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1 septembre 2013 7 01 /09 /septembre /2013 07:00

Lionel-RICHERAND-dans-la-foret-01.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Lionel RICHERAND
Dans la forêt
Éditions Soleil
Collection « Métamorphose », 2013

 




 

 

 

 

 

 

 

 

Synopsis
 
Dans le domaine de Wisteria Grow, la nature s’apprête à réaffirmer son pouvoir et le nouveau régisseur arrive. Anna Parmington et sa mère Elisabeth, une veuve, accueillent cet étrange personnage avec méfiance. À peine arrivé, celui-ci écrase une grenouille et offense la petite fille. À la nuit tombée, Anna est réveillée par une intuition étrange qui la conduit à retrouver sa poupée décapitée à l’orée du bois et qui va l’entraîner dans une aventure dont elle ne sortira pas indemne.

 

Univers graphique
 
Ressemblant dans la forme à un album jeunesse, cette bande dessinée comporte une illustration stylisée, sombre, parfois macabre qui peut se rapprocher du film d’animation.

On remarque que la nature est très éclairée en journée, l’intérieur de la maison est sombre, les couleurs chaudes (rouge, mauve) sont très présentes mais ombrées, ce qui rend l’ambiance de la maison sordide. On peut également noter que la mère a toujours une ombre sur elle, tout sépare la mère et la fille au niveau graphique, l’une blonde aux yeux bleus et l’autre rousse aux yeux sombres. Ana est toujours plus éclairée que sa mère d’une manière ou d’une autre.

La maison a un cadrage très strict ; on peut même remarquer certaines techniques de cinéma comme le travelling lorsque le dessinateur montre l’ensemble du domaine, puis la maison, puis l’intérieur d’une fenêtre.

 

Richerand-Dans-la-foret-travelling.jpg

 

A contrario, dès qu’Anna entre dans la forêt, les éléments dessinés commencent à sortir du gabarit. Il y a plus de fantaisie, de liberté. La forêt est donc à la fois inquiétante et enchanteresse, c’est un univers bien plus riche qu’un cadre traditionnel.

Richerand-Dans-la-foret--hors_cadre.jpg

Le bestiaire joint à la fin de l’album et dessiné par l’auteur est là pour créer un lien avec le lecteur ; plein d’humour, il désacralise l’univers fantastico-mystique de l’album. C’est une manière d’approfondir la lecture avec des compilations de dessins et d’explications farfelues. Par exemple, on note que les mouches sont en réalité des fées avec un costume de mouche. Le laid devient beau et les références sont nombreuses.

 

Thèmes et influences

 

Hayao Miyazaki : son univers en général et Princesse Mononoké en particulier ; de nombreux dessins y font clairement référence.

Richerand-Dans-la-foret--miyazaki.jpg

Bible et religion : tous les animaux sont marqués de ce qui est appelé le symbole de Lilith, il est dit que les femmes de Wisteria Grow - dont la mère d’Anna - ont un lien avec Lilith, « l’Eve noire ».

Mère Nature ou la Grande Boueuse, est une sorcière affreuse qui règne sur la forêt, elle est entourée d’éléments naturels qui apparaissent laids (les fées mouches, les crapauds) mais sont beaux en y regardant de plus près.
 Richerand-Dans-la-foret--grande_boueuse.jpg

Le Labyrinthe de Pan (El laberinto del fauno, Guillermo del Toro, 2006) : après l’entrée d’Anna dans les bois, la nature et la forêt deviennent un univers inquiétant au même titre que le régisseur / beau père de la petite fille. On remarque que la forêt labyrinthique est largement habitée par des animaux tous plus ou moins étranges.
Richerand-Dans-la-foret--pan.jpg
 

 

Les hommes

Le régisseur est un homme inquiétant, il parle de régner sur un domaine, ses yeux perçants sont presque jaunes, il bouge de manière sournoise. Il tente dès son arrivée de séduire la jeune fille, fait tout par intérêt, organise une battue non pas pour retrouver Anna mais pour se mettre dans les bonnes grâces de sa mère.
 
La première apparition de l’enfant loup peut faire penser à Gollum ; il se jette sur Anne en s’emparant de sa poupée.  Il est effrayant, ce n’est pas un humain comme les autres. Sa situation est expliquée dans le bestiaire.

Quant au père d’Anna, il meurt tué par la Grande Boueuse car il l’a trahie. Mère Nature considère donc qu’il n’est pas le vrai père d’Anna.

Disney : les grenouilles (qui préfèrent se faire appeler les princes charmants), veulent à tout prix « trouver la fille » (Anna) et se faire embrasser en premier. Dès que la « princesse » entre dans la forêt, elle se fait assaillir de suppliques et de remarques par les crapauds : « embrasse-moi », « juste un petit bisou », et autres « qu’elle est belle ». Tous les regards sont rivés sur elle dès qu’elle met un pied chez le roi crapaud, ils ne la laissent pas respirer. L’une des célèbres répliques du Livre de la jungle est mentionnée, lorsqu’un des crapauds murmure à Anna « aie confiance, crois en moi », tel le serpent Ka à Mowgli lorsqu’il veut l’étouffer.
 
Les poupées : on peut remarquer en lisant l’album que l’héroïne ressemble beaucoup à sa poupée (qui s’avère être une poupée envoûtée ; elle continue à parler même décapitée), elles sont toutes les deux blondes aux yeux bleus, ont le même nez,  type de robe et de nœud dans les cheveux.  Ses poupées sont « ses yeux », elles voient en réalité les mêmes choses, Anna sent donc dans son sommeil que sa poupée se fait enlever, le dessin passe à ce moment-là comme une caméra d’Anna aux grenouilles, celle-ci est donc attirée dans la forêt par les batraciens pour retrouver le corps de sa poupée.

On note également une référence au classique du théâtre français, Cyrano de Bergerac, quand un des crapauds attaque un blaireau (ce qui est considéré comme un grand exploit dans la communauté batracienne), celui-ci crie : « à la fin de l’envoi, je touche ! »

 

En résumé, cet album est empreint d’une certaine forme de liberté représentée par la forêt. Anna est libre, comme le lui dit le maître corbeau : elle n’a pas de maître, car elle dominera la forêt après sa mère. La dernière page de l’album est très significative non seulement quant à la liberté qui est un thème transversal, mais aussi quant à la supériorité des femmes sur les hommes : la petite fille est au centre de l’image, très éclairée, tandis que les animaux mâles s’inclinent et restent dans l’ombre. La forêt est en quelque sorte assujettie par la digne héritière de Lilith.
Richerand-Dans-la-foret--girl_power.jpg
 
En bref une BD courte mais mystique et envoûtante. À lire pour rêver un peu !


Juliette, 2ème année Édition-Librairie

 


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Published by Juliette - dans bande dessinée
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commentaires

Julien N. 03/09/2013 12:33

Excellente critique, et superbe album en perspective.
Voilà qui me donne envie de me le procurer...

Bonne continuation !
Julien

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