’est ce qui fait qu’on a envie de partager ce Japon ?
 
Florent Chavouet : Je ne pourrais pas expliquer pourquoi. C’est un environnement tentant pour un dessinateur. Je sortais et je dessinais tout et n’importe quoi.



Vous pouvez me raconter l’anecdote du vélo de votre livre ? Elle m’a fait beaucoup rire.

Florent Chavouet :  Il me fallait un vélo pour me balader. Alors j’en ai vu un abandonné, tout cassé. Je l’ai retapé et je m’en suis servi. Sauf qu’au Japon, les vélos ont une plaque d’immatriculation ; il faut se balader avec les papiers du vélo pour prouver qu’on est propriétaire. Alors je me suis fait arrêter et j’ai fini au poste. Ils m’ont emmené au grand commissariat. Le vélo comportait une déclaration de vol. Je me suis fait interroger par au moins dix policiers. Finalement il s’est avéré que la date de la plainte datait d’avant mon arrivée au Japon et j’ai pu être relâché.



En tout cas, vous avez gagné une belle histoire à raconter pour votre livre ! Yoko Tawada, vous avez été confrontée à une difficulté de traduction du japonais à l’allemand. Parce que ce n’est pas la même chose, cela ne doit pas être évident. Dans votre livre vous partez dans des digressions qui montrent que vous étiez vraiment perdue.

Tawada Yoko : Oui, c’est vrai, les jeux de mots ne sont pas toujours traduisibles. Ce que je cherche, c’est de me positionner dans un statut humoristique avec le mot. Je voudrais que l’on ait un esprit pétillant, afin de jouer avec les mots, ne pas s’arrêter au sens littéral et faire un vrai « jeu avec les mots » et pas seulement des « jeux de mots ».



Vous pensez que le 11 mars a eu une influence sur votre écriture ?

Avec les magazines on sent qu’il y a un changement. Ce cataclysme n’est rien de nouveau pour le Japon. La littérature japonaise du Moyen Âge était caractérisée par ces cataclysmes, on ne parlait que de ça. Ce qui est nouveau, c’est le nucléaire. Car cela impose une nouvelle réflexion sur le temps. C'est-à-dire que la mort ne vous saisit pas tout de suite, le temps est prolongé avant que la mort n’arrive. La vague ne vous tue pas tout de suite, et c’est cela qui terrifie.



Michel Ferrier, vous voulez réagir aux propos de Yoko Tawada ? Vous êtes sur les mêmes sentiments ?

Cela me fait penser à l’auteur japonais qui a reçu le Prix Nobel de littérature. Ŏé Kenzaburō. Alors qu’il avait décidé d’arrêter d’écrire, après la catastrophe, à plus de 70 ans, il se remet à l’écriture en prenant une direction tout à fait nouvelle. « Fukushima c’est comme si mon cœur avait explosé », disait un poète japonais. Et c’est exactement cela.

Dans le livre de Yoko Tawada et le mien, on retrouve exactement la même scène. Les bibliothèques tremblent et les livres se cassent la figure. Et cela traduit un véritable aspect symbolique dans le sens où il y a des livres qui vont résister et d’autres qui vont se casser la figure. Cela ne concerne pas que Fukushima, c'est-à-dire que l’Occident appelle cet événement « Fukushima » mais pour les Japonais, c’est seulement le « 11 mars 2011 ». C’est une manière de s’éloigner dans le temps de la catastrophe, mais c’est un événement qui concerne l’ensemble de l’humanité. Car cela concerne aussi toutes les grandes villes qui font du nucléaire aujourd’hui, cela concerne de nombreux pays, y compris la France. Beaucoup de pays vont devoir faire face à ce problème et se mettre à y penser sérieusement.



Yoko Tawada, avez-vous la même sensation vis-à-vis de cette réflexion sur les dangers du nucléaire ?

Oui, bien sûr. Au Japon il y a une cinquantaine de centrales nucléaires. Toutes ont arrêté de fonctionner, à part une seule mais qui ne devrait pas tarder également. Seulement, ce n’est qu’une décision provisoire. C’est le temps de trouver une solution pour répondre aux besoins énergétiques. Ce qui risque de se passer, c’est que les régions pauvres du Japon, particulièrement dans le Nord-Est seront obligées de rouvrir afin de fournir l’énergie nécessaire à la capitale Tokyo. C’est la question qui préoccupe le Japon en ce moment, tout le monde y réfléchit, mais va-t-on trouver une solution ?



Vous avez le même avis que Michaël Ferrier ; les Japonais l’appellent le 11 mars et non pas Fukushima ?

Évidemment, la question concerne le monde entier. Avec le nucléaire, la mer a été contaminée. Avec les courants, la contamination peut être partout. On ne peut pas savoir les conséquences que la catastrophe va pouvoir avoir. Les décisions devraient être mondialisées, et non pas prises individuellement par chaque pays. Nous sommes tous concernés. J’ai parlé avec un ingénieur qui m’expliquait que cela marche par énergie alternative, et s’il n’y a qu’un seul pays qui s’y met, cela reste inutile.



Et vous, Florent Chavouet, comment avez-vous vécu la catastrophe ?

En fait, je suis très embêté, car lorsque la catastrophe est survenue, j’étais dans l’avion pour revenir en France. J’étais coupé du monde. Lorsque je suis arrivé chez moi, je me suis couché et je ne savais encore rien. C’est le lendemain, lorsque j’ai été voir des amis qui font partie de l’association franco-japonaise que je l’ai su. Quand je suis arrivé, ils m’ont demandé si j’allais bien, si je n’étais pas trop perturbé. Ils m’ont expliqué les termes de la catastrophe. Au début, je ne les ai pas crus. Je n’ai connu personne qui ait été touché directement, mais j’ai des amis qui étaient là-bas. Il n’empêche qu’il a fallu cet événement pour que j’apprenne que la dame de l’auberge avait pour père un rescapé d’Hiroshima. On n’a pas approfondi le sujet car je ne savais pas quoi dire, j’avais peur d’être maladroit. Tout ça pour vous dire que ce n’est pas parce que je suis allé au Japon, que je connais mieux ce qui s’est passé.

Michel Ferrier: On avait vraiment la sensation que tout disparaissait. Là où le tsunami est passé, le paysage est plat, tout est marron, il n’y a plus de couleur, il ne reste que de la boue et puis ça pue. On ne peut pas dire que c’était la fin du monde mais c’était poignant. On ne l’a appris qu’après par le Ministre de l’Intérieur mais Tokyo a failli être évacué. C’est la direction des vents qui en a décidé autrement. Cependant le problème s’est posé. C’est vraiment un sentiment d’effacement du monde. Dans mon livre, je reprends un haïku que je trouvais très révélateur de la situation après le désastreux événement : « Je longe l’effacement des choses. » Le problème, c’est l’état d’urgence qui n’en finit pas. Il n’y a pas eu une seule vague mais plusieurs. On a retrouvé des personnes avec plusieurs T-shirt sur eux. Ils étaient montés dans la montage mais ils sont redescendus après la première vague pour récupérer des affaires. Seulement ils ont été pris par surprise par la seconde vague qui les a cueillis. Le pire, ce n’est pas quand la vague arrive mais quand elle repart, car elle emporte tout avec elle. C’est comme un effet de rasoir.



Vous avez aidé là-bas ; comment raconteriez-vous la réaction des gens que vous avez rencontrés ? Vous décrivez des réactions contemplatives ?

Je pense que c’est typiquement japonais. Après des événements comme cela, la moindre chose, vous l’appréciez. J’ai parlé avec un sauveteur pendant un long moment, et puis, au moment où il allait partir, il revient et il me dit : « Vous savez, le plus difficile c’est avec les noyés, quand vous les retrouvez vous ne pouvez pas les nettoyer, car sinon vous leur arrachez la peau. C’est comme ça que sont morts mon frère, ma sœur et ma mère». Et c’est là que vous voyez que même après ce qu’il lui est arrivé, il reste un sauveteur comme les autres, à retrouver les corps même s’il a perdu lui aussi des proches. Il ne voulait pas faire du sentiment en me disant ça, il voulait juste me dire que la mort qu’ils côtoient est une chose terrible. Alors je ne parlerais pas du Japon comme on le décrit ; comme cet archipel homogène et paresseux, mais d’un Japon qui a du caractère, avec insolence et humour. Toutes ces choses que l’on ne perçoit pas quand on ne fait qu’y passer.



Y a-t-il des clichés qui agacent sur le Japon et les Japonais ?

Tawada Yoko : Les clichés, c’est une affaire compliquée. Ce n’est pas quelque chose qui est faux, juste une image simplifiée. Et ce sont particulièrement les auteurs qui sont porteur de clichés.

Michel Ferrier : Me concernant, lorsque j’allais partir au Japon, un ami venait d’en revenir et il m’a dit : « Tu verras, les femmes là-bas sont très soumises et obéissantes. »

Tawada Yoko : Concernant celui-ci je peux l’expliquer ! Les hommes japonais ne disent rien, donc les femmes japonaises ne peuvent pas les suivre, dans ce cas.


Propos recueillis par Élodie, 2e année Éd.-Lib.

 

  

TAWADA Yoko sur LITTEXPRESS 

train-de-nuit.jpg

 

 

 

 

Train de nuit avec suspects. Articles d'Inès , Camille , Julien .

 

 

 

 

 

Tawada voyage a bordeaux

 

 

 

 Article de Camille sur Le Voyage à Bordeaux.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Florent CHAVOUET sur LITTEXPRESS

 

Florent Chavouet Manabé Shima

 

 

 

 

Article de Laura.

 

 

 

 

 

 


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Published by Elodie - dans EVENEMENTS
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