Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
4 février 2011 5 04 /02 /février /2011 07:00

LIAN-Hearn-Otori-t1-copie-1.gifLian-Hearn-Le-clan-des-Otori-t2.gifLian Hearn Le clan des Otori

 

 

Lian HEARN
Le Clan des Otori
 traduction de Philippe Giraudon

Gallimard jeunesse, t1, 2002

 
Il est souvent dit que « les voyages forment la jeunesse ». Ce n’est pourtant qu’à l’âge de 51 ans que Gillian Rubinstein découvre le Japon pour la première fois en 1993. Passionnée par ce pays dans sa jeunesse, elle vécut cela comme une révélation. Elle est connue en Australie pour les nombreux titres jeunesse qu’elle a écrits mais c’est dans l’atmosphère et l’ambiance de ce voyage que vont naître les premiers personnages et un début d’intrigue pour une nouvelle aventure. Viennent alors la difficulté et le doute.

Il apparaît clairement qu’écrire un roman de fantasy dont l’action se déroule sur un territoire différent et dans une culture peu connue ne peut se faire sans des recherches préalables. Afin de mener à bien sa quête, Gillian va littéralement se plonger pendant des années dans des recherches historiques, géographiques, culturelles, linguistiques et littéraires. Dans cette frénésie de connaissances, elle comprend que les premières ne servent qu’à assurer un espace, un cadre cohérent avec la période de son récit, il faut éviter tout anachronisme. De plus, l’auteure souhaitait modifier sa façon d’écrire afin qu’elle aussi soit cohérente avec l’environnement imaginé et surtout qu’on ne puisse imaginer que ce fut d’abord écrit en anglais. À cet effet, elle va apprendre la langue japonaise et lire les classiques du pays dans la langue d’origine. Ainsi, elle se fait une idée de comment écrire. La plupart des expressions utilisées couramment ont dû être changées : certaines retranscrivent littéralement une expression japonaise, d’autres ne pouvaient être utilisées dans le contexte et ont alors été modifiées en une expression plus cohérente avec l’époque. De tout ce travail d’enquête ressort une matière suffisante pour commencer à écrire. Grâce à une bourse offerte par Asialink pour passer trois mois au Japon, en 1999, Gillian Rubinstein commence à écrire sa trilogie : Le Clan des Otori.

De 1999 à 2001, elle a passé son temps à écrire le premier tome : Le Silence du rossignol. Le titre original, Across the Nightingale Floor, a été choisi en fonction d’un poème japonais. Par la suite, chaque titre a été annoncé dans le livre précédent, par une phrase prononcée par un personnage, une pensée… L’auteure découvre que son écriture est complètement différente de ce dont elle a l’habitude. Elle se rapproche beaucoup plus de l’écriture japonaise. Le livre sera alors publié sous un pseudonyme : Lian Hearn est née. Par ce geste, elle souhaite que l’œuvre soit jugée en fonction de son contenu et non en fonction de l’auteure. En 2002 paraît donc en France Le Silence du rossignol, puis en 2003 Les Neiges de l’exil (Grass for his Pillow), et en 2005 La Clarté de la lune (Brillance of the Moon). Afin de ne parler que du travail central, nous ne parlerons pas ici des deux tomes qui ont précédé la trilogie, faisant office de prologue et d’épilogue : Le Vol du héron et Le Fil du destin.

Takeo Otori raconte son histoire. Né dans un petit village perdu dans les montagnes, élevé dans d’étranges croyances visant à l’égalité des êtres humains et à la non-violence, il voit son destin basculer quand son village se fait attaquer et détruire par le plus grand seigneur de guerre des Trois Pays : Iida Sadamu. Il est obligé de fuir et est alors pris en charge par Shigeru Otori, également seigneur de guerre mais d’un naturel pacifique. À treize ans, son destin lui échappe et ne lui appartiendra plus.

En contradiction avec ses croyances, proscrites dans tout le Japon, il sera éduqué comme un vrai fils de la classe des guerriers. À ce titre, Sire Shigeru lui enseigne qu’il œuvrera au rétablissement de la paix dans ce pays malmené par les guerres des seigneurs. En outre, Takeo découvre une nouvelle part de son être : il semble posséder d’étranges pouvoirs qu’il va devoir contrôler pour mener à bien sa mission et pour que la volonté du destin s’accomplisse…

 
La trilogie se passe sur quelques années pendant lesquelles le lecteur évolue dans un univers inconnu et apprend la situation du pays en même temps que Takeo. Il poursuit son apprentissage de la politique, des croyances et des traditions au sein de la classe guerrière du Japon médiéval. Bien que rien ne soit dit à ce propos, divers indices nous aident à situer le lieu et l’époque de ce monde hautement inspiré du Japon du XVIe siècle. L’auteure explique d’ailleurs que la littérature japonaise emploie souvent les non-dits. Il s’agit pour l’essentiel de capter l’invisible sans l’expliquer ouvertement. Cette notion est très présente dans les récits japonais et est réutilisée dans l’écriture du Clan des Otori. Outre les relations entre les personnages, il est possible de comprendre ce qui est tu. On peut faire des liens avec le monde réel et l’histoire. Le christianisme peut aisément être reconnu dans la religion des Invisibles, interdite au Japon. Il s’agit bien de croyances apportées par les missionnaires européens et cette religion a été hautement réprimée par les autorités japonaises de l’époque. Le contexte historique apparaît également avec l’idée de Takeo d’ouvrir un commerce avec le continent (La Clarté de la lune) et l’importation de nouvelles armes : les armes à feu. Le Japon s’est effectivement longtemps isolé du reste du monde.

Tout au long de l’histoire, le lecteur découvre les aspects de cette société guerrière très proche des pratiques des samouraïs, bien qu’ils ne soient jamais cités… au même titre que les ninjas, d’ailleurs. En effet, la Tribu, ses méthodes et ses compétences ne peuvent renvoyer qu’au monde secret des ninjas. Si ces références sont tus, il s’agit pour l’auteure d’éviter tout stéréotype. À travers ces enseignements, Takeo apprend à changer son état d’esprit : ce que les gens prennent pour de l’héroïsme et de la bravoure n’est en fait que le résultat de l’enseignement dur et rigoureux des enfants de guerriers ; ce ne sont pas des qualités innées mais réfléchies. De même, ce qui fait office de magie pour tous n’est en réalité que capacités humaines possédées par tous mais ignorées et enfouies au plus profond de chacun jusqu’à disparaître complètement.

De nombreux thèmes sont abordés dans la trilogie et posent beaucoup de questionnements sur la nature humaine : entre guerre et paix, laquelle importe le plus à l’homme ? Ne peut-on obtenir l’une sans passer par l’autre ? La tragédie doit-elle entraîner la revanche quelle qu’ait pu être l’éducation d’origine ? En quoi peut-on croire ? Chaque tome apporte une nouvelle réflexion. Le premier sert à la découverte des différents milieux, des différentes croyances, le second apporte une certaine compréhension des états d’esprit, une réflexion plus poussée sur ce qui fait la nature de l’homme – il peut s’agir d’une sorte de désillusion –, le troisième renvoie à l’insignifiance de l’être humain face à la nature et au destin. Le Clan des Otori amène à une réflexion sur soi et sur l’effet qu’une personne peut avoir sur le destin des autres.

Le tout est abordé de façon plutôt métaphorique. Le signe du héron, par exemple, est très présent dans toute l’œuvre. L’attitude de Takeo et des autres personnages semble calquée sur celle du héron qui patiente, immobile, avant d’attaquer sa proie de façon fulgurante. Ce héron représente également, dans Les Neiges de l’exil, l’hiver qui oblige le monde à patienter avant de pouvoir agir. L’histoire possède un lien fort avec ces forces naturelles tout comme la plupart des récits japonais.

 

Il s’agit d’une œuvre pour adultes, selon l’auteure. Toutefois, il est facile de la lire dès douze-treize ans. Il est vrai que nous ne sommes pas habitués à cette écriture hautement inspirée de la littérature japonaise. Toutefois elle a une certaine qualité littéraire qui fait peut-être adhérer plus aisément le lecteur à ce monde fantastique. Bien que certains passages puissent paraître philosophiques, la lecture est très agréable et divertissante. L’esprit japonais de l’écriture assure un dépaysement, même pour les habitués de la fantasy. En effet, si l’histoire n’en reste pas moins épique, nous sommes loin du contexte tolkienien. À lire absolument !!!

Lian-Hearn-Le-clan-des-Orori-t3.gifLian-Hearn-Le-clan-des-Otori-t2-copie-1.gifLIAN Hearn Otori t1

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Delphine Cambra, 2e année Édition-Librairie

 


Partager cet article

Repost 0
Published by Delphine - dans fantasy
commenter cet article

commentaires

Marie Monique 19/07/2013 16:37

J'ai adoré lire cette saga !
Takeo et Kaede m'ont touché ! Leur histoire d'amour et leurs histoires individuelles m'ont fait voyager dans un Japon magnifiquement cruel et cruellement magnifique. La morale n'en est que plus
belle : les hommes ne doivent jamais cesser de rechercher la paix et l'amour...
A lire absolument !

Recherche

Archives