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25 décembre 2009 5 25 /12 /décembre /2009 19:00
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Lord DUNSANY
La Fille du Roi des Elfes

(The King of Elfland’s Daughter)
Traduit de l’anglais (Irlande) par Brigitte Mariot
Éditions Denoël 1976.
Collection Lunes d’encre, 2006.

 










Lord Dunsany (1878-1957)

 
Dix-huitième baron du nom, Edward John Moreton Drax Plunkett est né au château de Dunsany, dans le comté de Meath en Irlande en 1878. Il fit ses études à Eton et à Sandhurst, avant de servir comme officier des Coldstream Guards pendant la guerre des Boers, puis lors de la Première Guerre mondiale.

Lord Dunsany était un homme étonnant : écrivain et poète inspiré, chasseur passionné et voyageur infatigable. Lorsqu’il n’enseignait pas la littérature anglaise à Athènes, dont il s’échappa de justesse au moment de l’invasion nazie à la fin des années 30, il chassait le lion en Afrique, collaborait avec le poète et auteur dramatique William Butler Yeats au théâtre de Dublin, ou donnait des conférences en Amérique. Tout au long de sa vie aventureuse, il écrivit une soixantaine d’ouvrages : récits fantastiques, recueils de nouvelles, romans policiers, théâtre, poésie, autobiographie, essais et une traduction complète d’Horace.

 

L’histoire

 Sur la « Terre des Hommes », le peuple demande à son roi mourant d’être gouverné par un être surnaturel. Épris de loyauté envers son peuple, le roi demande donc à son fils, Alvéric, de partir pour la forêt féerique afin d’enlever la fille du roi des elfes, Lizarel. Après avoir combattu les gardes qui défendent son château, Alvéric parvient à conquérir Lizarel, et la ramène sur la « Terre des Hommes » où naît leur fils, Orion. Le Roi des Elfes, furieux, envoie un troll, porteur d’un message ensorcelé, qui lui ramène sa fille dans son monde. Alvéric entreprend alors, armé d’une épée forgée par la foudre, une quête insensée pour retourner dans le royaume des Elfes. Mais, protégé par la magie du Roi et défendu par toutes sortes de créatures improbables, celui-ci ne cesse de lui échapper au détour des prairies, sous-bois, et clairières. Pendant ce temps, Lizarel oublie peu à peu Alvéric, tandis que leur fils grandit et apprend à connaître les deux mondes différents de ses parents.

 

Le style et les personnages du roman

La Fille du Roi des Elfes est un conte de fée qui évite habilement tous les stéréotypes du genre, et s’adresse finalement à un public adulte. Il nous propose de découvrir ce qu’il advient après la fin de la plupart des contes qui se terminent par un mariage heureux. Ici, l’union est condamnée dès le début, de par la nature mortelle d’Alvéric et l’immortalité de Lizarel. L’histoire commence de manière assez conventionnelle puis décrit le parcours des trois personnages : Alvéric, Lizarel et Orion, qui évoluent tous au fil du récit. Alvéric prend conscience de la magie qui gouverne le royaume des Elfes, alors que Lizarel réalise qu’elle est d’une nature surhumaine, au milieu d’un monde rationnel. Leurs deux comportements trouvent un équilibre grâce l’existence de leur fils qui grandit loin d’eux, à la frontière, physique et psychologique, de leurs deux mondes. Ce dernier devient le seul à pouvoir comprendre leurs natures opposées.
sydney sime
 L’auteur réussit, au moyen d’une écriture très classique, à exploiter de nouvelles possibilités du fantastique pour décrire des territoires imaginaires peuplés de dieux, d’esprits, d’elfes et de magiciens. Il possède un sens très développé du surnaturel, qu’il utilise aussi bien  pour décrire des relations humaines, que pour peindre ses forêts imaginaires perdues dans la campagne anglaise du 19e siècle. Son style est visuel. Il rédigeait certains passages d’après les dessins de son illustrateur S.H. Sime. Ses descriptions sont ciselées dans les moindres détails et deviennent parfois de véritables exercices de style, comme le seront plus tard celles de Lovecraft. Ce dernier fut certainement l’un des auteurs les plus influencés par Dunsany, par son style, sa puissance onirique, et sa volonté de quitter le réel. Mais là où le maître de Providence explore toujours plus loin les ténèbres de ses mythologies antiques, Lord Dunsany les quitte pour emmener ses lecteurs vers des paysages lumineux aux couleurs chatoyantes et nuancées. La Fille du Roi des Elfes demande d’accepter le fantastique dans la littérature mais, en contrepartie, nous offre une histoire qui utilise de manière crédible les éléments du merveilleux épique sans jamais tomber dans la naïveté.

      Illustration de  Sydney Sime

Lord Dunsany était un traditionaliste qui méprisait les progrès mécaniques et écrivit l’intégralité de son œuvre à la plume d’oie. Son influence sur les écrivains de littérature fantastique de la première moitié du 20e siècle est immense. Howard Phillips Lovecraft, Robert E. Howard, Lyon Sprague de Camp, Clark Aston Smith et Fritz Leiber furent les premiers à subir cette influence. L’association de légendes pour créer ses propres mythes, les combats épiques, l’altérité entre un monde magique et notre réalité préfigurent les thèmes principaux de la fantasy actuelle. Sa filiation la plus récente est certainement le cycle de Lyonesse de Jack Vance, publié au début des années 80 et, plus récemment encore, Stardust et Neverwhere de Neil Gaiman.

Aujourd’hui La Fille du Roi des Elfes est considéré par beaucoup comme le chef-d’œuvre de Lord Dunsany. L’ouvrage disparut pendant plus de 40 ans après sa première édition en 1924. Il ne fut réédité qu’à la fin des années soixante en Angleterre et aux États-Unis. En France, Denoël le réédita à son tour en 1976, puis en 2006 dans la collection Lune d’encre, avec une nouvelle traduction.
 

François Giraud, 2e année édition/librairie.

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Published by François - dans fantasy
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