Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
1 avril 2011 5 01 /04 /avril /2011 07:00

Ling-Mong-Tchou-L-amour-de-la-renarde.jpg




 

 

 

 

 

 

LING Mong-tch’ou
L’Amour de la renarde
traduit du chinois
préfacé et annoté
par André Lévy
Gallimard,
Connaissance de l’Orient, 1988

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il s’agit d’un recueil de douze contes chinois du XVIIe siècle, écrit par Ling Mong-tch’ou en 1632 et publié pour la première fois en France en 1970 avec l’aide de l’Unesco dans la collection Connaissance de l’Orient aux éditions Gallimard. Le titre original est P’ai-ngan king-k’i, ce qui signifie littéralement « taper du poing sur la table en s’écriant, étonné "incroyable !" ». En effet, nous verrons que, tout au long du recueil, l’auteur met en scène la rencontre du monde réel et de l’étrange.

Chaque conte est présenté sous la forme du houa-pen, une structure de l’écriture chinoise particulière. C’est une transcription en langue populaire des contes traditionnels écrits en langue plus riche par d’anciens mandarins. On observe une certaine oralité dans la forme par un jeu de dialogue entre l’auteur et le lecteur. L’auteur est mis en abyme à travers un narrateur omniscient qui relate à son public les histoires qu’il a pensées. Ce n’est pas sans rappeler les contes des Mille et une nuits où Shéhérazade raconte ses propres histoires. Ainsi, il n’est pas rare de voir des interventions du narrateur dans le texte même. Par exemple, on trouvera la formule suivante dans un paragraphe : « Conteur, à t’en croire… », faisant référence à une intervention de l’assemblée (ou de la pensée du lecteur), puis en réponse à cette première, on trouvera : « Vous avez raison de penser ainsi, mais… » Il est également possible de lire en marge de chaque conte quelques notes qui auraient été écrites par Ling Mong-tch’ou lui-même.

Tous les contes sont formés sur le même modèle. On introduit le thème général par un court poème, suivi d’une ou deux (parfois plus) anecdotes romancées, sûrement pour attester de la véracité de ces faits. Chaque anecdote est séparée d’une autre par quelques vers. Puis commence le récit central auquel le titre fait référence et clos par une morale en forme de poème. L’intérêt de cette forme est de montrer que d’autres ont écrit sur des thèmes similaires et que, de ce fait, quel que soit le contenu de chaque récit, le nombre de témoignages à ce sujet le rend réel et vrai. Or la base de tout le recueil est le surnaturel et surtout son acceptation lorsqu’il en vient à s’immiscer dans le quotidien. Le lecteur plonge alors dans un univers où le réalisme magique est très présent : il doit accepter pour vrai tout ce qu’on peut lui raconter.

Si les histoires n’ont pas le même thème, elles regroupent un certain nombre de morales concernant la justesse de l’esprit, la fidélité envers ses amis et sa famille, les vertus de la patience et de la vérité… Une morale en revanche peut être constatée à travers chaque récit. L’auteur insiste sur le destin qui rend chaque moment, chaque action, chaque rencontre inéluctable. Peu importe le caractère de chacun, si une situation a été écrite pour elle, cette personne en sera l’acteur. Il en va de même avec les choses surnaturelles. Si le destin a prévu un revirement de situation, cela peut se faire par l’action d’un immortel, d’un fantôme… Et c’est en cela qu’il faut accepter sa propre condition et les éléments étranges qui peuvent conditionner une vie.

Le titre a été repris pour le dernier conte du recueil : L’amour de la renarde. Il est probable que ce soit le titre qui résumerait, en effet, le mieux le fil conducteur de l’œuvre. Cette histoire met en scène le personnage bien connu de la renarde, dont les origines mythologiques datent du XIe siècle avant J.-C. Vénéré par certains, le renard reste un démon dans la majorité des œuvres littéraires. Associé au sexe féminin, il est une sorte de succube maline, rusée, manipulatrice qui se métamorphose en femme pour séduire un homme et lui voler sa substance vitale à travers l’acte sexuel afin d’atteindre l’immortalité. Or, dans L’amour de la renarde, celle-ci s’éprend de sa victime et le sauve avant qu’il ne succombe au supplice par des herbes médicinales, puis influe sur sa bonne fortune en lui assurant un mariage heureux et rentable, avant de disparaître à jamais.

Ling Mong-tch’ou attire notre attention sur le fait que même le pire des démons peut s’humaniser et entraîner la prospérité pour le restant d’une vie. Il faut noter qu’à partir du VIIe siècle, en littérature chinoise, les démons vulpins montrent un visage double en étant soit démoniaques, soit bénéfiques. Cette ambiguïté continuera d’ailleurs et s’accentuera jusqu’à notre époque et ce dans la plupart des littératures asiatiques. On en trouvera plusieurs exemples au Japon et notamment en manga avec XXX Holic (Clamp, Pika) ou encore Hoshin, l’investiture des dieux (Ryu Fujisaki, Glénat) entre autres…

Ce recueil est un plaisir à lire. L’écriture est fluide, dynamique avec les interventions du narrateur et divertissante. Les leçons apportées par les contes nous ramènent à une certaine humilité. Après chaque conte, si l’on ne frappe pas la table du poing, tout du moins il faut admettre que l’histoire est incroyable et nous étonne. N’eût été ce scepticisme moderne, je suis sûre que les contes auraient atteint leur but et nous auraient fait accepter toute impression dite « d’inquiétante étrangeté » provoquée par un quelconque démon ou immortel…


renarde2.jpg

 

 

 

 

 

 

 

   

 

Delphine, 2e Année Édition-Librairie

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Recherche

Archives