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9 février 2010 2 09 /02 /février /2010 19:00
chevaler Zifar










Anonyme
Livre du Chevalier Zifar

éditions Monsieur Toussaint Louverture, novembre 2009
traduit du castillan médiéval
par Jean-Marie Barberà
accompagné d'un essai
de Juan Manuel Cacho Blecua
illustré par Zeina Abirached














Unanimement salué par la critique (cf la revue de presse sur le site de l'éditeur), ce roman castillan du début du XIVe siècle « est un joyau », comme l'indique la quatrième de couverture, et je ne vais certes pas la démentir.

Un roman médièval publié à l'aube de 2010, un anachronisme provocant ? Ou une expérience de lecture revigorante ? Sans doute les deux. Quoi qu'il en soit, ce livre est un véritable bonheur qui, malgré la distance temporelle, est encore capable de séduire et de toucher son lecteur.


Cet ouvrage est composé de trois parties : « Le Chevalier de Dieu », « Leçons du roi de Menton », et « Prouesses et prospérités de l'infant Roboam ».

Le chevalier Zifar est atteint d'une horrible malédiction : tous les dix jours, son cheval meurt, ce qui peut être considéré comme le comble du Chevalier. Cette malédiction est le point de départ de grands faits chevaleresques car, devenu misérable après avoir été mis au ban de la chevalerie par des envieux, Zifar est contraint de s'exiler avec femme et enfants pour refaire sa situation.

On découvre très rapidement que le Chevalier est de lignée royale, mais son ancêtre n'étant pas un bon roi, sa descendance doit faire la preuve qu'elle possède toutes les vertus nécessaires pour être un excellent monarque. Commence alors toute une série d'aventures ; Zifar libère le royaume de Galapia, il est séparé de ses enfants, puis de sa femme qui se fait enlever par des pirates, et poursuit seul sa route jusqu'au royaume de Menton, dont il devient le roi après avoir réussi à rompre le siège de la ville de Grades. Il épouse la demoiselle du lieu sans jamais accomplir l'acte charnel, car étant déjà marié, ce serait un péché que de comsommer un second mariage.

À ce stade, il ignore tout du sort de sa femme Grima. Le lecteur sait qu'elle se porte bien car Dieu la guide. Il la guide si bien qu'elle accoste après de nombreuses aventures dans le royaume de Zifar. C'est là que la famille va se retrouver au complet après des années de séparation. Les deux fils de Zifar et de Grima ont été recueillis par un bourgeois qui les a élevés en nobles. Il les envoie se faire adouber à la cour du roi de Menton. Les retrouvailles donnent lieu à des scènes cocasses, issues de la tradition (Grima est accusée de mauvaises mœurs pour s'être endormie avec ses fils, à force de discuter, suite à leur réunion). Le roi ne reconnaît officiellement sa femme et ses fils qu'à la mort de la reine qui survient assez rapidement. L'histoire raconte les aventures des deux jeunes chevaliers Garfin et Roboam.

La seconde partie contient les enseignements de Zifar à ses fils pour leur inculquer les vraies valeurs d'un bon roi. Les vertus de justice, de tempérance, de mansuétude et de réflexion sont louées. L'écriture de cette partie est particulièrement binaire, reflétant le manichéisme de l'époque, et renforçant son aspect didactique. On y retrouve de nombreuses références à l'enseignement biblique, mais aussi des digressions sur l'histoire antique qui servent d'arguments d'autorité, ainsi que de nombreux proverbes issus de la tradition populaire – « bonne est la lenteur, qui rend la course sûre » – qui souligne la morale des humbles plus souvent tournée vers les véritables valeurs. Cette partie peut sembler rébarbative pour un lecteur d'aujourd'hui, et pourtant les conseils donnés aux deux jeunes gens sont d'une actualité forte ce qui ne manque pas de faire sourire.

La troisième et dernière partie s'attache aux pas de Roboam qui, dès avant les enseignements de son père, avait pris la décision de quitter la famille pour aller chercher l'honneur dans les aventures chevaleresques. Il voyage plus de cent trente journées pour atteindre le royaume de l'infante Seringa où il peut mettre en œuvre ses qualités. Le ton redevient épique avec le récit de combats et d'aventures. Mais Roboam, qui a choisi d'aller où Dieu le guidera, ne s'arrête pas auprès de l'infante bien qu'il soit prêt à l'épouser. Le lecteur suit Roboam jusqu'à l'empire de Tigride où il connaîtra de nouvelles aventures qui l'élèveront au sommet.


L'auteur anonyme de ce chef-d'œuvre sait à merveille varier les tons et les registres. À la fois burlesque et merveilleux, édifiant et allégorique, ce roman intègre le conte, l'apologue, l'hagiographie, la matière de Bretagne... Ce texte est à la fois un roman d'apprentissage, un roman de chevalerie, un récit de voyage même si le déplacement réel renvoie à un voyage spirituel... Il faudrait plusieurs lectures pour venir à bout des significations variées qu'il nous propose. L'intertextualité n'est pas toujours explicitée, c'est en cela que l'essai de Cacho Blecua, inséré à la suite du roman, prend toute son importance. Il offre, en effet, un éclairage soigneux sur les références et le contexte littéraires, mais il apporte aussi de précieux éléments sur le contexte historique, politique et religieux. L'illustration de Zeina Abirached, qui reprend l'art de la miniature sans la pasticher, apporte à sa manière un éclairage sur le texte en proposant une lecture possible sans faire coller la représentation à un texte figé. La traduction en français modernisé est excellente. Elle conserve toute la richesse de l'œuvre sans pour cela devenir érudite et donne ainsi à ce roman, que l'on pourrait croire d'un autre temps, une lisibilité pour tous les publics y compris enfantin.


Ce texte est un réel bijou, une œuvre magistrale ; elle nous emporte dans un autre univers qui n'est pourtant pas si loin de nous par biens des aspects, et qui pourrait encore avoir beaucoup à nous apprendre sur la meilleure façon de vivre en société. La dimension chrétienne, indissociable de la littérature de l'époque ne doit pas être perçue comme une gène et même si tous les beaux faits dont on nous parle sont réalisés à la gloire de Dieu, il n'est pas besoin de Dieu pour avoir le sens des valeurs.

Un roman qui a su traverser les siècles sans prendre une ride et qu'il est bon de mettre entre toutes les mains.



A. Barny, AS Edlib 2010



Site Monsieur Toussaint Louverture




Monsieur TOUSSAINT LOUVERTURE sur LITTEXPRESS

chevaler Zifar



Article de Yohann sur le Livre du chevalier Zifar




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Article de Pierric sur Temps gelé de Thierry Acot-Mirande




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Article de Marie sur Brûlons tous ces punks pour l'amour des elfes, de Julien Campredon,

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