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16 novembre 2009 1 16 /11 /novembre /2009 19:00




Louis-René DES FORÊTS
Le Bavard
, 1946
éditions Gallimard
collection L'imaginaire
























Difficile de rattacher Louis-René des Forêts à un mouvement littéraire précis : si certains le considèrent comme l'un des précurseurs du nouveau roman, lui est de ceux qui s'affranchissent de toute appartenance. Personnage illustre et figure marquante du monde littéraire du XX° siècle, Des Forêts n'est pourtant pas connu du grand public. Le Bavard, publié en 1946 dans la collection L'imaginaire chez Gallimard est considéré comme son œuvre la plus accessible...


Accessible car, finalement, l'auteur y propose une histoire, un récit romanesque qui se tient  : un homme trop bavard tente de comprendre son mal, de le contrôler, et de s'en défaire. Il rôde dans la ville, à la recherche de remèdes ou de dérivatifs. Lors d'une de ces errances nocturnes, il rencontre dans un bar une femme sublime, se ridiculise auprès d'elle, et s'enfuit. Plus tard, il erre seul dans la ville, poursuivi par un « rouquin » éperdu d'amour pour la femme du bar, un ridicule « petit homme roux » furieux et avide de vengeance. À l'aube, le narrateur se rend et reçoit une sévère correction de la part de son rival.

Véritable réflexion sur l'inanité du langage et la stérilité du bavardage, Le Bavard fait l'éloge du silence et se penche sur le rôle de l'écriture : serait-elle un dérivatif à cette tare qu'est le bavardage ? Sans doute. Mais ce qu'on retient finalement de ce monologue, c'est l'échange qui se crée entre le narrateur et nous autres, lecteurs:  provocations, interpellations, interrogations... Entre mensonges et vérités, notre héros nous entraîne dans un labyrinthe dialectique où sont habilement mêlés le vrai et le faux, le dit et le démenti, l'avoué et le dissimulé... Il dit une chose, puis la dément. Avoue parfois qu'il ment. C'est là que réside tout le paradoxe du livre, sa profonde ambiguïté.

Finalement, la part de fiction ne serait-elle pas seulement prétexte à servir cette réflexion, à la mener à terme ? Une sorte de trame pour que l'auteur nous expose son point de vue quant à la question de la vanité du langage. Le but de l'auteur n'est pas de nous émouvoir en nous contant une jolie fable... Le personnage principal incarne d'ailleurs parfaitement l'antihéros, paumé et présomptueux, avatar de M. Goliadkine dans Le Double de Dostoïevski: même sentiment de persécution, même errance dans la ville... On pense également à Kafka, et notamment à l'antihéros de La Métamorphose, ou encore à un Don Quichotte des temps modernes. L'homme est ici présenté dans toute son humanité : être profondément faible, vil, pleutre, vulgaire, bagarreur et, fatalement... bavard.

Le tout est servi par une écriture délicate et sensible, parfaitement maîtrisée, qui évoque parfois quelque trésor de la prose proustienne. Un livre difficile d'accès, certes, mais une si belle découverte pour celui qui persévérera...


Valérie, 2e année édition-librairie.

 


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