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29 octobre 2012 1 29 /10 /octobre /2012 07:00

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Lokenath BHATTACHARYA
Danse de minuit
traduit du bengali

par Luc Grand-Didier
en collaboration avec l'auteur
Paris, éditions du Rocher, 1998



 

 

 

 

 

 

Lokenath Bhattacharya est né en 1927 et décédé en 2001. Il a été découvert en France par Henri Michaux avec qui il a de réels points communs ; il se désignait parfois avec humour comme « le cousin bengali d’Henri Michaux ». Il a publié plus d’une trentaine de livres, et est devenu en l’espace de quelques années le poète bengali le plus traduit en France depuis Tagore. Il a reçu en 1999 le prix de France Culture étranger pour le roman Danse de minuit que nous étudions ici. Marié à une Française, il a vécu plusieurs années à Paris, mais son œuvre a toujours été profondément indienne.



Bibliographie

Ses poèmes

Pages sur la chambre, éditions Fata Morgana, 1976
Les marches du vide, Fata Morgana, 1987
La danse, Fata Morgana, 1991
Poussières et royaume, le Bois d'Orion, 1995
La couleur de ma mort, Fata Morgana, 1999
Nu de la fin du jour, Fata Morgana, 2000
Corps effleuré de l'aimée, Fata Morgana, 2001
Est-ce le chemin de Bhaironghât ? , le Bois d'Orion, 2001
 
Ses romans

Le meurtre d'un chien, Paris, édition du Rocher, 2001
Le sacrifice du cheval, Paris, éditions du Rocher, 1999



Une fiction autobiographique ?

Ce roman est un jeu permanent entre le rêve et la réalité. Le point d’interrogation central est de savoir si la femme que Madhu croit reconnaître est bel et bien sa femme, Santha ; parfois son discours est très réaliste, parfois sa pensée et son imaginaire prennent le dessus. En cela cette nouvelle peut faire penser au réalisme magique. Cependant, on retrouve de nombreux éléments de la vie personnelle de l’auteur dans cet ouvrage. En effet, cette histoire se déroule dans le Kerala, un état du sud-ouest de l’Inde que l’auteur avait visité avec sa famille dans les années 70. Il avait également eu l'occasion de voir plusieurs spectacles de kathakali bien avant, vers 1959, à Pondichéry. La meilleure troupe, celle du Kalamandala, avait été amenée à Pondichéry où il habitait alors, par Alain Daniélou, un artiste parisien passionné par l’Inde, qui y séjournait aussi. En général, Lokenath Bhattacharya s'intéressait beaucoup à la musique et aux danses classiques de l'Inde du sud comme à celles du nord.

C'était aussi un grand lecteur des Upanishads, des spéculations philosophiques qui éclairent le texte auquel elles se réfèrent. Or Madhu, lorsqu’il il dialogue avec Santha fait preuve de philosophie. Ou bien, on retrouve même des extraits d’Upanishads « Feu incandescent, conduis-nous sur le bon chemin et, toi qui connais tous nos actes, aide-nous à récolter le fruit de ce que nous avons semé »

La présence de l’auteur est identifiable à plusieurs reprises dans cet ouvrage, en effet par moments L. Bhattacharya parle du personnage de Madhu à  la troisième personne et il commente sa pensée : « Qu’est-ce qu’il est en train d’imaginer, quelles absurdités ! ».



Une poésie sensuelle

Le corps de Santha avec l’attraction qu’il provoque est comparé aux divinités de l’hindouisme. Lokenath Bhattacharya présente le corps de cette femme avec poésie ainsi qu’avec une grande sensualité qui atteint parfois un érotisme très imagé :

 

« Elle avance un peu dans la cour que domine le ciel puis s’arrête, jambes écartées, les genoux à moitié pliés et les bras ouverts. Par des mouvements que font ses mains, elle se transforme en une belle statue de danseuse ».

 

On retrouve ici l’idée de transformation, qui était évoquée dès les premières lignes : « cette nuit sera celle du doute », le corps de Santha transcende le réel. Cet érotisme nous est livré tout en finesse, c’est une caractéristique majeure de l’oeuvre de l’auteur.



Un parfait portrait de l'Inde d'aujourd'hui

Le début de l’histoire est extrêmement réaliste. il décrit l’arrivée de Madhu dans un hôtel indien typique : « cuisine végétarienne, chambres austères, simples et propres » ; une description qui parle à chaque personne qui a voyagé en Inde. Cette description du début tout comme l’atmosphère décrite lors de la traversée du village par Madhu et les habitants, en route vers le temple, dans le bruit d’un « flot continu de piétons » ; ici encore nous est proposée une vision très réaliste des rassemblements de population en Inde.

La description de l’Inde qui est faite par L. Bhattacharya dans cette œuvre a la particularité de présenter à merveille un paradoxe majeur de ce pays qui présente des aspects d’une vie très moderne en pleine expansion, qui connaît une croissance économique fulgurante depuis quelques années – la femme de Madhu aborde des sujets de notre temps comme le divorce, et ses préoccupations concernant l’avenir de ses enfants nous « parlent » – mais nous confronte aussi à la persistance de mythes ancestraux qui rythment encore la vie du peuple hindou, comme en témoigne le rituel de la danse Kathâkali célébré par une foule d’indiens au milieu de la nuit ; il en est de même pour chaque fête de l’hindouisme comme Holi, par exemple, la fête des couleurs pendant laquelle toute l’Inde colore ses habitants de pigments purs qu’ils se jettent les uns sur les autres ; cette tradition qui perdure était à l'origine la dernière occasion de s'amuser avant la dure période de plantations.

Passé et présent, voire futur, cohabitent parfaitement ensemble et permettent parfois d’avoir la sensation de transcender le réel : « L’Inde rend les gens différents, on est imprégné d’autre chose » dans ce pays de tous les temps.



Un autre thème essentiel de cette œuvre est celui de la langue. Madhu, au début de l’histoire, a quelques difficultés à comprendre ses voisins d’Inde du Sud. Il faut savoir qu’en Inde on trouve une vingtaine de langues officielles mais aussi environ 1800 dialectes différents parlés dans tout le pays. C’est pourquoi la question de la langue dans la société indienne est fondamentale et assez atypique car des personnes de villes voisines, dans un même état indien, peuvent avoir de véritables difficultés pour parler entre elles. Lokenath Bhattacharya témoigne parfaitement de cette situation lorsqu’il tente de communiquer avec sa femme qu’il retrouve dans le public du spectacle de danse qu’ils regardent tous les deux. Ils ont vécu de nombreuses années ensemble, elle a appris le bengali mais lorsqu’ils échangent leurs premiers mots il ne la comprend pas, « elle emploie pour dire "vagabond" un mot bengali qui l’étonne ».

C’est pourquoi l’anglais est le plus souvent utilisé comme langue commune. Cette diversité des langues crée de véritables communautés à l’intérieur du territoire indien, dont le morcellement géographique est déterminé par des frontières linguistiques.


Marine, 2e année bibliothèques 2011-2012

 

 

 


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