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22 mai 2012 2 22 /05 /mai /2012 07:00

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Luis SEPÚLVEDA
Les Roses d’Atacama

traduction de François Gaudry
Métailié, 2001

Collection Suites, 2012

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Luis Sepúlveda

Luis Sepúlveda est un écrivain chilien, né le 4 octobre 1949 à Ovalle. Son œuvre, fortement marquée par l'engagement politique et écologique ainsi que par la lutte contre les dictatures des années 70, mêle le goût du voyage et son intérêt pour les peuples premiers. Son premier roman, Le vieux qui lisait des romans d’amour, traduit en trente-cinq langues et adapté au grand écran en 2001, lui a apporté une renommée internationale.

Très jeune, dès 1961, il milite dans les Jeunesses Communistes (sous Pinochet). Il est arrêté comme opposant politique et condamné à 28 ans de prison. En 1977, grâce à Amnesty International, il est libéré mais toujours condamné à 8 ans d’exil. Il en profite pour sillonner l’Amérique du Sud (Équateur, Pérou, Colombie, Nicaragua). Au cours de ses voyages, il s’intéresse aux peuples premiers et travaille comme reporter. A partir de 1982, il s’installe en Europe (à Hambourg puis dans les Asturies) où il travaille en tant que journaliste. Il continue ses voyages en Amérique du Sud mais aussi en Afrique. De 1982 à 1987, il rejoint Greenpeace en tant que coordinateur entre les différentes sections de l’organisation. Enfin, il milite au sein de la Fédération Internationale des Droits de l’Homme.



Les Roses d'Atacama

Les Roses d’Atacama se présente comme un recueil de 35 nouvelles.

A travers des souvenirs de voyages ou d’histoires qu’on lui a racontées, Luis Sepúlveda se propose de faire sortir de l’ombre des personnages, vivants ou morts, qui ont été chacun à leur façon des héros. Faisant preuve d’un grand humanisme, ces héros oubliés de toutes nationalités luttent souvent contre des systèmes autoritaires ou sont simplement des personnes qui ont marqué l’auteur par leur vision du monde.

« J’admire les résistants, ceux qui ont fait du verbe résister chair, sueur, sang, et ont démontré sans faire de simagrées qu’il est possible de vivre debout, même dans les pires moments » (« Shalom, poète »).

L’auteur, dans la première nouvelle (« Histoire marginales »), explique sa démarche : pour lui, « raconter, c’est résister », résister contre l’oubli, contre le totalitarisme, contre la tyrannie car « la parole écrite est le plus grand et le plus invulnérable des refuges, ses pierres étant soudées par le mortier de la mémoire ». Ce ne sont donc pas les « héros victorieux », dont tout le monde parle, qui l’intéressent, mais ceux qui dans l’anonymat se sont battus pour une cause.

« Ce qui se passe dans les quartiers riches ne m’a jamais intéressé, en revanche, je me soucie du sort de mon quartier San Miguel, de La Granja et de La Cisterna » (« Gásfiter »).

Mettant en lumière ces destinées restées dans l’ombre, l’écriture de Sepúlveda, simple et épurée, touche d’autant plus le lecteur. Les fioritures ne sont pas nécessaires pour montrer la beauté d’un lieu, l’humanité et le courage d’un homme ou la cruauté d’un autre, et c’est là que réside la force de ce recueil. Les courtes nouvelles (trois ou quatre pages en  général) vont à l’essentiel et sont la preuve de la maestria de l’auteur, qui nous avait déjà habitué à ce style simple mais incisif et émouvant dans  Le vieux qui lisait des roman d’amour (1992) ou encore Rendez-vous d’amour dans un pays en guerre (1997).

Les Roses d’Atacama est donc un recueil de nouvelles engagées, se présentant presque comme des récits de voyage, où se succèdent des portraits de destinées singulières, plein d’humanité, de tendresse, de chaleur.



Quelques thèmes et nouvelles

La résistance et la lutte contre l’oubli sont les maîtres mots de ce recueil mais permettent à l’auteur d’aborder d’autres thèmes qui lui sont chers.


La dénonciation des États autoritaires et des abus de pouvoir.

Ayant lui-même subi les conséquences d’une dictature, exilé pendant plusieurs années, Luis Sepúlveda n’hésite pas, en mettant en avant des personnages malmenés, bafoués par des pouvoirs autoritaires, à se présenter comme un auteur engagé, luttant contre toute forme d’abus de pouvoir. En racontant un bout d’histoire de ces personnages oubliés, il s’évertue à ce que leur souvenir reste vivace et à pointer du doigt leur bourreau.

Dans la nouvelle « Un homme nommé Vidal », il raconte sa rencontre en 1977 avec un homme du nom de Vidal, chef d’un parti syndical clandestin luttant contre la toute puissance des latifundistes qui exploitent, humilient et exterminent les paysans.

« Je suis allé pour la première fois en Equateur en 1977 et la réalité y était encore la même que celle décrite par Jorge Icaza ; des gens sans droits, sans ressources, sans autre abri que la nuit froide et silencieuse, car l’obscurité leur permettait de se raconter leurs désirs et leurs rêves. Et cette année-là, j’ai connu Vidal ».

Avec ce Vidal, tantôt victorieux tantôt roué de coup par les propriétaires terriens, il assiste à des réunions clandestines et organise un programme minimum d’alphabétisation. « Il n’y en a pas beaucoup qui savent lire, mais ça ne fait rien, la parole écrite donne des forces, unit ». Après quelques années, les deux compañeros se perdent de vue, mais Vidal continue et aboutit, de nombreuses années plus tard : notre narrateur, feuilletant un journal, tombe sur un article présentant l’inauguration d’une coopérative et accompagné d’une photo de son vieil ami, « Vidal Sánchez, dirigeant syndical ». La nouvelle se termine sur une citation de Brecht : « Il y a des hommes qui luttent toute leur vie : ceux-là sont indispensables ».

Cette lutte contre le pouvoir se distingue aussi grâce à un humour particulier : dans la nouvelle « Fernando », par exemple, l’auteur nous raconte comment la ville de Resistancia prend sous son aile un vieux chien mélomane qui manifeste son mécontentement à chaque fois qu’un musicien joue une fausse note. À la mort de celui qui était devenu la mascotte du village, Sepúlveda nous raconte « qu’une souscription populaire finança son monument qui se dresse en face de la mairie, mais en lui tournant le dos, c’est-à-dire en montrant son cul au pouvoir ».


Les voyages et la sauvegarde de la nature.

Au cours de ces nouvelles, Sepúlveda nous fait voyager, d’Amérique du Sud (territoire de ses origines) jusqu’en Europe (terre d’exil), en passant par l’Asie. Militant à Greenpeace, Sepúlveda n’hésite pas à dénoncer le système capitaliste qui détruit les forêts d’Amazonie et de Laponie, ou les mers d’Europe.

« Jamais dans l’histoire de l’humanité une mer ne fut aussi mal traitée que la Méditérranée. Pillée jusqu’à l’extinction de nombreuses espèces, humiliée par toutes les formes possibles de pêches illégales, et ses eaux sillonnées par toute sorte de marins d’eau douce qui ne voient dans la mer qu’un passe-temps, un parc de loisir qu’ils pourraient tout aussi bien trouver à Las Vegas ou à Disneyworld »,

 

nous dit-il dans « Baleines de Méditerranée », où il raconte dans quelles circonstances, en 1988, il a vu des baleines près d’une côte de Sardaigne.

Toujours grâce à son style si particulier, l’auteur retranscrit à merveille les sensations, l’émotion qu’il a pu ressentir lorsqu’il traversait la forêt de Manú, les pays scandinaves ou encore le désert d’Atacama (qui donne son nom au recueil). Il parvient de ce fait à sensibiliser le lecteur à la cause écologique et à transmettre le virus des voyages («Sur les traces de Fitzcarraldo »).

« La nuit en forêt enveloppe  tout de son silence particulier construit de mille rumeurs. C’est le mécanisme prodigieux de la vie qui tend ses muscles pour faciliter l’accouchement de la « Vénus Nocturne », une petite orchidée de la taille d’un bouton de chemise, d’un violet vif, qui ouvre ses pétales aux premières lueurs de l’aube et meurt quelques minutes plus tard, car la minuscule éternité de sa beauté ne résiste pas à la lumière de Manú qui change sans cesse, selon les humeurs du ciel, de l’eau et du vent ».


L’Histoire

Luis Sepúlveda n’hésite pas à intégrer dans son recueil des portraits de personnages historiques, que l’on oublie souvent, et que les manuels d’histoire évitent de citer. Il tente de ce fait de créer Une Histoire, celles des marginaux : « J’ai connu de nombreux pays et il y a trois ans que j’ai commencé à vivre dans les Asturies, à y imaginer mes livres, à intégrer une foule de marginaux dans une histoire qui ne s’écrira jamais, mais peu importe puisque j’ai appris des Asturiens que la vie est une série de petits triomphes et de grands échec » (« Asturies »).

Il va ainsi brosser quelques portraits émouvants de résistants qui viennent combler les lacunes de notre mémoire collective : on y trouve l’histoire du poète juif Avrom Sützeker, qui devint un leader important de la lutte contre le nazisme après avoir survécu à une de leurs fusillades extérminatrices (« Shalom, poète »), celle de l’écologiste argentin Lucas Chiappe, qui lutte contre la destruction de la forêt patagonienne (« Un certain Lucas ») ou encore le récit des militantes chiliennes Carmen Yáñez et Marcia Scantlebury, qui furent torturées mais ne parlèrent pas (« La brune et la blonde »).

En définitive, Les Roses d’Atacama est une œuvre aussi belle que marquante, qu’on lit avec plaisir et émotion et qui ne laisse pas indifférent.



Bibliographie sélective

1992 :  Le Vieux qui lisait des romans d'amour
1993 :  Le Monde du bout du monde
1996 :  Histoire d'une mouette et du chat qui lui apprit à voler
1997 : Rendez-vous d'amour dans un pays en guerre
1998 :  Journal d'un tueur sentimental
2001 : Les Roses d'Atacama
2003 : La Folie de Pinochet
2005 : Une sale histoire
2010 : L'ombre de ce que nous avons été
2011 : Histoires d’ici et d’ailleurs



Récompenses


Label du Prix Bernard Versele, catégorie 5 chouettes 1998
Prix Salicorne du 3e festival du Livre animalier pour la jeunesse 1998
Prix Sorcières roman 1997
Prix jeunesse Gabier du Salon du livre de Concarneau 1997
Prix de la Cité des livres, Cherbourg-Octeville 2004
Prix Mille pages jeunesse du roman 1997
Prix des CM1/CM2/6e du festival du livre pour la jeunesse "Lire aux éclats" de Sallanches, 1998
Sélection Éducation nationale (France)


Charlotte, AS Éd.-Lib.

 

 

LUIS SEPÚLVEDA sur LITTEXPRESS

 

Luis Sepulveda Histoire d une mouette 01

 

 

 

 

Article d'Anaig sur Histoire d'une mouette et du chat qui lui apprit à voler.

 

 

Sepulveda Le Monde du bout du monde Métailie

 

 

Article de Delphine sur Le Monde du bout du monde 

 

 

 

 

 

 


Luis Sepulveda Le Vieux qui lisait des romans d amour


Article d'Héloïse sur Le Vieux qui lisait des romans d'amour.





sepulveda.jpg


Articles de Julie et d'Hortense sur Journal d'un tueur sentimental

 

 

 

 

 

 

LUIS SEPULVEDA la lampe d'aladino

 

 

 Article d'Agathe sur La Lampe d'Aladino.

 

 

 

 

 

 

 

 

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Published by Charlotte - dans Nouvelle
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commentaires

Nathalie 27/01/2014 19:31

J'ai adoré ce livre, en voici ma critique :

http://aubonheurdesdames-leblog.fr/les-roses-datacama-de-luis-sepulveda/

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