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25 mars 2010 4 25 /03 /mars /2010 07:00
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Luis SEPÚLVEDA
Le Monde du bout du monde

Traduit de l’espagnol (Chili)
par François Maspero
Métailié, 1993
Points Seuil, 1995
Rééd Ponts 2010













Encore une fiche de lecture sur une œuvre de Luis Sepúlveda ! Encore une louange de cet écrivain au succès écrasant et international, engagé sur tous les fronts et à toutes les époques : contre la dictature au Chili, pour les Shuars – une tribu amérindienne –, aux côtés des sandinistes, avec Greenpeace. Il faut (re-)dire qu’il l’a échappé belle, il a bien failli passer près de trente dans les geôles de Pinochet. C’est la section allemande d’Amnesty international qui l’a sauvé. Il dut cependant s’exiler, d’abord en Suède puis à Hambourg.

Cet homme fait rêver parce qu’il synthétise l’art et l’engagement, le combat pour l’humanisme et la beauté du monde. Facteur de réjouissance supplémentaire, Sepúlveda est traduit en français par François Maspero, autre icône politico-littéraire. Il ne faut donc pas en vouloir aux étudiants des années 2000 en métiers du livre s’ils viennent tout naturellement vers cet auteur, solaire et au charisme bienfaisant qui fait figure de boussole sur cette planète patraque à cette époque quelque peu détraquée.

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LES RÉFÉRENCES

C’est En Patagonie de Bruce Chatwin qui m’a menée à Sepúlveda et j’ai aimé que le Chilien cite l’Anglais dès le premier chapitre. L’ouverture du roman convoque aussi d’emblée une autre figure tutélaire, ou plutôt quatre : le roman Moby Dick, le narrateur Ismaël, le capitaine Achab et la baleine. Il y a un effet de miroir qui mêle auteurs, narrateurs, personnages et romans qui nous rappelle que toutes les littératures sont un vaste palimpseste.


LES VOYAGES
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Le narrateur est exilé depuis vingt-quatre ans. La lecture de En Patagonie lui donne la nostalgie du retour alors que la peur précisément l’empêchait de revenir. La première partie du roman est un voyage dans le voyage, en Patagonie et dans le temps : le narrateur nous raconte des bribes de son enfance, son oncle Pepe qui le nourrissait de livres de Jules Verne, Jack London et lui transmit Moby Dick. A seize ans, il ne résiste pas à « l’appel du Sud » et part pendant les vacances scolaires. Sur les recommandations de l’oncle, il est autorisé à embarquer sur le navire d’un capitaine yougoslave qui lui fera éplucher des tonnes de patates. Il sera embauché par un autre marin, un Basque, sur un baleinier. Rencontres humaines et animales. L’adolescent se rend compte que la chasse ne lui convient guère, ce qui a le don de plaire au capitaine. Celui-ci a conscience que les animaux se font de plus en plus rares : « l’heure est venue de les laisser en paix ».


LE POLAR ÉCOLOGISTE

Le narrateur est journaliste au sein d’une agence d’information dissidente à Hambourg, dédiée aux problèmes environnementaux, se donnant pour mission de « répondre aux mensonges employés par les nations riches pour justifier le pillage des pays pauvres ».  Le narrateur compte parmi ses associés un ordinateur connecté à des agences écologistes et répondant au doux nom de Bromure, appelé ainsi en hommage à l’informateur de Pepe Carvalho, personnage de Manuel Vázquez Montalbán. Dans ce bureau, un fax livre une dépêche concernant un bateau-usine japonais signalant la perte de 18 membres de son équipage. Ce bateau est apocalyptique : il mesure 100 m de long, la pêche se pratique avec un aspirateur gigantesque, tous les animaux des mers sont engloutis, même les bébés dauphins finissent en charpie. Après son passage, la mer n’est plus qu’une « soupe noirâtre ». Cette usine à tuer et Greenpeace sont déjà de vieilles connaissances : les Zodiacs de l’ONG surmontés du drapeau arc-en-ciel avaient déjà été engagés dans des actions visant à empêcher la pêche à la baleine et à alerter l’opinion publique. Parallèlement, un marin chilien, sentinelle des mers, va lancer un appel au secours et proposer de mettre son navire à disposition. Cet homme, Jorge Nielsen, fils d’un navigateur danois et d’une indienne Ona, racontera son histoire et celle douloureuse des peuples de la Terre de Feu.


LES BALEINES ET LE MYTHE


Cet homme, rompu aux histoires d’extinction, appelle à la rescousse les militants écologistes de Hambourg pour signaler ces navires qui sans vergogne tuent les baleines à la chaîne. Il veut témoigner de l’horreur : les tueries la nuit, avec un hélicoptère comme pour la chasse aux chevaux en Australie, l’odeur de sang dans la baie, les lambeaux de peau flottant partout. Et aussi raconter un miracle… Le narrateur (un mélange de Sepúlveda, d’Ismaël et de militant écologiste) sera le réceptacle de ce récit bouleversant.

Par égard pour ceux qui voudraient lire ce roman, je ne puis expliquer en quoi consiste  le mystérieux prodige. Soyez certains que cette histoire véridique ou mythique, quasi biblique ou animiste, n’en finira pas de bercer votre imaginaire
et vos espoirs d’un monde préservé, d’humain respect.

Delphine, L.P. Bib.-Méd.



LUIS SEPÚLVEDA sur LITTEXPRESS

Luis Sepulveda Le Vieux qui lisait des romans d amour


Article d'Héloïse sur Le Vieux qui lisait des romans d'amour.





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Articles de Julie et d'Hortense sur Journal d'un tueur sentimental

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Published by Delphine - dans polar - thriller
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